Prix Carmignac du Photojournalisme : Ni libres ni égales Coup de coeur
EXPOSITION

Prix Carmignac du Photojournalisme : Ni libres ni égales

Sidonie Gaucher le 21.05.18

Des femmes maintenues dans un état d’ignorance

L’émotion est palpable dans la salle de la Saatchi. Difficile même, de contenir ses larmes face aux portraits pris par Lizzie Sadin et qui donnent un nom à celles qui, souvent, n’en n’ont pas. Rita, 17 ans ; Nilan, 21 ans ou encore Bimla, 45 ans. La photographe française, dont le travail porte sur les droits sociaux et humains, explique : « Au Népal, les femmes n’ont aucune obligation d’être déclarées, leur existence civile (leur existence, donc), dépend du père ou du mari. Les femmes népalaises naissent inférieures et dépendantes des hommes. Ajoutez à cela l’extrême pauvreté du pays, aggravée par le séisme de 2015 et vous obtiendrez le plus fertile terreau de la violence de genre, contre des femmes qui ignorent souvent à quel point elles sont victimes.»

 

La plupart des femmes ignorent qu'elles sont victimes de trafic humain. 

 

Tu as tes règles ? Va dormir dans l’étable.

Dans les montagnes népalaises, 70% femmes ne connaissent que la violence, souvent perpétrée par des membres de la famille. Elles n’ont pas accès à l’éducation et compensent la main d’œuvre masculine des pères ou maris qui travaillent hors du pays. La cause principale de la mort des femmes, c’est le suicide.

Un « ami » qui vous veut du bien

Est-ce étonnant alors que lorsqu’une amie, ou qu’un riche commerçant de passage arrive dans le village et promette une situation meilleure, le regard de ces filles commence à briller. C’était le cas de Rita qui a suivi son amie pour arriver dans une maison close. « Tu vas travailler », lui promet-elle. Mais elle n’a jamais su de quel travail il retournait. « Le pire, explique Lizzie Sadin, c’est que ces filles croient en leur force de travail, alors qu’elles ont été achetées ou données, comme des esclaves. »

 

 

Au Népal, les peines de prison sont comptées en jours et en nuit, elles sont donc divisées par deux. 

 

Un piège tentaculaire

Lizzie Sadin a choisi « The Trap » comme titre pour sa série de photos : «C’est un piège à plusieurs niveaux. D’abord, les familles peuvent penser que leurs filles sont véritablement envoyées vers un avenir meilleur, alors qu’elles sont jetées dans un système global d’exploitation : elles terminent comme esclaves sexuelles, dans des bars ou des salons de massage, elles sont mariées de force, elles sont exploitées dans des familles qui les maltraitent, elles sont violées et si elles ont le malheur de tomber enceinte, elles sont renvoyées. Souvent, sans voir la couleur de leur soi-disant salaire. Mais la situation est telle que lorsque ces filles sont récupérées par des organisations, elles peinent à réaliser ce à quoi elles échappent. »

 

Les rendez-vous ont lieux dans des "resturants-cabines". 

 

Une véritable étude sociale

L’hémorragie qui touche le Népal, a-t-elle une solution ? Les associations peuvent-elles aider ? Lizzie Sadin répond : « Le fardeau est tellement lourd, il déborde de tous les côtés. Des associations telles que Planète Enfant Développement font un énorme travail. La solution se trouve dans l’accès à l’éducation pour les femmes et à la sensibilisation. » De ce point de vue, le Prix ​​du photojournalisme de la Fondation Carmignac promeut chaque année des reportages d'investigation sur des violations des droits de l'homme. Petite lueur d’espoir : Rita, Nilan et Bimla s’en sont sorties. Elles veulent maintenant intégrer des organisations pour venir en aide aux autres victimes. 

 

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Infos Pratiques
Date : du 21 mai 2018 au 15 juin 2018
Lieu
Saatchi Gallery, Duke of York’s HQ, King’s Road, SW3 4R
Infos
Gratuit

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