Isabelle Huppert lit le Marquis de Sade à Londres Coup de coeur
SPECTACLE

Isabelle Huppert lit le Marquis de Sade à Londres

Sidonie Gaucher le 30.04.18

Il y a Justine, qui se perd dans la vertu et sa sœur Juliette, qui triomphe par le vice. Comment peut-on être malheureuse dans la vertu ou exceller dans le vice ?

Eh bien il faut venir écouter la lecture ! (Rires) C’est à prendre comme une hypothèse et non pas comme une certitude, du moins je l’espère ! Sade oppose le vice à la vertu, et deux sœurs que tout éloigne.

Deux sœurs que vous interprétez, seule en scène. Est-ce à dire que l’on s’adresse tour à tour à chacune ou bien que l’on parle à une même personne écartelée ?

Ce montage est évidemment une façon de s’adresser à la même personne, on a toujours en soi la tentation du bien et la tentation du mal.

Le montage de Raphaël Enthoven donne-t-il une lecture philosophique de l’œuvre de Sade ?

L’intérêt de cette lecture est que cela met en lumière et en contraste ce qui oppose Justine à Juliette. La première, malgré toutes les souffrances qu’elle endure est encore accrochée à sa foi, et la seconde, décide que c’est le mal qui l’amènera à la jouissance. Athée, Juliette estime que le monde court à sa perte alors « sauve qui peut ». Mais elle montre aussi à sa sœur combien sa foi la manipule, car Justine est d’une naïveté sans bornes.

Elle est tellement naïve qu’on pourrait croire que c’en est drôle, presque ?

Oui, elle ne voit jamais le mal arriver, alors elle se laisse toujours prendre à son piège. Ces deux sœurs sont drôles, Justine est touchante dans sa naïveté tandis que Juliette l’est dans son cynisme total.

Comment ce texte, écrit il y a 250 ans, résonne-t-il aujourd’hui ?

Il y a un questionnement totalement universel sur la manière dont on vit, dont on pense, sur ce que cela signifie de professer le bien ou de « faire le mal » et comment chacun de nous est traversé par ça.

C’est une lecture, vous tenez donc le texte en main. Qu’est-ce que cela change physiquement dans votre interprétation ?

Cela fait effectivement une barrière, même si l’on recherche toujours un maximum de théâtralité dans l’interprétation de ces personnages. Le texte est présent, mais le spectateur-auditeur est quand même pris par les images littéraires.

Si vous étiez une vertu ?
Une forme d’honnêteté.

Et un vice ?

La gourmandise !

 

Réservations ici.

 

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Infos Pratiques
Date : le 09 juin 2018
Lieu
Southbank Centre Queen Elizabeth Hall, SE1 8XX Londres
Infos
A partir de 19h30. Métro : Waterloo. Prix : £48-£88.

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