Tahar Rahim joue Judas dans le film Marie Madeleine
CINÉMA

Tahar Rahim joue Judas dans le film Marie Madeleine

Sidonie Gaucher le 03.04.18

Vous jouez Judas. Vous êtes-vous demandé “comment vais-je jouer Judas ?!”

J’aurais pu me poser des questions, mais quand j’ai lu le scénario, tout était limpide. Le film propose un regard neuf, une nouvelle perspective sur Judas, sur tous les apôtres, et même sur Jésus.

On voit Judas comme quelqu’un de doux, pas du tout l’image déloyale qu’on en a communément. Auriez-vous accepté de le jouer s’il n’y avait pas eu cette nouvelle lumière, pleine d’humanité sur ce personnage ?

Peut-être que oui, mais cela aurait été moins intéressant. C’est cet angle particulier du film qui permet de capter le côté humain des personnages. On analyse leur réalité et pas l’image qu’on nous en a donnée. Une image déformée, d’ailleurs, censurée même, par l’Église.

Quel est votre rapport à la religion ?

Mes parents étaient plutôt ouverts à la foi, et mon éducation était libre : j’ai pu faire ce que j’ai voulu, ce en quoi je croyais. J’ai une grande foi en moi, en ce sens, je suis croyant.

C’est plus un film sur la foi que sur la religion. Judas trahit car il se sent trahi. Il semble ne pas comprendre le message de Jésus : que la confiance doit venir de l’intérieur, et non du prédicateur.

C’est vrai, c’est un film qui aborde la question de la foi, intime, propre à chacun. Les personnages ont foi en Jésus bien sûr, mais ils ont aussi foi dans leurs propres croyances, dans leur quête personnelle. Judas a été aveuglé par sa foi et, au lieu de la perdre, elle redouble. Le doute peut amener à un niveau de croyance encore supérieur.

Quelle différence cela fait-il d’avoir à jouer dans un film dont le contenu est religieux, par opposition à la fiction ?

Cela ne fait pas tant de différence. En tant qu’acteur on aime un rôle, un projet. Le contexte est religieux, mais j’ai lu autre chose dans le scénario : une histoire de foi, religieuse, personnelle, n’importe laquelle. La petite voix intérieure…

Dans le film, Jésus ne fait pas de différence entre les sexes. Or, Marie-Madeleine a été reconnue disciple, à l’égale des autres, en 2016 seulement. Peut-on dire que l’on a 2000 ans de retard sur le message du Christ ?

2016 ans, oui ! On a tendance à croire que plus les choses avancent, plus on progresse. On peut ressentir des changements culturels, mais cela ne nous protège pas de faire des pas en arrière dans le futur. Ce n’est donc pas surprenant que Jésus ait pu avoir un message ultra moderne sur la question de l’égalité des genres mais que l’interprétation ait été complètement manipulée et détruite pendant des siècles.

Qu’est-ce que cela fait de jouer sous la direction de Garth Davis, qui a reçu des distinctions pour le film Lion et la série Top of the Lake ?

Franchement, je ne pense pas que j’aurais accepté si cela n’avait pas été lui. En plus, il a ce côté magnétique, qui vous inspire, justement, qui vous donne la foi. Il est connecté, spirituellement. Il a ce je-ne-sais-quoi qui s’adresse directement aux sentiments, sans que cela passe par la raison, ni par des tonnes de directives.

Vous tournez dans le monde entier, qu’est-ce que cela vous fait d’être aussi “bankable” hors de votre pays ?

Le cinéma n’a pas de nationalité, les images en sont le langage. Tourner dans différents pays, c’est comme faire du tourisme très intensément. C’est d’une grande richesse.

Mary Magdalene, de Garth Davis avec Rooney Mara, Joaquin Phoenix, Tahar Rahim, Chiwetel Ejiofor. Sortie nationale le 23/03.

Partager
Infos Pratiques
Date : du 23 mars 2018 au 07 avril 2018
Lieu
Institut français du Royaume-Uni 17 Queensberry Place, London SW7 2DT
Infos
Sortie de Marie Madeleine le 23 mars sur les écrans.

à voir également