Thomas Lebrun présente Another look at memory pour France Dance UK
SPECTACLE

Thomas Lebrun présente Another look at memory pour France Dance UK

Nadège Alezine le 14.10.19

Thomas Lebrun est à la fois danseur, chorégraphe et dirige le Centre chorégraphique national de Tours. Il vient présenter Another look at memory sur une musique de Philip Glass, dans le cadre du festival France Dance Uk, au Coronet Theatre, du 24 au 26 octobre. Rencontre.

Vous participez à France Danse Uk avec votre spectacle. La danse contemporaine française s’exporte bien selon vous ?

Je pense... que oui, car des personnes y travaillent avec un réel investissement. Et que non... dans le sens : « Peut-être ne s’exporte-t-elle pas de manière homogène ». J’entends par là que ce sont souvent les mêmes chorégraphes qui sont présents dans les mêmes réseaux... on peut parler de fidélité parfois, mais également de souhaits d’exposition : mettre en avant une certaine vitrine de chorégraphes français connus et déjà repérés, ceux que tout le monde veut, soit des valeurs sûres... ainsi que des jeunes qui percent fort à ce moment précis...

Je pense que l’exportation est souvent reliée à la tendance de ce qui se passe sur le territoire et que ce n’est pas toujours représentatif de la richesse de la danse française, et de ce qui s’y développe. C’est déjà le cas en France, donc la danse française à l’étranger, c’est ce que l’on souhaite en montrer.

Mais les places sont chères et les opportunités plutôt rares quand les créations n’ont pas été créées dans les grands lieux ou festivals qui offrent de la visibilité concentrée aux programmateurs étrangers, ou quand les compagnies ne sont pas soutenues ou mises en avant par les professionnels de la production et de la programmation de la danse française.

Quelles sont les spécificités de la création française selon vous, en matière de danse contemporaine ?

J’espère qu’il n’y en a pas ! Ou plutôt, j’espère que cela puisse être à nouveau une certaine liberté !... Une liberté qui pourrait refaire surface.

Je sens aujourd’hui une création sclérosée, qui doit rentrer dans un réseau obligatoire de directions artistiques, dans un moule attendu, si elle souhaite se faire une place, sous prétexte d’innovation ou de singularité qui n’en sont finalement pas.

Comme s’il fallait penser, pour créer, à « comment réussir » avant de penser à « comment et quoi transmettre ».

Une certaine commercialisation obligatoire est présente : vendre ou disparaître, réussir ou sombrer... un élan artistique où se tromper serait un échec. La pression est énorme pour tout artiste.

Pouvez-vous nous parler de la pièce que vous présentez au Coronet : Another look at memory ?

C’est une pièce initialement prévue avec trois danseurs avec qui je travaille depuis plus de 12 ans maintenant. Mais un jeune danseur rencontré dernièrement les a rejoints.

C’est une pièce d’« écriture » comme j’aime dire... elle retrace dix années de créations communes, reprend des phrases et des gestes de pièces antérieures, balayent le répertoire de la compagnie construit ensemble, et se transmet à une nouvelle génération.

C’est pour moi le sens de la danse : transmettre, partager, croiser nos émotions et nos regards...

C’est une pièce extrêmement difficile pour les danseurs par sa composition et sa radicalité : une traversée d’une heure sans aucune alternative, sans concession, aussi éprouvante pour eux que pour le public.

Vous êtes chorégraphe, danseur mais aussi directeur du CCN de Tour. L’enseignement de la danse est-elle aussi importante pour vous ?

Comme dit plus haut, je ne peux séparer la création de la transmission : donc oui. Ce lien est continu et essentiel.

Qu’est-ce qui vous a décidé de devenir danseur ? Quel a été le déclic ?

Le plaisir de danser et de partager. La liberté de créer et de proposer à partir de ce corps qui m’appartient, et décider ce que je souhaite en donner, en proposer, en partager sur un plateau. Le déclic : les spectacles du mercredi après-midi pour ma grand-mère.

Quelles sont les qualités d’un bon danseur selon vous ? Et d’un bon chorégraphe ?

L’honnêteté, l’humilité et la générosité... pour les deux. Après, il y en a plein d’autres, qui je dirais, sont propres à chacun.

Danser à Londres avec Another look at memory : cela veut dire quoi pour vous ? 

Cela veut dire qu’on va partager cette pièce que nous aimons avec un public que nous ne connaissons pas, et qui ne nous connait pas.

Cela veut dire adapter la création lumière pour le lieu, et espérer que cela se passe au mieux à ce niveau, pour le plaisir de chacun.

Cela veut dire danser cette pièce à Londres, si proche de nous, où la compagnie n’a jamais dansé, alors que ces dix dernières années, nous avons parcouru en tournée des dizaines de pays si loin de nous.

Nous sommes donc évidemment très heureux de danser à Londres.

On dit de vos productions qu’elles très théâtrales. Vous inspirez vous de pièces de théâtre que vous avez vu pour vos spectacles ? Si oui, lesquelles ?

Certaines sont « théâtrales » ... celle-ci pas du tout ! Bien au contraire. Dans notre dernière création, nous avons travaillé sur Duras et « Hiroshima mon amour »,

Mais le théâtre qui m’inspire le plus, c’est la mascarade de ce monde fou (et de ses habitants dont nous faisons partie) qui nous réserve des rebondissements et des surprises chaque jour : drame, horreur, bonheur, amour, folie... bien qu’il y manque toutefois souvent de poésie.

Réservations ici. 

 

Thomas Lebrun en masterclass le 25/10 à l'Institut français. Réservations ici.

Partager
Infos Pratiques
Date : du 24 octobre 2019 au 26 octobre 2019
Lieu
Coronet Theatre, Notting Hill Londres
Infos
Prix: £25-£30.

à voir également