Johan Van Mullem présente Reverence à Londres FR
EXPOSITION

Johan Van Mullem présente Reverence à Londres

Nadège Alezine le 19.03.19

Vous êtes né au Congo. Que reste-t-il dans votre travail actuel de vos années africaines ?

Je suis né au Congo mais n’en garde aucun souvenir car j’ai quitté ce pays à l’âge de 1 an. Cependant, la mémoire commence bien avant notre conscience et je reste persuadé qu’autant l’expérience intra-utérine que nos années « bébé » dont on ne se souvient pas font partie intégrante de notre être, et donc de notre devenir. Ils ne le conditionnent pas mais y participent, comme des étapes successives dont on ne peut supprimer l’existence. J’ai donc travaillé le visage sans doute comme autant de masques. Des symboles et traces de cette mémoire. De même les influences diverses et multiples s’infiltrent par nos différents sens et conditionnent notre appréciation, notre vision et nos réalisations.

Vous représentez beaucoup de visages sur vos toiles. Est-ce une façon pour vous d’en explorer les âmes ?

La figure reste mon sujet phare. Plus j’étais jeune et plus les visages et mains dessinés à l’encre de chine étaient marqués, ridés. Là où on me faisait remarquer souffrance, lourdeur ou dureté, je ressentais sérénité, sagesse et beauté. Je reconnais volontiers un dialogue avec des âmes, des présences, des existences sublimées. Un dialogue de sentiments et d’émotions dans une intimité silencieuse.

Vos toiles questionnent souvent le subconscient et l’âme des êtres. Dans quel état êtes-vous quand vous peignez ?

Je travaille dans un état « déconnecté » ou « décalé », à savoir non guidé ou contrôlé entièrement par le cerveau. Je tente de le placer en sourdine, en arrière-plan. Une sorte de rêve éveillé. Car le cerveau est un algorithme hyper puissant qui génère des pensées autant que des actes à partir  de toutes les informations acquises (éducation, et expériences)  et/ou perçues avec tous nos sens et détermine ainsi notre comportement. Céder la place au silence intérieur et extérieur permet de visualiser et de réaliser une transformation de l’énergie dans un geste « libéré » et libérateur. Changer de vêtement pour peindre c’est changer de peau…

Votre œuvre est souvent comparée avec celles de Francis Bacon ou Rembrandt. Que pensez-vous que votre travail a en commun avec ces artistes ?

Je crains que la formule de la comparaison soit fondamentalement à l’opposé du geste de création. La comparaison soustrait de l’œuvre et de l’artiste la substantielle moelle de ce qui est unique. C’est l’œuvre de cet algorithme (le cerveau) qui inventorie, classe et hiérarchise. Il n’aime pas beaucoup la prise de liberté, or l’artiste crée pour vivre et il vit pour créer. La comparaison induit indirectement la notion de qualité avec ses dérives du bien et du mal. Elle oppose. Elle refoule. Divise. Tente de créer des liens intemporels or, l’artiste favorise l’expérience contemporaine de son environnement. Si je reconnais la nécessité d’une origine et d’un devenir pour combler la quête du sens et que nous vivons « entouré » je dirais que Rembrandt c’est ma famille, Francis Bacon, un voisin.

Qu’est-ce que vous essayez de dire dans Reverence ?

Reverence est le titre donné par le curateur de l’exposition : M. Christian Levett qui a proposé et conçu ce « parcours » où nous nous rejoignons dans cette recherche permanente du lien entre classicisme et contemporanéité, individualité et humanité. Un respect fondamental pour l’harmonie entre forme et contenu.

Pour ma part ce titre : « Reverence » m’inspire ceci : Le regard que l’on porte à un tableau génère de l’émotion. S’ensuit une relation d’affection nouvelle à soi. Les émotions ancestrales et dissimulées remontent à la surface entraînant bouleversements et remises en question.

L’œuvre est un témoin privilégié de notre piété intime. Elle nous force avec tendresse au respect de notre être. Il en résulte un dialogue intérieur où crainte et honneur se défient. Où fierté et pudeur rivalisent.

Regarder les tableaux c’est se prosterner devant la joie subite d’exister. Un salut fractionné qui nous éloigne ne fût-ce qu’un instant de nos pêchés et nous permet de recouvrer ou de garder un état heureux, bref ou éternel.

Avancer, marcher sur un chemin imprévisible ponctué d’Humanité pour le rendre reconnaissable.

Un chemin jalonné de repères qui sonnent comme des louanges pour s’initier au respect de ce qui n’est pas ou plus connu.

Ni le peintre, ni le spectateur ne sont acteurs. Seul l’invisible œuvre en silence. Chaque pas devient une révérence énigmatique sur le chemin du Salut.

Cette exposition est votre quatrième à Londres. Y a-t-il quelque chose de particulier qui vous plaît ici ?

Londres est une des capitales culturelles du monde. Tous les arts s’y côtoient et la diversité autant que la qualité génèrent une curiosité particulièrement dynamique à la fois dans sa population que parmi les visiteurs.

C’est une ville du « possible ». Une ville avec un rayonnement international qui tresse des liens particuliers entre les différents acteurs du monde de l’art.

Pour ma part j’y fais à chaque fois des rencontres exceptionnelles dans une simplicité et professionnalisme hors du commun. « to be or not to be » prend tout son sens ici.

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Infos Pratiques
Date : du 29 mars 2019 au 13 avril 2019
Lieu
Unit London 3 Hanover Square W1S 1HD Londres
Infos
Ouvert du lundi au samedi de 10h à 19h et le dimanche de 12h à 18h. Entrée gratuite.

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