Sauvage au cinéma avec Félix Maritaud FR
CINÉMA

Sauvage au cinéma avec Félix Maritaud

Clémence Calderon le 01.03.19

Félix Maritaud et Camille Vidal-Naquet se sont confiés au magazine Ici Londres à l’occasion du film Sauvage. Félix Maritaud incarne le rôle principal de Léo, un jeune homme de 22 ans qui se prostitue.

Pourquoi avoir choisi Félix Maritaud pour incarner le rôle principal de Léo ?

Camille Vidal-Naquet : Lorsque j’ai écrit le script, le personnage de Léo avait 17 ans, était tout petit, tout maigre et c’est l’idée que j’avais eu du personnage. Et puis comme souvent lors des castings, on fait des rencontres, et on construit en quelque sorte le personnage, il évolue. J’ai choisi Félix parce que j’ai beaucoup aimé l’approche qu’il avait lorsqu’il a lu le scénario car il a eu une approche sur les émotions du personnage. Il vivait ce personnage, il a intégré petit à petit comment vivre avec le corps et par les émotions le personnage de Léo. De plus, Félix est très intéressant à filmer parce qu’il a ce corps qui est à la fois dans la force, dans la puissance mais il a aussi une fragilité, une tendresse et une vulnérabilité qui était ce que je cherchais en tant que réalisateur pour incarner le personnage de Léo. Avec ces deux aspects combinés, il s’offre vraiment à la caméra et dans le film d’une manière assez détonante.

 

Rares sont les films qui abordent le commerce du corps, surtout du corps masculin. Est-ce important selon vous de mettre en lumière la prostitution masculine ?

Camille Vidal-Naquet : Je trouve toujours intéressant de donner de la visibilité à ceux qui n’en ont pas ou peu. On ne voit jamais la prostitution masculine, et quand on parle de prostitution, on pense immédiatement aux femmes. Pour beaucoup de gens, il semble banal que les femmes se prostituent dans la rue, mais l’idée que les hommes le fassent aussi, c’est impensable pour eux. Ca m’a beaucoup interloqué. Beaucoup de gens sont même carrément persuadés qu’en France, la prostitution masculine de rue n’existe pas, ou plus. Je trouve que ça fait réfléchir !

Le film aborde également la question de la tendresse et de la douceur que les hommes peuvent avoir entre eux. Je pense qu’il peut y avoir de la proximité et même de l’affection entre hommes, sans pour autant parler d’homosexualité. Je pense que n’importe qui a besoin de cette tendresse-là et je trouvais ça important d’en parler dans Sauvage.

La prostitution masculine est-elle taboue ?

Camille Vidal-Naquet : Je ne suis pas un spécialiste de la prostitution ni sociologue et même en ayant été dans des associations pour mieux comprendre ce milieu, je suis revenu finalement avec plus de questions qu’avant.

En plus de la prostitution masculine, le film pose d’autres questions notamment la sexualité des handicapés, la sexualité des personnes âgées et je pense que dans le film, il y a pas mal de points qui sont filmés et qui sont des choses qui existent mais qu’on ne veut pas voire bien que ce soient des réalités. La prostitution brasse une quantité immense de questions sociales et socio-politiques que ce soit les rapports avec la police, la drogue, le genre, l’identité, les migrants.

Comment définiriez-vous le métier d’acteur ?

Félix Maritaud : C’est une bonne question parce que c’est une réflexion qui me traverse beaucoup en ce moment. Il faut savoir que je n’ai pas eu de formation d’acteur, je suis devenu acteur et on m’a rendu acteur.

Pour beaucoup, être acteur c’est interpréter. Moi je n’ai pas l’impression, dans ce que je fais, d’interpréter. J’ai plus l’impression de donner, de passer, d’être plutôt une surface de transmission d’émotions plutôt que d’être une identité émotive visuelle. Après selon moi, quand tu peux rendre ton cœur flexible au point d’aimer ou de faire preuve d’empathie pour quelque chose qui ne te concerne pas, je pense que tu es un vrai acteur. Pour moi être acteur c’est une question d’empathie et de générosité, c’est vraiment ce qui compte dans l’acting et pas forcément l’analyse des personnages ou la performance qu’on va avoir.

Le fait de donner de l’humanité à des personnages de fiction, je trouve ça très noble. D’être le passeur d’humanité là où il n’y en a pas, que ce soit dans des milieux très durs comme celui de la prostitution ou dans un film où tout est créé à partir de désir, je trouve ça très noble et c’est pour ça que je continue je pense.

Comment décririez-vous le personnage de Léo ?

Félix Maritaud : C’est assez particulier parce que je ne comprends pas totalement le personnage de Léo mais je pense que c’est quelqu’un d’assez absolu dans la liberté et l’amour. C’est un jeune homme qui n’a aucune attache matérielle à la vie et s’il n’a plus de lien avec les autres, il ne comprend pas pourquoi il est en vie, ça ne fait pas de sens pour lui. Je pense que c’est surtout un garçon très amoureux, très libre mais amoureux de l’amour, du sentiment amoureux.

Vous avez dit avoir développé une peur réflexe de l’abandon à la suite du tournage du film. Est-ce révélateur de la sincérité et de l’intensité que vous investissez dans un rôle ?

Félix Maritaud : Disons que j’ai eu un réflexe d’auto-défense après le tournage, parce que mon corps a été beaucoup manipulé, exhibé et mis en danger. Même si ton esprit fait la part des choses genre « ok je suis acteur, je joue juste dans un film » finalement tu te pètes la gueule parce que ton corps n’a pas le même réflexe que l’esprit. Après je pense que j’avais déjà un réflexe de peur de l’abandon avant le film.

Où puisez-vous cette intensité dans votre jeu d’acteur ?

Félix Maritaud : C‘est quelque chose auquel j’ai du mal à répondre parce que je n’en sais rien. J’ai la chance ou la malédiction d’avoir une sorte de transparence comme ça des émotions, ou je ne contrôle pas vraiment les choses.

Qu’est ce qui a été le plus dur dans le dévoilement de soi pour ce film ?

Félix Maritaud : Je pense que cet absolu d’amour que vit le personnage, c’est quelque chose qui m’a… disons que je n’ai pas envie de faire partie de ces acteurs qui ont des expériences incroyables en jouant des personnages et qui, par la suite, se coupent totalement de l’expérience en se disant « il faut que je m’en lave, que je me protège ». Moi le personnage de Léo il m’a appris des choses fondamentales sur aimer, accepter l’amour, le donner et ce sont des choses qui vont me servir toute ma vie. Je pense que l’expérience de ce film m’a permis de progresser en tant qu’homme, qu’artiste et tout simplement en tant qu’humain.

Avez-vous des icônes dans le cinéma qui vous inspire ?

Félix Maritaud : Oui beaucoup et pour différentes raisons. J’admire Béatrice Dalle pour son humanité absolue, j’admire Jean-Louis Trintignant pour sa précision et sa beauté, Gérard Depardieu pour sa force, Denis Lavant pour créer des personnages burlesques et les faire exister de manière si réelle.

Je n’ai pas vraiment de modèle mais je sais cependant qu’il y a des choses qui me touchent plus que d’autres notamment l’intégrité, et je pense que c’est important à notre époque de revenir à cette intégrité où les artistes assument leurs opinions personnelles. Je n’ai pas envie d’être un acteur qui dit oui tout temps. Moi je viens des Beaux-Arts, dont j’ai appris à assumer mes opinions politiques, mes opinions esthétiques. 

Mais je respecte beaucoup l’intégrité des artistes, c’est quelque chose qui me plait beaucoup. Je préfère un artiste avec qui je ne partage pas des opinions mais qui est totalement sincère et direct avec moi plutôt qu’un artiste avec qui je partage des opinions mais qui est un peu froid. Je n’ai pas peur des gens qui ne sont pas d’accord avec moi. En France on ne peut plus avoir de dialogue et si on n’est pas d’accord, on se cri juste dessus des arguments et on ne trouve pas de solution. Je trouve ça très intéressant de ne pas être d’accord, c’est comme ça qu’on devient intelligent je pense.  

Sauvage sort le 1er mars dans les salles de cinéma, vous pouvez également voir le film à l'Institut Français. Réservez vos places ici

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Infos Pratiques
Date : du 09 mars 2019 au 20 mars 2019
Lieu
Institut français du Royaume-Uni 17 Queensberry Place, Londres SW7 2DT
Infos
Prix billet : £12

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