Yara Lapidus se confie à l'occasion de son concert à Londres
CONCERT

Yara Lapidus se confie à l'occasion de son concert à Londres

Estelle Nilsson-Julien le 06.02.19

Dans Indéfiniment, Yara Lapidus allie sa voix parfaitement mielleuse et mystérieuse aux compositions entraînantes du virtuose Gabriel Yared. Un album d'exception enregistré dans les studios mythiques d'Abbey Road, qui comprend une collaboration spéciale avec Iggy Pop. L'artiste franco-libanaise, sophistiquée et attentionnée s’est confiée à nous sur son retour à la musique en amont de son concert Londonien.

Vous êtes franco-libanaise, où est-ce que vous avez passé votre enfance ?

Je suis née à Beyrouth mais mon enfance a été extrêmement chahutée par la guerre, ce qui fait que j’ai vécu on and off au Liban. Je n’ai jamais fait deux années successives dans la même école, je suis allée à l’école à Paris, puis en Egypte, avant de retourner au Liban.

Quand est-ce que vous vous êtes mise à la musique ?

J’ai commencé la musique à l’âge de 6 ans avec la guitare, je voulais faire comme ma mère qui est peintre et guitariste. Puis je suis passée au piano, chose que j’ai arrêté à 18 ans pour cause du bac. C’est il y a seulement 10 ans que je me suis vraiment remise à la guitare.

Vous êtes passée par la mode et le théâtre, quel est le déclic qui vous a donné envie de retourner à la musique ?

La musique ni l’écriture ne m’ont jamais quittés, quand on a déjà joué de la musique on a une sensibilité particulière. J’ai joué de la musique jusqu’à l’âge de 18 ans puis j’ai eu un déclic, quelque chose dans l’inconscient qui me disait de me remettre à la guitare. Il y a 8 ans j’ai commencé à travailler avec un prof plusieurs fois par semaine avec l’intention de jouer sur scène, guitare à la main. Quelques mois après j’ai subi une intervention qui m’a paralysé de la main gauche et donc je ne peux malheureusement plus jouer de la guitare.

Comment s’est passée votre collaboration avec Gabriel Yared sur cet album ?

L’album est né du fruit d'une collaboration incroyable avec Gabriel. Sa musique et ses thèmes m’ont toujours paru à la fois audacieux tout en gardant une apparence de simplicité. C’est un art difficile à perfectionner, l’apparence simple qui cache une réelle sophistication. Ses mélodies étaient une source d’inspiration inévitable et évidente pour l’écriture.

Dans quel ordre est-ce que vous avez travaillé, vous êtes partie de ses mélodies ou est-ce qu’il s’est basé sur vos textes ?

Rien n’est plus fabuleux pour un auteur que de démarrer d’une page blanche en roue libre, sans cadre. La musique transcendante de Gabriel m’a beaucoup inspirée et j’ai pu poser mes mots en fonction de ses mélodies. Sinon, je suis habituée de toujours partir d’une page blanche.

C’est un album très personnel, réussissant à mêler l’Orient et la France en créant un tout harmonieux ?

On retrouve le Liban en filigrane, et puis la France sans doute pour le goût des beaux textes, ciselés et bien écrits.

Dans cet album vous faîtes allusion à plusieurs types d’amours, on découvre multiples personnalités ?

Le thème principal est l’amour, on peut dire que ce n’est pas original mais en réalité c’est une source d’inspiration inépuisable ! L’importance est l’endroit où on pose sa caméra, l’angle dans lequel on va parler d’amour. Chaque chanson est traitée différemment, il y a l’amour passionné, l'absence, la mélancolie, la folie, la douceur.

Vous dites aimer la finesse et la discrétion, quels sont les messages plus subtils qui peuvent être loupés à la première écoute ?

Je tente de diffuser un message d’espoir même dans le chagrin, ce que l’on peut notamment retrouver dans la chanson Indéfiniment. On a beau passer les tempêtes de la vie, les difficultés, chez moi c’est toujours l’optimisme qui l’emporte. C’est peut-être parce que je suis né dans un pays en guerre que j’ai conservé ce sens de l’espoir.

Vous chantez avec Iggy Pop sur Encor, Encor, comment s’est manifestée cette opportunité ?

Cette chanson fait référence au film 37° 2 le matin, la musique me donnant envie d'écrire pour un duo homme femme, dès le début. Je rêvais de collaborer avec Iggy, il y a une émotion inouïe qui se dégage de sa voix, surtout lorsqu’il chante en français. J’ai rencontré un ange gardien, c’était le tourneur d’Iggy, sauf que moi je ne le savais pas. Je lui racontais que je cherchais un collaborateur pour Encor Encor, idéalement un artiste anglophone. Il m’a proposé de contacter Iggy, sans rien me promettre. Je lui ai donc écrit pour lui proposer ce projet fou ! J’ai lancé ça comme on lance une bouteille à la mer, et puis au bout, pêche miraculeuse : Iggy dit oui ! On s’est très bien entendus, c’est un personnage vraiment exceptionnel.

Le clip vidéo Encor Encor a un rendu très cinématographique avec une très belle esthétique, l’aspect visuel de la musique est-il important pour vous ?

Je viens du milieu de la mode et j’ai toujours comparé cet album à une petite robe noire, c’est ma petite robe noire. Chaque femme a une robe noire qu’elle traîne d’années en années, indémodable, bien coupée, dans un beau tissu. Je voulais que l’album soit intemporel, il n’est pas à la mode, il aurait pu être là il y a 30 ans et j’espère qu’il sera également là dans 30 ans. Pour ce qui en est du clip, j’étais partie pour du noir et blanc, un effet monochrome, mais vu qu’il fait référence au film de Jean-Jacques Beineix je me suis inspirée de cet univers baigné de couleurs et de lumières.

Avez-vous choisi votre propre tenue pour le clip ?

Oui, ah ça oui (rire) ! J’ai veillé à chaque détail, avec aucun élément du clip ne faisant partie de la mode d’aujourd’hui, ni la mode, ni la bague, etc.

Comment c’est d’enregistrer aux studios mythiques d’Abbey Road et de travailler avec 43 musiciens ?

J’ai quasiment habité à Abbey Road pour cette expérience exceptionnelle. Pendant 7 mois j’enchainais les allers retours toutes les semaines, cet album me liant organiquement à Londres. Tout était impeccablement organisé, comme une horloge suisse, chaque musicien savait ce qu’il devait faire, les cordes, les cuivres, tout était prêt au bon moment.

Que pensez-vous de Londres ?

J’ai toujours eu un faible pour cette ville, donc l’idée d’y travailler m’enchantait ! Je dis toujours à mon mari “si tu veux partir de Paris, j’adorerai aller à Londres”. Tout m’inspire ici ! J’aime les anglais, leur fantaisie et leur façon d’accepter les autres. On voit des gens habillés de manière complétement farfelue et cela ne pose problème à personne, tout est normal! Cette fantaisie n’existe pas à Paris : dès qu’on sort du cadre les gens le font remarquer.

Et pour ce qui en est de la suite, vous préparez un album en anglais ?

Je suis en train de finaliser cet album, qui reprend les chansons d’Indéfiniment en version anglaise. C’était un travail qui avait deux têtes dès le départ, la France et l’Angleterre.

Réservations ici.

Crédits photos : Fanny Latour-Lambert

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Infos Pratiques
Date : le 04 mars 2019
Lieu
Brasserie Zédel, 20 Sherwood St, Soho, London W1F 7ED
Infos
Horaire : 19h Prix : £20

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