Indochine, 40 ans d’une vie d’aventurier
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Indochine, 40 ans d’une vie d’aventurier

Clémentine Vachez le 06.07.20

En 2021, le groupe Indochine fêtera ses 40 ans de carrière et voit les choses en grand : 5 stades de prévus en France et peut-être un concert surprise à Londres. C’est quelques jours après la sortie de leur nouveau single « Nos Célébrations », co-réalisé à Londres et qui retrace le parcours du groupe depuis 1981 qu’on a rencontré Nicola Sirkis. Londonien à temps partiel, Nicola Sirkis a déjà enregistré quelques morceaux à Londres et plusieurs de ses clips ont été produits par des réalisateurs britanniques. En dévoilant des facettes de sa personnalité, le chanteur et leader du groupe Indochine retrace dans ce clip son voyage depuis 40 ans, depuis ces titres qui sont devenus des classiques du rock français.

Vous célébrez vos 40 ans de carrière l’année prochaine et le 26 mai, vous avez sorti « Nos Célébrations ». Au début des paroles, vous dites « Mais qui nous a fait croire, que l’on n’y arriverait pas ? Je ne donnerai pas cher de ma peau, je ne donnais pas cher de moi ». Pourquoi vous-même, vous n’y avez pas cru il y a 40 ans ? 

Ça s’adresse à tous les gens qui ont un rêve et à qui on dit « Ne rêve pas trop, ça ne marchera jamais ». Ça m’est arrivé avec Indochine, je m’y suis accroché et on y est arrivé. Quand on est tout petit, quand on est tout jeune, on nous a dit « Changez de nom, ça marchera jamais » ou alors… « Vous avez fait un tube, c’est un miracle vous n'allez pas en faire un deuxième ». C’était dur, parce qu'on était un peu naïf et puis finalement, on s’y est accroché. Cette phrase-là, elle est revenue par d’autres personnes qui n’ont rien à voir avec la musique. Il n’y a que dans des pays nordiques où on permet aux gens de rêver et d’aboutir leur rêve. En France, c’est « Passe ton bac d’abord ! » . Il ne faut écouter personne quoi qu’il arrive, personne n’a la vérité absolue sur ce genre de rêve.

Dans le clip « Nos Célébrations », on voit que vous montez dans un train et vous faites une rétrospective des événements depuis 1981 en commençant par l’affiche de campagne de F.Mitterrand en passant par J.Chirac, N.Mandela, D.Trump .... C’est un clip très politique ? Comment auriez-vous retranscrit le mouvement BLM dans votre clip ? 

On a sorti un teaser de 21 minutes qui retrace toute notre carrière : ça commence avec Mitterrand, l’abolition de la peine de mort et termine par la pendaison du Covid-19. En fait, fêter ses 40 ans c’est déjà quelque chose de totalement inhabituel pour un artiste et pour un groupe de rock encore plus, on doit être une dizaine dans le monde a pouvoir avoir cette chance-là. Ce que je voulais montrer, c’est qu’à travers toutes ces époques, ces 4 décennies, avec tous les événements qu’on a connus à l’époque, on n’avait pas internet, pas le téléphone portable, pas l’ordinateur, on est toujours là ! 

Notre premier concert a eu lieu en mai 1981, il y a eu l’abolition de la peine de mort quelques mois après, l’ouverture des radios en France ... Il y a eu tellement d’événements que ça a accompagné un peu les séquences de notre vie, c’est-à-dire qu’à chaque single sorti, c’est un peu l’histoire de notre vie. Même avec le Covid, nous sommes les survivants de tout ça. Dans le clip, on a fait le choix des événements, c’est un peu historique avec Mandela, Thatcher, Tchernobyl, World Trade Center ... Dans le film de 21 minutes, on a mis les événements qui m’ont interpellé ou choqué. Il y a aussi notre clip de Station 13, qui a été fait par un réalisateur anglais en 2018 et qui retrace le massacre d’un noir par une police sud-africaine. Et c’est fou parce qu’aujourd’hui, les États-Unis se disent, mais comment ça se fait que ce clip a 2 ans parce que c’est totalement passé inaperçu en fait. 

Ce que j’aime bien, on va dire, c’est de voir cette jeunesse à l’encontre des trois plus gros hommes politiques bidons de ces dernières années, que ce soit Trump, Boris Johnson et Bolsonaro qui vont à l’encontre de tout ça. Que ce soit pour le climat avec Greta Thunberg, de la tolérance sexuelle, du racisme, manifestations mixtes, c’est un combat qui dure depuis longtemps. C’est assez fédérateur, très optimiste pour cette jeunesse.

Ce clip de 3 minutes retrace un voyage de 40 ans, ça vous a rendu nostalgique ? 

Alors pas du tout, parce que le train il avance dans une direction, vers le futur. Je voulais juste marquer le fait qu'on a traversé tout ça quand même et qu’on est des survivants aujourd’hui. 

Le clip « Nos Célébrations » ressemble à un clip de dessin animé en noir et blanc, vous êtes vous inspiré du clip d’A-ha « Take On Me » sortit en 1985 ? 

Tout à fait, c’était dans le cahier des charges. Ce que je voulais, c’était qu’on soit un peu comme dans une BD. Cette ambiance un peu manga a été faite par une équipe anglaise avec des Français, des Allemands qui ont tous travaillé ensemble. On a travaillé avec elles pendant tout le confinement. 

Pourquoi avoir enregistré ce morceau à Londres ? 

J’y habitais donc c‘était plus facile. J’ai demandé à Olivier, mon guitariste de venir et après on l’a terminé à Bruxelles. On a quand même enregistré beaucoup d’albums en Angleterre. Là c’était plus pratique de venir au studio et de travailler comme ça puisque moi, j’étais sur place.

Vous avez dit dans une précédente interview : « Pas sur d’ailleurs que nous soyons encore là pour nos 50 ans, alors fêtons nos 40 ans comme si se doit » Pensez-vous vraiment que vous n’allez pas fêter vos 50 ans ? Pensez-vous à prendre votre retraite ? 

Prendre ma retraite, j’espère que non parce qu’il n’y a pas de retraite dans la musique, ce n’est pas un métier, c’est plutôt une passion. Après, oui il ne faut pas être dupe, fêter aujourd’hui nos 40 ans c’est beaucoup plus sûr que de pouvoir fêter nos 50 ans. Après si on arrive à 50 ans, on fera peut-être moins de gros trucs, mais on le fêtera quand même. C’est plus réaliste de se dire que peut-être, on n’arrivera pas à nos 50 ans.

Vous allez sortir un opus en deux volumes qui retrace votre carrière : un de 2001 à 2021 qui sortira le 28 août et l’autre de 1981 à 2001 qui sortira en novembre, y a-t-il une raison pour ne pas les avoir sortis dans l’ordre chronologique ? En séparant ces 40 ans de carrière, quelle période avez-vous préférée ? 

En fait, ce sont 56 singles. Je trouvais que dans la discographie d’Indochine, c’était bien d’avoir ces objets-là, c’est-à-dire une collection de singles sur 40 ans. Ce n'est pas un best-of normal, c’est un single collection. Un best-of, c’est tout mélangé, nous, ce qu’on voulait c’était de l’ordre chronologique et effectivement, les 15 dernières années ont été beaucoup plus importantes que les 10 premières pour moi parce que les 10 premières, tout le monde les connaît pratiquement. Les 15 dernières années, c’était important de les marquer. En fait, il y a beaucoup de gens qui pensent que les Beatles, ça se limite à l’album Rouge et à l’album Blanc alors que pour moi les Beatles, c’est un groupe d’albums. Je me suis dit que nous aussi, on a un groupe d'albums où les gens pour eux, c’est la référence. Ils n'ont peut-être pas forcément envie d’avoir un album, mais au moins d’avoir cette collection de singles. Et que 40 ans, c’était la meilleure période pour faire ça. Je préfère la dernière période, elle est plus spontanée, plus confiante de ce qu’on représente et de ce qu’on peut faire, elle me ressemble plus. Les premières aussi me ressemblaient, mais on était plus inconscients et on faisait beaucoup plus de concessions. 

Dans votre grande tournée de prévue en 2021, y’aura-t-il un passage à Londres ? Comment envisagez-vous ce retour sur scène, post-Covid ? 

Alors non ce n’est pas prévu, car je ne me vois pas faire un stade à Londres puisqu’on n'est pas du tout connu en Angleterre. À Londres, on remplit que des Stepherd's Bush, des 2000-2500 personnes. Pour l’instant, on fait d’abord cette tournée des stades, c’est quand même 500 000 à 600 000 personnes entre Lyon, Paris, Marseille, Bordeaux et Lille. Après, est-ce qu’on fera des petits concerts surprises, peut-être qu’on ira à Londres marquer nos 40 ans, histoire de marquer le coup.

Je ne l’envisage tout à fait normalement et pas du tout confiné ou déconfiné avec les mesures de distanciation sociale. Je pense que le paradoxe ne marchera pas. Si c’est ça, je pense qu’on reportera tant qu’il n’y aura pas de vaccins ou autres. Je n’envisage pas un concert dans des conditions comme on a pu le vivre. Les concerts restent quand même le seul endroit de liberté énorme où tout est possible et tout est permis. On peut crier, hurler, toutes les émotions passent. Si on doit être surprotégé, je n'y crois pas. Mais on prend peu de risques parce que nos concerts sont en plein air. Mais s'il y a malheureusement une deuxième ou une troisième vague et qu’il n’y a pas de vaccins, je préférai moi, attendre. Jouer devant des voitures, ça ne me motive pas. On vient de faire un concert en haut de la tour Montparnasse pour les réseaux sociaux, c’est difficile : on ne voit pas les gens, on ne les sent pas, c’est difficile. 

Qu’est-ce que vous retenez le plus de ces 40 ans de carrière ? 

Je ne sais pas. Le fait qu’il y a un an, je fêtais mes 60 ans sur scène depuis 50 000 personnes et que dans un an, je fêterai mes 40 ans de carrière devant 500 000 personnes. Je pense que comme Mick Jagger, quand on fait du rock, on reste un adolescent éternel.  

Qu’est-ce que vous auriez envie de lui dire au Nicola d’il y a 40 ans qui commençait sa carrière ? 

« Ne pensez pas que tout va bien se passer », comme une affection.

 

 

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