L’affaire Cummings, le feuilleton politique de l’été
LONDON LIFE

L’affaire Cummings, le feuilleton politique de l’été

Clémentine Vachez le 28.05.20

L’affaire Cummings monopolise la une des journaux depuis quelques jours. À 49 ans, Dominic Cummings est un stratège politique britannique. À la tête de la campagne du référendum de 2016 qui a abouti au Brexit, il est le conseiller spécial du gouvernement depuis 1 an, nommé par Boris Johnson. Retour sur les faits du feuilleton politique de l’été qui fait la risée des journaux depuis quelques jours.

Chronologie du feuilleton depuis vendredi 

Le vendredi 22 mai, The Daily Mirror et The Guardian révèlent que fin mars, craignant d’être contaminé par le Covid-19, le conseiller spécial nommé par Boris Johnson, Dominic Cummings, quitte son domicile londonien. Il s’est rendu avec sa femme et leur fils de 4 ans chez ses parents, à Durham, à 400 km dans le nord-est de l’Angleterre. Un second déplacement est particulièrement critiqué : une visite à proximité du château médiéval de Barnard, à une quarantaine de kilomètres du domicile de ses parents, le jour de l’anniversaire de sa femme. Le conseiller a assuré que cette virée en voiture devait lui permettre de vérifier qu’il pouvait conduire en toute sécurité, car sa vue avait été affectée par le virus.

Le dimanche 24 mai, après 48 heures de crise, Boris Johnson a catégoriquement refusé de virer de son gouvernement Dominic Cummings. Les médias s’acharnent et beaucoup d’entre eux en concluent que le Premier ministre ne peut pas se passer de son conseiller spécial, aka celui qui a été à la tête de la campagne du Leave en 2016 et qui a remporté la majorité des votes du Brexit. 

Après plusieurs jours de tempête politique, Dominic Cummings s’est défendu, ce lundi 25 mai, après avoir enfreint les règles gouvernementales du confinement, qu’il avait lui-même instaurées. Sans excuses ni pardon, Cummings s’est défendu sur le fait qu’il cherchait une solution pour garder son enfant. Le Premier ministre, qui a jugé cet acte « comme responsable », se voit maintenant confronté à une révolte majeure au sein même de son parti, puisque plus de 40 députés conservateurs demandent la démission de Dominic Cummings.

Révolte des membres du Parlement 

Peter Bone, membre du Parlement du parti conservateur, a déclaré à SkyNews dimanche, "Je suis certain qu'il doit partir. Nous ne pouvons pas vraiment avoir une règle qui s'applique à tout le monde sauf à l'élite du gouvernement.". 

Révolte des journalistes 

Mardi soir, en introduction à Newsnight, la journaliste Emilie Maitlis a été félicitée pour son brillant résumé de « la loyauté aveugle » du gouvernement rangée derrière Dominic Cummings. Elle a présenté le conseiller de Boris Johnson en ces termes : « Souvenez-vous, c’est homme qui comprenait toujours les humeurs de l’opinion publique et qui taguait facilement d’élitistes tous ceux qui n’étaient pas d’accord avec lui. Il doit certainement à présent se rendre compte que l’humeur du public est unanime à son égard : elle est pleine de colère, de mépris et de souffrance. » Mais mercredi soir, après avoir été réprimendée par les patrons de la BBC concernant les propos qu'elle a tenu à l'égard de l'affaire Cummings, jugée pour avoir enfreint les règles d'impartialité, c'est une autre journaliste de BBC qui a présenté l'émission.

Révolte des citoyens britanniques 

Depuis l’éclat de l’affaire au grand jour, les députés conservateurs reçoivent des centaines de messages d’électeurs, en colère et dont certains ont été diffusés sur Twitter. L’un a raconté s’être privé de rouler 600 km pour se rendre au chevet de sa mère atteinte du coronavirus « pour respecter les règles imposées par le gouvernement conseillé par Dominic Cummings. »

Qui dit feuilleton politique de l’été, dit risée des réseaux sociaux. En faisant l’objet de nombreux mêmes arrivés en masse sur Twitter, Dominic Cummings est devenu en quelques jours, l’un des hommes les plus impopulaires du Royaume-Uni. Tweets, couvertures de magazines, montages photos, mêmes, l’opinion publique est tranchée.

Dimanche soir, un membre du gouvernement britannique a réussi à tweeter depuis le compte officiel du gouvernement, en réaction à l’affaire Cummings. Le tweet est resté 10 minutes et a suscité de nombreuses réactions.

Cette affaire n'est néanmoins pas la première chez les politiques britanniques durant le confinement. Fin mars, un conseiller scientifique du gouvernement britannique, le professeur Neil Ferguson, autorise sa maîtresse à lui rendre visite chez lui à Londres, au moins deux fois. Ayant contracté le Covid 19 des semaines auparavant, il pensait être immunisé et pouvoir accueillir sa maîtresse chez lui. Mais quelques jours plus tard, sous la pression du gouvernement britannique, il reconnaît que c’était une erreur de jugement et démissionne.

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