L’impact du confinement sur les relations familiales expliqué par la psychologue Caroline Hoffstetter
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L’impact du confinement sur les relations familiales expliqué par la psychologue Caroline Hoffstetter

Clémentine Vachez le 04.05.20

À l’heure où plus de 3 milliards d’humains se doivent de respecter les mesures de distanciation sociales établies par les gouvernements, rester confiné seul, en couple ou en famille perturbe l'équilibre et le quotidien de chacun. Impact sur les relations familiales, conditions de vie des ménages, gestion du quotidien, confidences confinées avec Caroline Hoffstetter, psychothérapeute pour enfants, adolescents et familles.Psychologue clinicienne, Caroline Hoffstetter travaille à Paris et au Medicare Français à Londres où elle reçoit des enfants, des adolescents et des familles. Actuellement confinée à Paris avec ses 4 enfants, elle poursuit ses consultations avec ses patients soit en télé consultations soit par téléphone, afin de maintenir le lien thérapeutique en cette période si particulière à laquelle nous expose le confinement. Elle est également bénévole pour le Centre d’Urgences Médico-Psychologique de Paris (CUMP).

Quelles sont les conséquences familiales de plusieurs semaines de confinement ?

Face à cette pandémie de COVID-19, le confinement est la stratégie de santé publique que nos gouvernements ont choisie pour réduire la transmission de la maladie. Au nom de l’intérêt général, nous sommes 3,4 milliards d’individus sur la planète à être confinés : les formes et la durée de cette mise en quarantaine sont variables selon les pays, les villes, les régions mais nous demandent la même chose à tous : limiter la circulation du virus en restant chez nous.

Nous avons dû faire face à l’absence de préparation, notamment psychique, que cette épidémie est venue provoquer et avons dû réagir et nous organiser dans un temps très court pour savoir de quelle manière nous souhaitions ou pouvions être confinés, suscitant de nombreuses interrogations : seul, en couple, en famille mais quelle limite mettons-nous à la famille ? Faut-il ou pas rapatrier les jeunes adultes étudiant à l’étranger ? Lorsque cela est possible, où se confiner entre le pays d’accueil et notre pays d’origine ? Le confinement rendant bien sûr accrue la question de l’expatriation.

Les manières de vivre le confinement sont uniques et singulières pour chacun d’entre nous en fonction :- de nos lieux de vie (surface des espaces de vie ; nombre de personnes sous le même toit ; espace extérieur ou pas ; ville ou campagne ; résidence principale ou exode vers une zone moins touchée par le virus…),

- de notre situation personnelle (en couple, en famille, isolé, célibataire, séparé…),

- de notre place dans la famille (père, mère, jeune adulte revenu au domicile parental, adolescent, enfant)

- et enfin évidemment de notre situation professionnelle et financière.

 Cette expérience inédite de mise en quarantaine vient se confronter, se heurter à nos histoires personnelles et familiales. Ou en étions-nous de notre vie personnelle, amoureuse, familiale ou professionnelle avant le confinement, sans pour autant pour beaucoup, s’être posé cette question ? Et ensuite qu’est-ce que le confinement est venu nous révéler de nos vies familiales ? Avec maintenant près de 7 semaines de confinement, et travers du retour des patients, on commence à entendre quelque chose de la manière dont chacun vit le confinement et des éventuelles conséquences psychologiques sur les relations familiales. Je comprends le confinement comme une sorte de « loupe » de ce qui va dans la famille et inversement de ce qui ne va pas. J’insiste vraiment sur le fait que ce confinement vient percuter là où nous en étions de notre histoire et qu’il n’y a pas de règle, de manière universelle de le vivre.

Pour certains parents de jeunes adultes, le confinement est l’occasion de réunir les enfants sous le même toit pendant un temps « anormalement » long et de revivre, en quelque sorte, les instants magiques des enfants tout petits…Une dernière fois, auquel il faut ajouter le sentiment de sécurité de pouvoir « veiller » sur eux ; certaines mères évoquent avec difficulté le déconfinement comme « un deuil » à faire de ce moment réduit à la famille intrinsèque mais aussi de peur de la contamination, de la deuxième vague ; pour certaines mères de famille, c’est une exacerbation de la « charge mentale » habituelle avec d’un côté le télétravail à temps plus que complet parfois, des enfants qu’il faut occuper en fonction de leur âge dans des espaces parfois réduits auquel il faut ajouter les tâches ménagères quotidiennes.

Pour d’autres familles, le confinement est une aubaine qui a permis de « relativiser » les vrais problèmes ; pour d’autres, il est un miroir grossissant qui vient exposer le couple ou la famille à ses dysfonctionnements et ce, sans les exutoires habituellement présents (le travail, les voyages professionnels, les activités physiques, les liens sociaux et amicaux…) Du côté du jeune adulte tout juste « envolé », le retour dans leur chambre d’adolescent semble être vécu comme un retour à la case départ auquel il faut rajouter l’interdit surmoïque que représente le confinement et cela peut être une source de stress importante et de tension familiale. Enfin, du côté des jeunes enfants, il est difficile pour eux de comprendre des parents présents mais pas toujours disponibles comme cela peut l’être le week-end par exemple ou de faire la différence entre le confinement et les grandes vacances par exemple.

Ainsi la mise en place de ces nouvelles formes de travail pour les parents ou pour les enfants avec l’école à la maison, la perte de la routine quotidienne, la limitation des rapports sociaux voire familiaux et des activités physiques, la peur de la contamination, et pour beaucoup l’inquiétude financière nous confrontent à une nouvelle réalité qui peut avoir des conséquences dès à présent mesurables. Cela se manifeste notamment dans des troubles du sommeil, un repli sur soi, des crises d’angoisse, une irritabilité accrue et surtout dans des syndromes de stress post-traumatique.

Quelles seraient les solutions à mettre en place quand ça devient compliqué à gérer pour certaines familles ? Vos conseils ? Comment faire positiver des parents qui n’arrivent pas à gérer la situation actuelle ? 

L’isolement peut être plus difficile à vivre pour une famille récemment expatriée, qui n’a pas encore ses repères dans le pays d’accueil, qui ne valide pas forcément les choix politiques en matière sanitaire faits par le pays d’accueil, et qui est, de fait, éloignée des grands-parents, des autres membres de la famille et du cercle amical habituel. Il est donc essentiel de maintenir les liens familiaux, amicaux et sociaux via les moyens de communication dont nous disposons, pour ne pas accroître le sentiment de solitude et cela pour tous les membres de la famille.

Face aux situations tendues que peut provoquer le confinement dans certaines familles, je pense qu’il est important de maintenir des repères structurants tant pour les parents que pour les enfants. Réduire le stress en planifiant des activités : il s’agit d’inventer, de créer, une nouvelle routine quotidienne avec des horaires de lever et de coucher pour chaque membre de la famille (veiller à bien différencier les enfants entre eux en fonction de leur âge), se laver, alterner quand cela est possible les temps de travail avec son conjoint, organiser des temps pour chacun et maintenir des temps en famille. C’est le moment de responsabiliser les plus grands dans une famille nombreuse pour être aidé quand vous travaillez par exemple et attribuer des petites tâches du quotidien aux enfants en fonction de leur âge.

Permettre aux adolescents une utilisation plus souple des écrans et surtout le contact quotidien avec leur communauté.

Enfin, quand la situation épidémique crée pour certains un haut niveau de stress, il faut absolument réduire l’exposition aux médias en continu qui est une source anxiogène importante. Ce qui peut être difficile à supporter dans le confinement peut être l’angoisse de l’autre et nos propres moyens de défense que nous savons alors mettre en œuvre deviennent inopérants quand on cohabite avec une personne angoissée par le confinement. 

Dans la gestion du quotidien avec les enfants, certes il est important de maintenir un cadre de vie pour notamment aussi préparer les enfants à l’après confinement et à la reprise mais il faut s’éviter la pression du parent parfait et lâcher prise en revoyant à la baisse les exigences quotidiennes. On apprend aussi bien les chiffres voire même les conversions en faisant un gâteau au chocolat avec un parent qu’avec un cours de maths !

Il y a certaines familles, notamment monoparentales, dans des situations de tension extrême avec leur enfant et pour lesquels il était essentiel qu’il y est des tiers présents : ces adolescents sont partis « au vert » quelque temps chez les grands-parents par exemple.

 Quels sont les facteurs qui peuvent agrandir ce stress et cette anxiété ?

Ne pas savoir comment vont les proches plus isolés ou ne pas les savoir en sécuritéÊtre bien informé est une chose mais la surexposition aux médias en continu est une source extrêmement anxiogène. La non-communication claire sur le sujet avec les enfants notamment : il est important de rassurer les enfants en leur parlant franchement avec un discours adapté en fonction de leur âge. Les enfants peuvent questionner sur la maladie et il faut pouvoir les rassurer sans mentir. Il est important de répondre à leur question sur le sujet.

J’entends également poindre que le déconfinement pourrait être plus anxiogène que le confinement : au-delà de la peur de la contamination, il y a une interrogation sur « la vie d’après » mais je crois que pendant longtemps ce sera surtout « la vie avec »…Nous allons devoir apprendre à vivre avec le virus.

Le confinement fera partie du mythe fondateur de nos enfants qui le raconteront comme nos grands-parents nous ont raconté la guerre.

 

Retrouvez Caroline Hoffstetter sur Medicare Français. 

 

 

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