Ayo passe de l’obscurité à la lumière
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Ayo passe de l’obscurité à la lumière

Carla Biancarelli le 27.03.20

Après 5 albums et des millions de disques vendus, la chanteuse Ayo, qui signifie “joie” en langue yoruba, revient sur le devant de la scène pour la sortie de Royal, un album de reprises et de compositions, à la fois soul, jazz, funk et intimiste. L’artiste s’offre une tournée internationale, dont un passage à Londres. L’occasion de revenir, avec elle, sur son histoire, son parcours d’enfant, de femme, d’artiste puis, aujourd’hui de maman. Après une enfance cabossée, elle quitte son Allemagne natale pour mener une existence cosmopolite, entre Londres, Paris et New-York. En 2006, la jeune femme sort son premier album reggae, soul et folk Joyful et s’offre un succès planétaire avec son titre “Down on my knees”. Femme engagée, artiste sans frontières, ses chansons sont un cri du cœur à ce qu’il y a de plus sacré dans la vie.

Quelle histoire se cache derrière votre album Royal ?

Initialement, c’était un album de reprises de mes chansons. Quatre jours avant de l’enregistrer, j’ai tout annulé. J’ai prévenu mon manager que je souhaitais changer d’horizon, mes envies avaient évolué. J’étais mal à l’aise avec le concept de reprises. J’avais peur que les gens ne comprennent pas, qu’ils pensent que je veux reprofiter du succès de mon premier album. Et puis, j’avais déjà de nouvelles chansons. Finalement, mon manager et ma maison de disques ont préféré cet album de compos au projet de départ. J’ai enregistré les morceaux entre mes résidences de Brooklyn et Kingston en Jamaïque, le lieu de vie de mes enfants. 

Quelle est la différence entre Royal et vos anciens albums ?

Le jazz. Je voulais lui donner une dimension et un sentiment jazzy. Il est aussi plus épuré, plus mature. J’utilise davantage ma voix, comme un instrument. Je chante, dans tous les sens du terme. C’est un album lumineux, joyeux. Je me suis également entourée du guitariste Freddy Koella (Cabrel, Dylan, Higelin, Lhasa, Hugh Coltman…) pour produire mes douze titres. Quant au titre de l’album, il fait référence au tout puissant, à ce que j’appelle la force royale. Je ne voulais pas l’appeler Dieu, car je souhaitais qu’il parle à tout le monde. 

Pourquoi avoir repris la chanson “Né quelque part” de Maxime Leforestier ?

Il y a une anecdote derrière cette reprise. Mon manager m’a toujours promis qu’un jour, il me fera écouter cette chanson, que les paroles raisonneraient en moi. Puis j’ai écouté, j’ai adoré, je me suis sentie connectée, les mots me parlaient. C’est un peu l’histoire de ma vie et celle de mes enfants. J’ai dû partir en Jamaïque avec mes enfants car ma fille aînée ne pouvait plus vivre sur le sol américain. Obtenir une carte verte de résident permanent, relève d’une lutte acharnée. 

Vous avez vécu en Allemagne, en Europe, aux Etats-Unis, est-ce que c’est difficile de se sentir chez soi ?

Il n’y a pas de lieux précis où je me sens chez moi. Ce n’est pas une question de pays mais plutôt là où je me sens la bienvenue. Ce sont les gens qui font d’un endroit, sa beauté et sa bonté. Vous savez, je ne pourrai jamais vivre dans un village allemand, mon pays d’origine, où, en 2020, des enfants continuent de crier “nego” lorsqu’ils voient une personne noire. Je ne veux pas ça pour mes enfants. Finalement, vivre ici et là-bas est une richesse infinie. 

Vous dénoncez souvent l’injustice à travers vos albums, pourquoi ?

Pour moi, c’est vital. La musique est un moyen de faire passer des messages, c’est une voix puissante. Il ne s’agit pas de juste chanter, mais s’engager, inspirer les gens, les sensibiliser, les faire évoluer. 

Vous avez vécu aux Etats-Unis. Depuis l’élection de Donald Trump, aviez-vous ressenti un racisme montant ?

Oui, énormément. Le lendemain de son élection, je suis sortie promener mon chien dans un parc à Brooklyn. Une femme m’a agressée, insultée. Comme si elle était libre de déverser sa haine contre une afro-américaine. C’était choquant. Brooklyn a toujours été l’antre de la multi culturalité, du métissage et de la diversité. C’est en train de disparaître, de devenir un quartier des supporters de Donald Trump.

Vous avez vécu parfois des moments difficiles dans votre enfance, est-ce que la musique a soigné vos blessures ?

Toujours. Je me plais à dire que la musique est un médicament pour l’âme, un tranquillisant. Au début, c’était simplement pour m’évader, puis j’ai compris que je pouvais soigner des gens. Sur cet album, je me sens utile. J’ai vécu des choses que j’utilise en bien. Je veux être une porte-parole pour celles et ceux qui m’écoutent. Vous savez, lorsque vous avez connu l’obscurité, vous appréciez la lumière. 

Vous dites que dans votre famille, on ne parlait pas beaucoup, est-ce qu’aujourd’hui, avec vos enfants, la communication est importante ?

Avec l’addiction de ma mère, mon père m’a toujours appris à ne pas parler des problèmes. Il avait peur qu’on nous juge, que cela se retourne contre nous. C’était un vrai tabou. Avec mes enfants, la communication est primordiale. Il ne faut pas élever les enfants dans la peur. Il faut qu’ils grandissent en étant fiers, et non en baissant les yeux. 

En 2006, lorsque vous avez sorti “Down on my knees”, comment avez-vous géré ce succès mondial ?

Ce n’était pas difficile. En réalité, je n’ai pas réalisé ce qu’il se passait autour de moi. J’ai écrit cette chanson à 19 ans mais l’album n’est sorti qu’à mes 26 ans. J’étais assez mature, et ce succès est venu petit à petit, donc c’était plus facile à accueillir.

Plutôt Londres, Paris ou New York ?

J’ai vécu à Londres pendant longtemps. J’ai de la famille là-bas. Cette ville représente tellement de souvenirs, pour moi. Quand j’ai débuté la musique, je jouais mes chansons dans des petits bars ou des restaurants pendant que les gens mangeaient. C’est une capitale multi culturelle. J’adore aussi Paris, c’est plus petit, plus intimiste. Mes trois villes préférées sont Londres, New York et Paris. Je trouve qu’elles se ressemblent, elles incarnent un vrai Melting pot.

L’album Royal est sorti le 31 janvier dernier. Ayo est en concert à Londres le 4 mai au 100 Club,100 Oxford Street, W1D1LL. Prix : £20. Réservations ici.

 

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