Matthieu Chedid se livre sans fausses notes
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Matthieu Chedid se livre sans fausses notes

Carla Biancarelli le 27.02.20 - modifié le 27.03.20

C’est sous la lettre -M- que Matthieu Chedid s’est fait un nom dans le paysage musical hexagonal. Issu d’une famille de musiciens et d’intellectuels, -M- est auteur, compositeur et multi-instrumentiste. Depuis son premier album, Le Baptême (1997) il enchaîne les succès et collabore avec Vanessa Paradis et d’autres grands noms de la musique. Sur scène, c’est un feu d’artifice aussi musical que scénique. Actuellement en tournée avec son Grand petit concert, un seul en scène déjanté, l’artiste vient se produire sur la scène londonienne pour présenter Lettre Infinie, son dernier album.

Pourquoi Londres est une destination importante dans votre tournée ?

Londres fait partie des rares villes étrangères où je me produis. Elle représente l’essence même de la pop musique et m’a, pendant longtemps, fait rêver, par sa culture et ses illustres artistes. Cette ville a un côté fantasmatique que j’adore. Et puis, surtout, il y a une grande communauté de Français. J’espère quand même apercevoir quelques Anglais à mon concert. J’aimerais créer un pont culturel entre la culture musicale française, qui se mêle à l’anglaise.

À quoi les Londoniens doivent sattendre pour votre Grand Petit Concert ?

J’aimerais proposer une version plus festival. Mais globalement, le concert sera le même, je veux garder l’originalité et la singularité de la version française. Je serai seul en scène, avec de gros joujoux, des automates jouant des percussions.

Quelles ont été vos influences musicales pour cet album ?

Cette question est toujours délicate. Mes influences sont intérieures et souvent inconscientes. Mais je dirais que ma motivation première était de revenir aux textes, à l’intime, parler de choses sans filtres. Comme la chanson “Billie” qui évoque ma fille ou “L.O.Ï.C.A”, qui parle de la maman de mon fils. C’est un retour aux sources, à mon univers initial. L’intime, allié à une musique rythmée, entraînante, dansante, avec une pointe d’humour. C’est un album métissé.

Quelle est la différence entre Lettre Infinie et vos 5 derniers albums ?

Il est plus direct. Dans les précédents, j’ai toujours gardé une certaine pudeur, une intimité, notamment grâce à des paroles imagées, comme lorsque je parlais d’une fleur, pour désigner ma femme. Dans celui-ci, je ne me cache plus derrière des images, je suis sans filtres, c’est agréable. Mais le fond reste le même, mes chansons restent des lettres musicales. Et le nom de mon album, Lettre infinie, n’a pas vocation à un destinataire en particulier, mais plutôt à tout le monde, à l’infini. En étant moins opaque, j’ai réalisé que le réel est aussi inspirant que l’imaginaire.

Quelle est la chanson dont vous êtes le plus fier, celle qui a une signification particulière ?

Elles ont toutes une histoire. Mais je dirais que “Si près si...” a une connotation assez intime. Elle évoque le décès de ma grand-mère, atteinte de la maladie d’Alzheimer. Il y a une vraie symbolique autour. Je rentrais chez moi un soir, j’ai allumé une bougie, ce que je ne fais jamais, puis mon téléphone sonne, et mon grand-père m’annonce le décès de ma grand-mère. Je l’ai ressenti comme un signe mystique, un passage initiatique, la reprise d’un flambeau.

Vous avez invité votre fille à chanter avec vous. Est-ce pour perpétuer une tradition familiale déjà bien ancrée ?

Elle a chanté sur l’album, notamment sur la chanson “Billie”, qui lui est dédiée. C’était une évidence, les femmes de ma famille ont toujours participé à mes compositions. Malgré ma part féminine très développée, j’ai besoin d’avoir la présence des femmes de ma vie dans mes projets. J’ai composé “Billie” à la manière d’un dialogue père-fille, j’ai essayé de me mettre dans sa peau. Elle passait furtivement dans le studio pour poser sa voix, puis repartait. C’était assez naturel, fluide.

Vous avez fait de nombreuses collaborations dans votre carrière, notamment avec Vanessa Paradis. Sur cet album, c’est avec Thomas Bangalter, membre du duo Daft Punk que vous avez travaillé, pourquoi ?

Humainement, il me touche beaucoup. Je l’ai rencontré il y a 20 ans, grâce à Philippe Zdar, membre des Cassius. Nous avons une amitié pudique. Il a eu la gentillesse de me donner des conseils pour cet album, puis de fil en aiguille, on a travaillé sur deux chansons. C’est assez fascinant, nous n’avons pas la même manière de travailler, je suis obsédé par le studio, lui est plus cérébral, plus réfléchi. L’une des chansons, “L’autre paradis” est un hommage à France Gall, Michel Berger et leur fils, Raphaël Hamburger.

Vous avez, une nouvelle fois, travaillé votre look. Au-delà de votre style musical et vos compositions, c’est important pour vous de créer une identité visuelle ?

C’est primordial, car je fais avant tout de la musique pour rêver, laisser parler mon univers et ma poésie. En plus, nous sommes dans un monde d’images. On écoute avec les yeux et on regarde avec les oreilles. Plus légèrement, je m’amuse, j’assume ce côté enfantin, je ne me prends pas au sérieux. Il y a de l’ordre de la magie, comme un personnage de manga ou de super-héros qu’on fait évoluer. Mon spectacle est une connexion à l’enfance, je n’ai, d’ailleurs, jamais eu autant d’enfants à mes concerts, que pour cette tournée.

L’album Lettre Infinie est sorti le 25 janvier dernier. -M- est en concert à Londres le 8/09 au O2 Academy Brixton, 211 Stockwell Rd, Ferndale, SW9 9SL Métro : Brixton. Prix : £52.15.

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