Avoir 20 ans à Londres avec Sajid Lhessani
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Avoir 20 ans à Londres avec Sajid Lhessani

Léa Le Breton le 31.01.20

Dans l’effervescence du quartier de la City, Sajid se fond parfaitement au décor. C’est au 1 New St Square que nous nous sommes donné rendez-vous. Le Frenchie de 27 ans travaille ici, dans l’un des nombreux gratte-ciel du centre financier de Londres. Sajid Lhessani est trader. Chaque jour, le Français joue sur des écarts de cours, à coups de calculs mathématiques et de statistiques. Un parcours professionnel déjà bien costaud, pour son jeune âge, mais le jeune homme n’en reste pas moins modeste.

Sajid est arrivé dans la capitale britannique il y a seulement quatorze mois. Et pourtant, on pourrait presque croire qu’il a toujours vécu ici, tant il se sent comme chez lui. Souriant et jovial, il revient sur ce qui l’a amené à 500 km de chez lui, à L’Aigle en Normandie, d’où il est originaire. “J’ai d’abord intégré une école d’ingénieur, pendant cinq ans à Toulouse, puis j’ai travaillé pour la société Vinci quelques mois, j’ai poursuivi dans une université américaine, à Harvard, en double master. La vie a fait que j’ai eu l’opportunité d’intégrer une entreprise américaine à Dubaï et me voilà ici, à Londres”, résume-t-il, humblement. Ce qu’il ne dira qu’un peu plus tard, c’est que Sajid a fini, à plusieurs reprises, major de sa promo. “Je ne m’étais pas destiné à ce parcours, ça s’est fait naturellement.”

Un taux de change instable d’un mois à l’autre

Mais Sajid a tout de même forcé un peu le destin. Londres était secrètement un choix voulu. “J’ai envoyé plusieurs candidatures et lorsque l’opportunité de travailler à la City s’est présentée, je n’ai pas hésité une seconde”, reconnaît le jeune trader. Alors, aujourd’hui, lorsqu’on lui demande si le Brexit lui apporte quelques craintes quant à son avenir ici, il répond sans détour : “Je suis confiant.”

Partir ou rester ? Il y a quelques mois, Sajid s’est posé la question. “Chaque mois, je dois rembourser un prêt étudiant et immobilier. Entre juin et décembre, le taux de change a redoutablement fluctué.” Résultat : “D’un mois à un autre, j’ai pu constater un écart de 100 €.” Depuis l’accord établi entre le premier ministre britannique Boris Johnson, et l’Union européenne, les marchés se sont stabilisés et “se sont bien adaptés”, selon le jeune homme d’affaires, d’ores et déjà à la tête d’une petite équipe.

“Plus Européen à Londres qu’ailleurs”

Économiquement et donc professionnellement parlant, pas de nuage noir en vue. Et ça tombe bien parce que Sajid n’envisage pas de quitter le territoire anglais de sitôt. “Je ne saurais l’expliquer, mais il y a comme une atmosphère dans cette ville que je ne retrouve pas ailleurs”, confie-t-il. Installé à Baker street, dans le quartier de Marylebone, en colocation avec un ami lui aussi français, Sajid a, en quelques mois, construit sa vie ici. “Je me sens plus Européen à Londres qu’ailleurs. Ce qui est paradoxal avec ce qui est en train de se passer. Au travail, dans la rue, les gens sont originaires de dizaines de pays différents. Pour moi, Londres, c’est la capitale européenne. Plus que Strasbourg ou Bruxelles.”

Alors, à la question “Où te vois-tu dans dix ans ?”, Sajid s’imagine bien rester ici “si la situation reste comme celle d’aujourd’hui”. Son seul regret serait que Londres vienne à s’isoler et à fermer ses portes. Dans ce cas, le jeune Français, libre de choisir où il travaille, repartirait sans doute pour de nouvelles aventures. Mais pour le moment, et au moins pendant la durée de transition avant la sortie définitive du Royaume-Uni de l’Union européenne, Sajid compte bien profiter de la vie londonienne et de tout ce qu’elle a encore à lui apporter.

 

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