Voila! Europe, Le festival qui n’a pas peur du Brexit
BREXIT

Voila! Europe, Le festival qui n’a pas peur du Brexit

Nadège Alezine le 25.10.19 - modifié le 29.10.19

Fondatrice du Voila!, Sharlit Dreyzac est aussi comédienne. La jeune femme a décidé de s’engager avec son festival pour une culture plus ouverte sur l’Europe, histoire de faire la nique au Brexit.

Voila! est devenu Voila! Europe. Y a-t-il comme un parfum de Brexit derrière ce changement de nom ?

C’est dur de trouver un nom de festival… Parce qu’on est un peu un festival niche, un festival de théâtre émergent. Ce qui nous intéresse vraiment dans notre programmation c’est d’être multidisciplinaire, multiculturel, au-delà des frontières. Alors il a fallu mettre tout cela dans un nom pour un festival qui se passe à Londres et qui est européen. On est resté sur Voila!, le nom du festival franco-anglais de nos débuts et on a rajouté Europe, pour élargir notre programmation aux Européens.

Ce besoin d’ouverture du festival vers d’autres pays européens a-t-il été motivé par le Brexit ?

C’est un appel pour dire que malgré le Brexit, la communauté des Européens en Grande-Bretagne est toujours là et qu’on va continuer à montrer du théâtre européen à Londres. Oui, on peut dire que c’est à cause du Brexit qu’on est devenu Voila! Europe. À l’annonce des résultats du référendum, on était à notre 4e année du festival et je ne me suis jamais sentie aussi européenne qu’à ce moment-là. Face au choc des résultats, la question s’est posée de réunir tous les artistes européens sous un même étendard, vu qu’on se retrouve tous dans le même bateau.

Le festival Voila! Europe peut-il être mis en danger s’il y a un Brexit ou continuera-t-il coûte que coûte ?

Ça, c’est vraiment notre grosse peur ! Maintenant que le Brexit est annoncé le 31 octobre et que nous ouvrons début novembre, c’est plus sur des questions pratiques que va se poser le problème !

On a trois compagnies qui ne viennent pas d’Angleterre. Une qui vient de Paris, avec son spectacle dans ses valises donc c’est plutôt simple. Eux, ils viennent en Eurostar et peuvent passer la frontière comme s’ils étaient des touristes. Maintenant, on a une autre compagnie qui vient de Belgique, la Compagnie du Plat pays ! et eux, ils ont un camion entier de décors à faire passer. Et du coup, ça risque d’être un peu plus galère de passer la frontière en disant qu’ils ne viennent pas pour travailler mais qu’ils sont juste en vacances… La vraie question pour nous, c’est comment on va pouvoir payer nos artistes. Avec quels contrats de travail ? Car on ne s’était jamais posé la question avant. Mais en tout cas, on va s’assurer que les artistes européens qui sont déjà à Londres et qui créent des choses puissent être vus dans notre festival. Mais je fais confiance aussi aux artistes qui ont toujours su collaborer malgré les frontières et ce n’est pas le Brexit qui va les en empêcher !

Quel soutien le festival reçoit-il des Britanniques, justement ?

On reçoit beaucoup de soutien des salles dans lesquelles on joue. Le Voila! a été créé au Cockpit qui est géré par un véritable francophile qui adore l’Europe. Sa programmation est basée sur l’idée de montrer du théâtre non conventionnel. Tout ça travaille sans un sou. Sans aucune aide. Le festival reçoit un petit peu mais la moitié du travail est faite par des bénévoles, surtout de ma part et de celle d’Amy avec qui je suis codirectrice du festival. Tout le monde y met du sien pour qu’on réussisse à organiser ce festival tous les ans.

Cette année, vous vous associez aussi au Rich Mix, un acteur multiculturel reconnu à Londres. Pouvez-vous nous expliquer votre démarche commune ?

En parlant justement de soutien de la part des salles, le Rich Mix a été génial car ils nous ont demandé de travailler avec eux. Grâce à cela, on continue de proposer des résidences à des compagnies émergentes. Ces trois compagnies ont passé leur été à répéter au Rich Mix et montreront leur spectacle pendant le festival. Le Rich Mix c’est aussi une salle avec qui on partage la même ligne de pensée : ils montrent des artistes multiculturels, assez multidisciplinaires. Et d’ailleurs on fait la soirée de lancement le 4 novembre là-bas avec un karaoké géant !

Le spectacle à ne pas rater pour l’édition 2019 ?

Cette année, on a eu la chance de travailler avec le centre culturel hongrois, qui nous a permis de programmer une compagnie qui s’appelle Stereoakt avec un spectacle déjanté : Européen Freaks. La pièce questionne l’identité européenne à l’aide de robots humanoïdes qui viennent du futur. Ce spectacle va permettre d’enquêter, ensemble, public et artiste, sur ce que c’est d’être européen en 2019. Cela devrait être un wake up call pour beaucoup de gens.

Réservations ici. 

 

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