Rencontre avec Touria El Glaoui, fondatrice de la 1-54 Contemporary African Art Fair
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Rencontre avec Touria El Glaoui, fondatrice de la 1-54 Contemporary African Art Fair

Nadège Alezine le 02.10.19

Londonienne et marocaine, Touria El Glaoui a créé cette foire d’art contemporain qui met en lumière les artistes venus du continent africain. Installée à la Somerset House depuis 2013, puis à New York en 2015 et dernièrement à Marrakech en 2018, la 1-54 est devenue la vitrine de la création africaine et de sa diaspora. Une réussite pour cette jeune femme qui est passée du monde strict de la finance à celui de l’art contemporain.

Quelle a été la genèse de 1-54 ?

J’ai commencé ce projet en 2013. C’est venu car je trouvais qu’il y avait un manque de plateforme pour les artistes venant du continent africain ou de sa diaspora. Par mon travail, j’ai dû me déplacer beaucoup en Afrique pour développer des marchés, pour une compagnie américaine. J’ai un papa artiste et j’ai toujours été très curieuse de découvrir les artistes locaux lors de mes déplacements sur le continent africain. J’ai trouvé beaucoup d’artistes talentueux. En étudiant un peu la carrière de mon père, je me suis aussi rendu compte que c’était important pour son travail qu’il soit vu aussi en dehors du Maroc, et notamment en France. Car c’est en Europe que se trouvent le plus grand nombre de collectionneurs et de galeries.

En Afrique, les artistes comptent beaucoup sur le mécénat de quelques collectionneurs mais ce n’est pas suffisant pour vivre complètement de son art.

Pour le Maroc, l’architecture des maisons a changé. Avant, elles étaient très traditionnelles avec beaucoup d’artisanat marocain, des boiseries, des mosaïques et puis les maisons sont devenues plus modernes, plus sur un modèle européen, donnant ainsi la place à l’art contemporain.

La nouvelle génération qui a étudié à l’étranger est revenue au Maroc avec de nouvelles habitudes et de nouvelles maisons où l’on peut mettre de l’art sur les murs. Les collectionneurs ont un rôle très particulier en Afrique : ils agissent un peu comme les Médicis à leur époque : ils achètent beaucoup d’œuvres d’un seul artiste et sont en quelque sorte de véritables mécènes.

C’est important que ces artistes africains fassent enfin partie de l’histoire de l’art sur la scène internationale et qu’on cesse de les ignorer.

En 2013, vous créez donc 1-54.

Mon idée a été de profiter de la foire Freeze qui a eu lieu en même temps que 1-54 à Londres. C’est une opportunité de profiter de la curiosité des collectionneurs qui font le déplacement à Londres pour les inviter à venir découvrir les artistes africains. Somerset House a joué un rôle très important dans le développement de 1-54, car lors des deux premières éditions on en a profité pour fonder notre identité pour ensuite arriver à être « sold out » et pouvoir agrandir l’espace alloué à la foire. Aujourd’hui, on reçoit 45 galeries et on a pu aussi créer deux autres foires, une à New York depuis 2015 et une à Marrakech en 2018. Cela nous tenait très à cœur d’être présent aussi sur le continent africain et notamment dans le magnifique écrin de la Mamounia. On travaille aussi avec l’institut français et le consul de France à Marrakech. Les collectionneurs francophones adorent venir à Marrakech...

Quelles sont vos relations avec la Somerset House ?

On travaille étroitement avec la Somerset House depuis le début, notamment sur des projets spéciaux et cela depuis 4 ans. Cette année, on va plus loin encore avec l’exposition de Mary Sibande, qui va rester au-delà de la 1-54 dans les murs de la Somerset House pendant trois mois. Ils deviennent de fait aussi une plateforme pour la promotion de l’art africain.

 

Quels sont les artistes à découvrir à la 1-54 de cette année ?

Il y en a 140…Mais il y a Mary Sibande et son travail sur l’apartheid mais aussi Aida Muluneh, une photographe éthiopienne qui s’est associée à WaterAid et dépeint des endroits du pays qui connaissent une grande sécheresse. Les thématiques abordées sont liées aux problèmes globaux du monde pas seulement des problèmes africains. Cette année, on a eu le support de la fondation Lazaar (Kamel Lazaar Foundation) qui vient de Tunisie et qui a permis la production d’une sculpture monumentale sur le parvis de la Somerset house, par l’artiste angolais Kiluanji Kia Henda. Ils ont financé la production de l’œuvre et ça a permis d’en faire un projet ambitieux. On est très content de cette opportunité mais on voit aussi que l’art venu du continent africain intéresse de plus en plus les collectionneurs et cet intérêt est important pour les artistes.

1-54 Contemporary African Art Fair du 3 au 6 octobre à la Somerset House. Réservations ici.

 

 

 

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