Eve Bampton-Wilton : « J’ai eu un cancer du sein à 27 ans, j’ai congelé mes embryons. »
LONDON LIFE

Eve Bampton-Wilton : « J’ai eu un cancer du sein à 27 ans, j’ai congelé mes embryons. »

Carla Biancarelli le 30.09.19

Eve Bampton-Wilton est l’une des mannequins du défilé de mode du Breast Cancer Care qui a lieu le 3 octobre prochain à l’hôtel Westminster Bridge à Londres. Guérie du cancer du sein, elle témoigne pour Ici Londres. 

“Je suis ravie de me joindre à ce groupe de personnes inspirantes pour me rappeler ce que le cancer m'a donné et non ce qu'il m'a enlevé. Ça prouve que je peux apprendre à aimer le nouveau moi."

Comment avez-vous appris que vous étiez atteinte du cancer du sein ?

J'ai senti une bosse sur mon sein gauche. J'avais déjà eu des bosses, liées à la pilule, qui s'étaient toujours résorbées d'elles-mêmes. J'ai donc attendu quelques semaines avant de prendre rendez-vous avec mon médecin généraliste. Après plusieurs examens et une échographie, le verdict est tombé. J’avais un cancer du sein. À l’hôpital, ma mère et mon compagnon ont pleuré. Je me souviens m’être excusée auprès d’eux. J’étais en état de choc. À partir de ce moment-là, j’ai su que je ne serais plus jamais la même. J’étais au stade 2, puis au stade 1 après l’opération. Le médecin m’a donné un petit dépliant explicatif qui marqua le début d’une longue bataille entre examens, rendez-vous médicaux et chimiothérapies.

Etes-vous satisfaite par la prise en charge et les soins en Angleterre ? Y-a-t-il des choses à améliorer ?

Dans l'ensemble, je ne peux pas blâmer le NHS. De la visite chez mon médecin généraliste, en passant par le diagnostic et le début du traitement, tout s'est passé très rapidement. Certaines femmes n’ont pas eu cette chance, car jugé trop jeunes pour avoir le cancer du sein, les traitements ont été retardés. C’est un réel problème, car nous pouvons en être atteint à tout âge et plus le diagnostic est posé tôt, plus les chances de le soigner augmente. Idéalement, il faudrait que l’accompagnement psychologique soit proposé et conseillé plutôt que de devoir le demander. Les cicatrices mentales du cancer peuvent prendre beaucoup plus de temps à guérir que les cicatrices physiques. 

Parmi les conséquences du traitement, quels changement ont été les plus durs à vivre ?

La condition physique. Ne plus être capable de monter les escaliers lorsqu’on est une personne très active, est extrêmement difficile moralement. La fatigue et les problèmes liés à la chirurgie me dérangent encore, près de deux ans après. J’ai dû réévaluer mes objectifs pour être en paix avec moi-même. Néanmoins, l’apparence physique est difficile à accepter : Le manque de tonicité combiné à l’absence d’œstrogènes me donne l’impression d’avoir énormément vieilli ces deux dernières années.

Comment garder confiance en soi et en sa féminité lorsqu’on est atteinte du cancer du sein ?

Mes cheveux longs et ondulés ont toujours été ma fierté et ma joie. Après l’annonce de la maladie, j’ai pris la décision de les raser et de les offrir à un organisme de bienfaisance spécialisé dans la fabrication de perruques pour les enfants malades. Pour me soutenir symboliquement, ma sœur m’a accompagné dans cette démarche et s’est également rasé la tête. J’ai porté un chapeau pendant des semaines avant de m’accepter. J’avais honte du regard des autres. Aujourd’hui, mon conseil serait d’assumer, de sortir déjeuner ou prendre un café lorsque vous avez un peu d’énergie, de vous maquiller, de vous habiller, de faire des soins du visage, des bains relaxants. Passez du temps avec des gens qui vous font du bien. 

Est-ce plus difficile d’être atteinte du cancer du sein lorsqu’on a 27 ans ?

Je pense qu'il est difficile de faire des comparaisons, parce qu’un cancer est unique. Les jeunes femmes sont toutefois confrontées à des défis différents. Je dois prendre un médicament pour « entrer en ménopause » alors que si j’étais plus âgé, je serais probablement déjà en phase de ménopause. La chimiothérapie peut aussi avoir affecté ma fertilité. Prendre des décisions de traitement basées sur des recherches qui ont été faites sur un groupe d'âge beaucoup plus âgé a également été un challenge. Je voulais jouer un rôle actif dans mon traitement, apprendre et comprendre. Cependant, bon nombre des recommandations actuelles ne sont pas fondées sur mon groupe d'âge, parce qu'il n'y a pas assez de données sur les jeunes femmes.

Pourquoi avez-vous pris la décision de congeler vos ovocytes ?

Nous avons congelé des embryons plutôt que de simples ovules. Mon partenaire et moi sommes ensemble depuis longtemps, c'était donc une option sensée pour nous et la congélation des embryons a aussi un taux de réussite légèrement supérieur à celui de la congélation des ovules non fécondés. En théorie, à cause de mon âge, j'ai de bonnes chances que la chimiothérapie ne m'ait pas rendu infertile. Je devrais pouvoir avoir des enfants naturellement mais dans le cas contraire, ce système nous permet de recourir à une mère porteuse.

Vous venez de vous marier, est-ce que la prochaine étape, ce sont les enfants ?

Il est trop tôt. Je dois encore suivre un traitement pendant quelques années pour minimiser la récidive. Généralement, il faut attendre 5 ans après la guérison pour que les chances d’une rechute soient quasi nulles. Mon partenaire et moi venons de nous marier, alors nous allons profiter de la vie, voyager et passer du temps avec nos amis et notre famille. J'ai aussi une carrière que j'adore dans le domaine de la santé mentale.

Avez-vous peur d’une rechute ?

Oui. Une fois le traitement terminé, vous êtes soudainement de retour dans le monde réel. Au cours de l’année dernière, vous avez eu des rendez-vous très réguliers avec diverses personnes, ce qui vous donne un sentiment de sécurité. Une fois qu'ils sont tous partis, cela peut être très difficile. Parfois, la peur me submerge complètement. Prétendre que cela ne s'est jamais produit n'est pas une bonne idée, mais vous devez commencer à penser au futur. Rangez votre perruque dans un endroit sûr ou créez des groupes de soutien sur les médias sociaux par exemple. Je soigne mon anxiété en ayant une vie saine : dormir, manger, faire du sport, travailler.

Quels conseils donneriez-vous à une femme qui découvre qu’elle a un cancer du sein ?

La connaissance, c'est le pouvoir. Le fait d'être impliqué dans vos soins et votre traitement peut faire toute la différence, cela vous aide à prendre le contrôle. Accrochez-vous à ceux qui vous soutiennent parce qu'ils sont vraiment précieux. Apprenez à demander de l'aide. Ne pas parvenir à s’habiller ou à monter les escaliers N’EST PAS GRAVE. Prenez votre temps. Parlez à d'autres personnes qui l'ont vécu. L'une des choses les plus précieuses que j'ai trouvées a été de parler à d'autres survivantes du cancer du sein. Un organisme de bienfaisance appelé Breast Cancer Care offre un service appelé "Someone like me" qui vous met en contact avec une personne qui a vécu une expérience semblable à la vôtre. 

Si vous souhaitez soutenir Eve aux côtés de Breast Cancer Care, faites un don

À savoir : Consultations gratuites au dispensaire français sur le Cancer du sein. Conseils sur comment et où se faire soigner en cas de diagnostic, les consultations sans rendez-vous se font le 4 octobre de 10h à 15h dans les locaux du dispensaire à Hammersmith.

Dispensaire Français, 184 Hammersmith Road, Londres W6 7DJ

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