Les expatriés européens perplexes quant à leur futur au lendemain du Brexit
BREXIT

Les expatriés européens perplexes quant à leur futur au lendemain du Brexit

Clara Bodnar le 27.08.19

À l'approche du 31 octobre, date à laquelle nous saurons si le Royaume-Uni sort de l'Union Européenne avec ou sans accord, les citoyens européens résidant sur le territoire appellent à plus de clarté de la part du gouvernement en ce qui concerne leur statut en cas de no-deal

 

Quelle que soit la sentence finale, le droit de vivre et de travailler sur le territoire britannique dont bénéficient les citoyens de l'Union Européenne considérés comme résidents permanents au Royaume-Uni ne devraient, en théorie, pas changer et ces derniers pourront toujours formuler une demande de settled ou pre-settled status jusqu'à fin décembre 2020.

Il y existe toutefois une profonde confusion chez les résidents européens du Royaume-Uni, notamment quant à la manière de prouver leur statut légal sur le territoire, et ce d'autant plus depuis l'annonce de la décision du Home Office de mettre fin à la libre circulation sans période de transition en cas de no-deal le 31 octobre. Une situation qui plongerait les expatriés dans un environnement politique pour le moins hostile. 

 

La crainte de "l'après" 

 

Vincent, employé dans une banque de financement international, s'inquiète des conséquences qu'un hard brexit pourrait avoir à moyen terme : « Je suis plutôt préoccupé par les éventuelles ruptures de stock en nourriture, médicaments et possibles violences et dégradations des services publics que cela pourrait engendrer. Le plus grand impact serait la baisse de mon niveau de vie en raison de la chute de la livre sterling et de l'inflation des prix de la nourriture et de tous les produits importés. » Au sujet de la décision du Premier ministre, il ajoute : « J'ai l'impression que le gouvernement cherche à minimiser les impacts conséquents avec des approches populistes. Une grande partie des employés dans les hôpitaux, sur les chantiers et les services publics sont européens. Dans la recherche, l'impact sera énorme et la perte monumentale pour le Royaume-Uni. »

 

Pour Morane, violoniste indépendante, l'impact d'une telle décision se ferait ressentir indirectement à travers son travail : « Sur le plan personnel, étant française et bénéficiant du settled status, j'ose croire que je serai plutôt épargnée. Sur le plan professionnel, cette décision serait catastrophique. Les orchestres avec lesquels je travaille partent très régulièrement faire des tournées en Europe et devoir entreprendre les démarches de visas serait une perte de temps et d'argent. Cela risquerait de bloquer des talents qui pourraient potentiellement se retrouver dans l'impossibilité de travailler avec nous. »

 

Un avenir incertain

 

À la question de savoir si l'idée de quitter le Royaume-Uni leur a traversé l'esprit, les réponses des expatriés européens varient, mais témoignent d'un désarroi certain dû à l'incertitude persistante et pesante de la situation. Il semblerait que la raison principale d'une telle éventualité soit essentiellement symbolique et étroitement liée au fait que les expatriés de longue date peinent à accepter l'idée que le pays dans lequel ils payent leurs impôts depuis plusieurs années leur demande de prouver leur légitimité. Franck, chef d'entreprise ayant obtenu la nationalité britannique suite à l'annonce du Brexit, a décidé de désormais partager sa vie entre les deux pays grâce à l'ouverture d'une antenne commerciale de son entreprise en France : « Le Brexit m'a redonné envie d'habiter en France pour des raisons personnelles, mais également pour avoir une plus grande sécurité professionnelle au cas où la conjoncture au Royaume-Uni souffrirait trop de l'impact d'un no-deal. Je considère ça comme l'une des conséquences positives du Brexit, car après 20 ans à l'étranger, je n'aurais pas franchi le pas si rapidement et j'apprécie vraiment mes séjours en France. »

 

Vincent admet, quant à lui, que quitter le Royaume-Uni serait une option envisageable en cas de hard brexit, mais insiste sur le fait qu'il ne s'agirait pas d'une décision à prendre à la légère aux vues de ce que cela impliquerait, à commencer par le fait de quitter son emploi. Il ajoute par ailleurs qu'il n'existe pas de nombreuses alternatives et qu'un retour en France n'est pas ce qu'il y a de plus attirant, compte tenu notamment de la quantité de démarches administratives que cela requerrait.

 

Globalement, le sentiment général est à l'attente et à la confusion pour les citoyens européens résidant sur le territoire britannique. Une chose est sûre, il faudra s'armer de suffisamment de patience au cours des semaines à venir, dans l'espoir que la situation sera rapidement clarifiée et le climat politique apaisé.

 

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