Sonia Ben-Santamaria, la première femme cheffe d’orchestre des jeunes artistes de Londres
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Sonia Ben-Santamaria, la première femme cheffe d’orchestre des jeunes artistes de Londres

Lina Homci le 26.06.19

Arrivée à Londres il y a 15 ans, cette jeune Française est la première femme cheffe d’orchestre à rejoindre les jeunes artistes (Jette Parkers Young Artists programme) de la Royal Opera House et Opera North (saison 2018/2020). De pianiste répétitrice à cheffe d’orchestre, Sonia Ben-Santamaria s’est fièrement imposée dans un monde encore bien trop masculin. Pour ses débuts officiels sur la scène londonienne, rencontre en musique.

Ce soir c’est le grand soir ; Sonia assure son premier concert à l’Opera Holland Park. Réveillée depuis 6 heures du matin, elle a fait son footing pré-représentation « pour relâcher toutes pressions » et s’est offert une brioche à la boulangerie Aux Merveilleux par laquelle elle passe tous les matins. Avant d’aller récupérer sa tenue du soir chez le pressing, elle nous accorde un entretien.

Une enfance musicale 

Depuis toujours, Sonia mène une vie rythmée par la musique. Dès ses 6 ans, elle suit des cours en classes à horaires aménagés au conservatoire de Toulouse : « Le matin c’était l’école, l’après-midi c’était le piano : j’étais déjà dans un cursus à but professionnel ». Devenir pianiste professionnel n’a pourtant jamais été son rêve ni son projet : « mais c’était celui de mon père » expédie-t-elle d’un rire jaune. Avec un papa musicien jazz, son avenir était déjà tout tracé, mais Sonia installe son ambition ailleurs :

« À 10 ans déjà, je me souviens avoir dit à mon directeur que je voulais être cheffe d’orchestre, mais il m’a tout de suite dit que je n’y arriverai pas puisque j’étais une fille ».

Sur les pas de Claire Gibault — cheffe d’orchestre et politicienne engagée à défendre la place de la femme dans le milieu culturel — Sonia rêve d’un parcours similaire, la politique en moins. Mais après ce premier refus, la jeune Française endort son rêve et poursuit son parcours classique.

Sonia aux côtés du directeur artistique de l'Opera Holland Park, James Clutton (crédits photo : Sonia Ben Santamaria)

Faite pour une carrière à Londres

De nature créative et libre, Sonia peine à se reconnaître dans la conformité du système éducatif. Elle n’adopte pas le profil du conservatoire français qu’elle qualifie de « rigide et académique »« tout ce que je ne suis pas » rit-elle. Intrépide, elle n’hésite pas, plus jeune, à bafouer les codes ce qui très tôt la sort du lot et lui promet un avenir au-delà des frontières géographiques. « Le déclic s’est fait lorsque j’ai vu cette émission britannique du style X Factor ; c’était une compétition nationale amateur d’opéra et je me suis dit : c’est génial ! Jamais on n’aurait vu ça en France, surtout il y a 15 ans. J’ai trouvé les Anglais très ouverts ». Un intérêt naît pour le Royaume-Uni, et après avoir passé des auditions, elle intègre la Royal Academy of Music. 

Un opéra d’opportunité 

Après son diplôme, la carrière de Sonia — qui fait tous les conservatoires et Young Artists de Londres — ne cesse de s’étoffer. Elle devient cheffe de chant mais, forte de son expérience dans cette branche de coaching musical, elle sait que sa place se trouve ailleurs. Mars 2017 marque un tournant dans la vie de Sonia qui investit son propre opéra, avec un orchestre qu’elle rémunère et quelques amis chanteurs qui se portent volontaires. « C’était risqué de s’engager et s’auto-promouvoir chef d’orchestre. Ça aurait pu avoir des répercussions sur ma carrière de cheffe de chant » précise-t-elle. Sur les 25 invités — tous les grands noms de la musique londonienne — deux ont répondu présents, et non des moindres. C’est sous l’oeil avisé de James Clutton et la Royal Opera House Covent Garden que Sonia, sur les notes de Die Fledermaus (La Chauve-Souris) de Strauss, se jette dans la fosse aux lions et tente de prouver son talent de chef d’orchestre que personne ne lui connaissait : « C’est vraiment ce qui m’a propulsé. Le Young Artist Program de Covent Garden s’est rendu compte qu’il n’avait pas de femme cheffe d’orchestre et en pleine vague de démarginalisation des femmes ; c’était le bon moment »

Un ballo in maschera de Guiseppe Verdi à l'Opera Holland Park (crédits photo : Lina Homci)

Une femme mène l’orchestre 

Sonia donne de la fraîcheur à l’opéra. Loin de l’image blafarde et poussiéreuse du chef d’orchestre, elle représente la femme qui entreprend, jeune, sportive et dynamique. La jeune toulousaine veut être un exemple pour son fils, elle choisit d’aller au bout de ses rêves, au-delà des difficultés. Mais Sonia reconnaît tout de même qu’être française joue en sa faveur : « Il y a une image du français très direct et franc qui nous colle à la peau, mais qui est bien venue par les Anglais dans cette branche artistique ». Alors que le monde très fermé des chefs d’orchestre est un secteur dominé par les hommes, Sonia ne s’est, pour autant, jamais découragée. Pour elle, la femme s’impose ses propres limites :

« Face à une entité masculine, la femme a comme ce réflexe de douter d’elle-même, de ne pas se positionner comme égal. Et c’est ce qui fait défaut »

Toujours aussi audacieuse que dans son enfance, Sonia met à bat la conformité et se présente en concert avec une robe : « traditionnellement, on porte un costume, mais je mets un point d’honneur à garder, visuellement, ce petit côté féminin dans la tenue ». En robe ou en jupe noire et tennis blanches au pieds, Sonia mène à la baguette l’orchestre de l’Opera Holland Park sur les airs de Guiseppe Verdi : Un ballo in maschera (Un bal masqué) toute la semaine jusqu’au 29 juin. 

Retrouvez également tous les événements cet été à l’Opera Holland Park ici.

Crédits photo (portrait) : Roger Way

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