Hassan Hajjaj, le Warhol de Marrakech
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Hassan Hajjaj, le Warhol de Marrakech

Chloë Chanteloube le 19.06.19

Actuellement exposé à la Somerset House à l'occasion de la Get Up, Stand Up Now exhibition, l'artiste Hassan Hajjaj, originaire de Larache au Maroc, nous accueille dans son studio de Londres pour revenir sur son parcours éclectique et novateur.

Recycler pour recréer

A 13 ans, Hassan Hajja déménage avec sa famille à Londres, où il grandit dans une atmosphère multiculturelle, qui influencera son travail d'artiste : "mon travail reflète mon enfance à Londres et mes origines marocaines. J'utilise les deux points de vue, et la combinaison de différentes cultures."

Dès 1989, il se met à la photographie, mais ce n'est d'abord qu'un passe-temps. Il commence par travailler dans le monde de la musique, en tant qu'organisateur de concerts, entre Paris, Londres et New-York, puis on le sollicite pour décorer et aménager des clubs et des cafés branchés. C'est là que son goût pour le design et son style bien spécifique le font connaître, notamment grâce à sa technique qui consiste à recycler des produits de consommation achetés dans son pays natal, pour créer tout autre chose : ainsi, des cannettes de Coca ou des conserves de tomates deviennent des chaises, des meubles, des lampes.

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L'utilisation d'objets recyclés devient bientôt sa marque de fabrique, qu'il utilisera pour encadrer ses photographies : "les cadres dénotent une certaine identité artistique. Je les ai conçus en référence aux cadres que l'on trouve dans les musées et qui sont créés spécialement pour une œuvre et qui ne seront jamais remplacés. Je voulais jouer sur cette idée, pour montrer que l'œuvre, ce n'est pas seulement la photo, mais l'ensemble". Le cadre est donc une œuvre à part entière, qui vient compléter le sujet de la photo.

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Une double-identité culturelle

Mode, cinéma et musique, Hassan Hajjaj est un touche-à-tout, et côtoient de nombreux artistes (musiciens, graffeurs, danseurs, réalisateurs) qui sont aujourd'hui des sources d'inspiration pour lui, mais c'est surtout pour ses talents de photographe que le Londonien d'origine marocaine est aujourd'hui connu. L'artiste célèbre dans son art l'environnement multiculturel dans lequel il a grandi : "lorsque je me suis lancé dans la photo, j'ai voulu jouer sur l'idée des mosaïques que l'on trouve au Maroc, donc j'ai créé des motifs qui se répètent, à partir de produits locaux venus d'Afrique, mais aussi de produits connus dans le monde entier." Le public occidental reconnaît ainsi les canettes de Fanta et les boîtes de bouillon de poulet, même si le nom est écrit en langue arabe.

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Le travail de Hassan Hajjaj repose donc sur cette idée de double-identité culturelle, sur le rapport entre la culture arabe et la culture occidentale et la proximité qui existe entre elles. L'idée d'utiliser des marques distribuées dans le monde entier pour encadrer ses photos n'est donc pas anodine : "Les marques ont un pouvoir plus fort que mes images. Les gens vont d'abord voir les marques, qui leur seront souvent familières, et ensuite ils regarderont la photo", nous explique-t-il. Des marques pour créer un sentiment de proximité avec le public, avant de l'inviter à prendre le temps d'observer la photo - c'est la touche artistique de Hassan Hajjaj.

Les Anges de Marrakech, un message fort

Ce n'est pas pour rien que Hassan Hajjaj est surnommé "le Andy Warhol de Marrakech" : au-delà des cadres atypiques, ses photographies mettent en lumière la culture arabe et ses habitants, avec des touches pop et colorées. Hassan nous parle de la série de photo intitulée Kesh Angels : "L'idée m'est venue à Marrakech. C'est une ville où tout le monde conduit des mobylettes : les hommes, les femmes, les personnes attachées aux traditions comme les gens plus modernes. J'ai voulu mettre l'accent sur les femmes qui conduisent ces scooters, en les faisant poser pour rendre le tout cinématographique. La photo joue avec la fiction et la réalité, et c'est au public de décider ce qu'il pense de l'image."

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Son travail attire le regard par ses couleurs vives, mais les détails vestimentaires soulèvent également des interrogations, notamment sur de sujets encore très controversés dans notre société : "J'essaye de capturer l'air du temps dans lequel nous vivons. C'est pour cela que je m'amuse avec ces marques de vêtements que l'on trouve partout aujourd'hui : par exemple, pour des gens qui habitent à Londres, voir une femme entièrement voilée mais avec des babouches Louis Vuitton n'aura pas le même effet que si elle portait de simples babouches noires." Les marques arborées par les protagonistes des photos sont donc là pour faire réfléchir sur notre perception de l'Autre. La question d'identité culturelle est au centre des œuvres, mais est toujours abordée de manière subtile, pour inviter le public à faire ses propres déductions et interprétations.

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Un art inspirant et frais, qui souligne la proximité entre les cultures et soulève avec douceur la question d'identité(s) culturelle(s).

Retrouvez une sélection d'œuvres de Hassan Hajjaj à la Somerset House, à l'exposition Get Up Stand Up Now, jusqu'au 15 septembre.

Une rétrospective sur le travail de Hassan Hajjaj est également prévue à Paris, dès septembre, à la Maison Européenne de la photographie.

 

Crédit photo en une : Jenny Fremont

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