Rencontre avec John Anthony Coleman, délégué général du Québec à Londres
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Rencontre avec John Anthony Coleman, délégué général du Québec à Londres

Nadège Alezine le 29.05.19

Pouvez-vous nous expliquer comment vous êtes devenu délégué général du Québec ?

J’occupe ce poste depuis l’automne 2017. Avant d’œuvrer dans ces fonctions, j’ai eu une carrière en droit dans un cabinet international au Canada donc cela a été un gros changement pour moi. J’ai étudié le droit à Oxford pendant trois ans dans les années 70 et dans le cadre de mon ancien poste dans ce cabinet international, je faisais partie du comité de l’exécutif global ici à Londres.

Je suis heureux d’avoir eu la possibilité de venir représenter le Québec et d’avoir eu cette opportunité car je suis moi-même un immigrant au Québec et que je lui dois tout. J’y ai fait toute mon éducation et je suis toujours en amour avec le Québec. J’adore vivre à Londres. La seule chose que je n’aime pas de Londres, c’est que je ne suis pas à Montréal ! (rires)

Quelles sont exactement vos fonctions ?

Le titre en anglais c’est Agent-General. Le Québec est présent à Londres presque depuis la confédération du Canada. Nos premiers bureaux ont ouvert ici en 1874 pour traiter les questions d’immigration. Avec l’avènement de la “Révolution tranquille” dans les années soixante, le Québec s’est ouvert sur le monde et a développé sa propre politique internationale sous l’impulsion du ministre de l’éducation de l’époque, M. Paul Gérin-Lajoie. Un réseau de délégations s’est construit, d’abord avec Londres, Paris et New York. Aujourd’hui, le Québec compte 32 bureaux dans le monde.

Et le Brexit affecte-t-il ces relations ?

Le Brexit a un impact mondial et nous suivons ce dossier de près avec nos attachés économiques qui ont pour but d’aider nos entreprises québécoises à démarcher ici, à Londres et aussi sur le territoire d’Europe du Nord (Irlande et pays scandinaves), des importateurs de produits québécois. Nous sommes de vrais défenseurs du free trade.

Les plus grosses exportations du Québec : quelles sont-elles ?

Il y a l’aéronautique. Nous sommes également de grands exportateurs de produits miniers, mais aussi de tout ce qui touche à la technologie de pointe dans les domaines de la défense, de la sécurité et de l’optique. En Europe, le Royaume-Uni est le second partenaire commercial du Québec.

On aide aussi les PME québécoises à démarcher et ouvrir le marché européen, comme des entreprises de la tech qui sont prêtes à l’expansion. C’est un des rôles très importants de la délégation.

On recherche des investissements de territoire pour le Québec. Dans le domaine technologique, par exemple, il y a un mariage entre Montréal et Londres dans le secteur du jeu vidéo et des effets spéciaux. Plusieurs grands films sont issus de studios basés à Montréal et Los Angeles. On est très connu dans ce domaine mais aussi dans celui de l’intelligence artificielle.

Nous avons une section culturelle très importante, car c’est une façon de faire rayonner le Québec. Je savais que le Québec rayonnait à Paris mais ici, nos artistes sont aussi très appréciés. Je pense à nos artistes du cirque, car Montréal est la capitale du cirque, mais aussi de la danse, dont je suis un grand amateur. Récemment, on est allé voir le groupe musical le Vent du Nord et la salle était pleine à craquer. Il n’y avait pas forcément que des francophones dans la salle.

Selon vous qu’est ce qui fait qu’on est québécois ?

Ce qu'on met souvent en avant c'est le côté chaleureux des Québécois. Leur facilité d’approche, leur facilité d’accès… Ce sont des caractéristiques des Québécois qui sont souvent remarquées par les personnes extérieures. Il est difficile de dire : “c’est ça un Québécois !” On fait partie d’une société ouverte, moderne, diversifiée et on parle français. C’est ce qui nous distingue par rapport au reste du Canada et de l’Amérique du Nord. Ce lien avec la langue française est très fort.

Comment expliquez-vous que le Québec soit un grand défenseur de la langue française, justement ?

Il faut comprendre qu’en France, on ressent moins que la langue est en danger. Au Québec, on vit dans un océan d’anglais : l’Amérique du Nord ! Cela demande du travail de préserver la langue française dans ces conditions. À une certaine époque, c’était l’église qui était le défenseur de la langue française, mais aujourd’hui, dans une société laïque et moderne, le français fait partie de notre identité. Moi qui suis anglophone et qui ai étudié en français, je suis devenu un promoteur et défenseur de cette langue.

Est-ce important pour la délégation générale d’être présente à Londres, depuis 1962 ?

C’est très important, car le Québec a une relation historique avec le Royaume-Uni. Oui, notre histoire et notre culture sont fortement liées à la France, mais notre système judiciaire est en partie français au niveau civil et anglais au niveau criminel et public. Sur le plan politique, nous avons hérité d’un système parlementaire anglo-saxon. Donc on est un peu bicéphale. On possède les deux traditions qui sont très importantes pour nous. Et souvent, on a récupéré le meilleur des deux mondes… (rires) Bien que les Québécois se reconnaissent dans l’histoire et la culture française, au niveau politique, c’est une autre histoire. On se sent plus proche de Westminster que de l’Assemblée nationale française, car nous avons un système parlementaire britannique. Cela fait en sorte qu’on se sente aussi bien ici au Royaume-Uni qu’en France.

 

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