Yan Giroux met en image les mots du poète Yves Boivert
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Yan Giroux met en image les mots du poète Yves Boivert

Nadège Alezine le 13.05.19

Pourquoi avoir choisi Yves Boivert comme sujet de votre premier film ?

Y.G : C’est très personnel, comme motivation. J’ai choisi de faire un film sur Yves car je l’ai rencontré au moment de mon adolescence, à un moment où tout est encore possible et cette rencontre m’a poussé dans une certaine direction.

Alors que je sortais d’une enfance très sportive j’étais en train de découvrir les Rimbaud, Baudelaire mais je n’avais pas l’idée qu’il y avait une incarnation contemporaine de ces poètes-là. Et c’est à ce moment-là que j’ai rencontré Yves, c’était une rencontre marquante pour moi car il a annoté mes poèmes, il m’a guidé et par la suite j’ai découvert le cinéma. Quand j’ai découvert le cinéma, j’ai changé de mode d’expression en laissant de côté la poésie mais Yves a continué à m’habiter car pour gagner ma vie j’ai travaillé dans la publicité. Et là, on pense beaucoup au poète intransigeant ! (rire)

Alors que je faisais des choix qui parfois m’éloigner de mes idéaux, Yves m’habitait constamment pourtant j’avais perdu contact avec l’homme mais la figure du poète intègre et dédié à son art est restée comme un phare pour moi.

Quand est venu le temps de préparer mon premier long, Yves est tombé malade. Et je voulais aller le voir et enregistrer sa parole une dernière fois. Puis la maladie a été trop rapide mais l’impulsion de créer autour de lui était déjà lancée. Et mes producteurs m’ont contacté et j’ai proposé ce sujet.

Puis j’ai travaillé pendant 5 ans à écrire le scénario autour de l’idée : c’est quoi d’être poète en 2018. On a pris la liberté avec le scénariste de le ressusciter car Yves est mort en 2012. Confronter ce personnage à la réalité de maintenant : la gentrification, le côté mercantile de la littérature, les salons du livre…

Yan Giroux et son Martin Dubreuil sur le tournage du film. Crédit Photo: Véro B.

Comment on transit la poésie au cinéma ?

On ne peut pas faire un film sur la poésie sans mettre en valeur les qualités poétiques du cinéma. C’est-à-dire que la poésie ne doit pas être incarnée seulement par les mots de l’auteur mais par l’image. Tout au long du scénario, on avait prévu ces escapades impressionnistes présentes dans le film. On les a aussi cherchés sur les lieux de tournage. Je suis fasciné par le langage cinématographique. Pousser ce langage dans ses recoins pour créer un langage poétique.

Comment avez trouvé l’acteur principal, Martin Dubreuil ?

C’est là que c’est à double tranchant. Je connaissais Yves mais je n’étais pas présent lors des dernières années de sa vie. Cela m’a permis de prendre certaines libertés quant à sa vie ou son allure physique. J’ai fait des auditions avec de très grands comédiens québécois pour jouer le rôle d’Yves mais Martin, dès le départ, s’est distingué. Il a un mode de vie très similaire à celui d’Yves : un rocker, un peu paumé, sans le sou, qui squatte chez des amis : il a le même vécu qu’Yves et il est très intègre. Pour lui la meilleure façon de ne pas faire de compromis c’est d’être pauvre tout le temps, à n’avoir rien tu n’es pas confronté à vouloir plus ! (rires)

Il écrit aussi de la poésie, Martin. Il y a aussi des amis d’Yves qui ont reconnu Yves dans Martin dans sa façon de poser le regard… Il a réussi à incarner Yves : sa dégaine, sa posture…

Pour terminer quel recueil d’Yves Boivert vous conseillez de lire pour découvrir son univers ?

Il y a un recueil qui s’appelle Poème de l’avenir car Yves était originaire d’un petit village qui s’appelait l’Avenir. C’est une anthologie de ses meilleurs textes entre les années 70 et 1995, puis les Chaouins aussi mais je crois qu’il n’a pas été réédité, avec la culture périphérique, la pensée niaiseuse et Mélanie St Laurent, au destin tragique, la pauvre…

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