Luc Ferry, ses idées pour sauver l’Europe
BREXIT

Luc Ferry, ses idées pour sauver l’Europe

Lina Homci le 08.05.19

Un livre qui tombe à pic en vue des (très) prochaines élections européennes

Invité par le B&C Club à l’Institut français, Luc Ferry anime une conférence pour la présentation de son livre Sagesse et folie du monde qui vient, co-écrit avec l’économiste Nicolas Bouzou. Un ouvrage dans lequel les deux hommes unissent leurs voix pour appréhender l’avenir, énoncer les conditions qui permettront à la sagesse de l'emporter sur la folie et à relever avec courage et lucidité les nouveaux défis du XXIe siècle. 

Luc Ferry, le philosophe au caractère bien trempé, met le pied à l’étrier en nous donnant des indices sur le rôle que l’Europe de demain devrait jouer face à une imminente troisième révolution industrielle (la convergence du digital, de la robotique et de l’intelligence artificielle). Une thématique abordée de façon audacieuse et avec une touche d’humour. 

Comment, selon vous, doit-on appréhender l’avenir ?

C’est un livre qui commence par dire que les deux catégories de la bêtise humaine sont l’optimisme et le pessimisme. Ils me sont presque insupportables à égalité. J’essaie d’éviter l’un comme l’autre. Ce dont nous avons besoin, face à la troisième révolution industrielle, c’est de lucidité et de courage. L’avenir dépend de nous, de l'Union européenne, car tout va passer par ça. 

Votre Europe idéale ?

Si nous voulons garder notre souveraineté européenne face à une troisième révolution industrielle américaine et chinoise, il faut une union européenne à 10 ou 12, avec une harmonisation sociale et fiscale et un investissement massif dans des GAFA (2) ou BATX (3) européens, sinon l’Europe deviendra une colonie ou un sous-traitant des Etats Unis avant 10 ans.

Le Brexit, qu’est-ce que vous en pensez ?

C’est une catastrophe pour les Anglais qui avaient réussi à construire une Union européenne qui était « anglaise ». Tous les critères britanniques de la construction européenne - libérale et sans aucune puissance politique - étaient réunis au moment où le Royaume-Uni décide de la quitter alors qu’elle avait tout gagné. Énorme erreur ! Ils vont avoir une croissance supérieure et un chômage inférieur pendant deux ou trois ans, après ils vont comprendre leur douleur. Quand ils vont commencer à renégocier tous les traités, notamment les questions d’unions douanières avec chaque pays séparément sans la puissance de l'Union européenne.… Ce sera dur pour eux. 

L’Europe après le Brexit ?

C’est une chance en revanche pour elle. On peut construire une Europe qui ne soit pas anglaise et pas seulement libérale. Ce qu’il faut, c’est sortir du Traité de Maastricht - qui a été une vraie catastrophe pour l’économie européenne - pour investir au moins 150 milliard dans la troisième révolution industrielle. Si on ne le fait pas, la civilisation européenne est morte. 

Pourquoi ne pas vous être présenté aux élections ?

Mon ami Laurent Wauquiez m’a demandé d’être tête de liste pour les Européennes, mais je n’ai pas voulu, ce n’est pas mon métier. Mon métier, c’est la philosophie, d’écrire des livres, traduits dans 45 pays, je pense plus toucher à travers mon écriture que si j’étais en politique.

Vous allez voter ? 

Non, je ne voterai pas aux Européennes, ni même pour ma famille politique:les Républicains. Tout simplement parce qu’il n’y a pas un seul parti qui défende un début de commencement des idées évoquées tout à l’heure. Je ne peux pas voter pour une liste qui ne comprend pas qu’il faut innover pour défendre ses idées traditionnelles.

(1) Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft

(2) Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi (géants chinois)

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