Femi Oluwole, le militant anti-Brexit pour Our Future Our Choice
BREXIT

Femi Oluwole, le militant anti-Brexit pour Our Future Our Choice

Estelle Nilsson-Julien le 28.02.19

C’est à la Millbank Tower de Waterloo que nous retrouvons Femi Oluwole. À 28 ans, il est le visage public du mouvement de jeunes Our Future Our Choice (OFOC), un lobby fondé à la suite de la décision britannique de quitter l’Union européenne lors du référendum du 23 juin 2016. Diplômé en droit (spécialisation droit humain et européen) et en français (insistant d’ailleurs pour faire l’interview dans la langue de Molière), Femi a décidé de tout plaquer pour lutter contre le Brexit.

Recours à la démocratie avec un People’s Vote

Avant de se consacrer pleinement à la lutte anti-Brexit, Femi enchaînait les stages dans divers lobbys : “je suis parti à Bruxelles travailler dans un cabinet de lobbyistes, dans une ONG spécialisée dans l’exploitation des travailleurs migrants, puis dans un cabinet se mobilisant pour la transparence dans l’UE (Alter UE), avant de finir à l’agence des droits fondamentaux de l’UE à Vienne”. Sa déception à la découverte du résultat du référendum a vite été remplacée par un sentiment de frustration. Il décide donc de se lancer en créant un compte Twitter : “j’ai créé un compte Twitter nommé Our Future Our Choice en octobre 2016. Parallèlement, Lara Spirit et Will Dry avaient créé Our Future Stop Brexit, un réseau d’étudiants anti-Brexit à travers 30 universités britanniques.” Ils se réunissent donc pour allier la puissance de la plateforme digitale de Femi avec la force humaine, à savoir les étudiants mobilisés par Lara (22 ans) et Will (21 ans).

Certes, le but de ces jeunes est d’arrêter le Brexit, mais par moyen démocratique, en passant par un People’s Vote : “en 2016 on a signé une carte blanche, choisissant de quitter l’UE sans aucune notion de la future relation qui serait établie avec cette institution. C’est comme si on avait signé un contrat dont les termes et conditions seraient établis trois ans plus tard”.

 

Twitter, l’arme secrète de Femi

Twitter est l’outil indispensable, l’arme secrète de Femi, lui permettant de faire son buzz : “ça me permet de participer au débat national et d’avoir des discussions politiques. Quand j’ai commencé j’avais 20 abonnés sur Twitter, maintenant j’en ai 132 000”. Des journées qui se résument donc à des matinées de Tweets et des après-midi plus actifs, où il réalise ses projets : “soit faire des vidéos pour Twitter ou YouTube, soit parcourir le pays pour aller à la rencontre des gens, ou pour les interviewer ou me faire interviewer. D’habitude je balance mon dernier Tweet vers 2h30 du matin”.

Au dos de son T-shirt rouge est marqué “I’m Femi Come Talk To Me about Brexit”, un vêtement qu’il porte toujours et dont il dispose des exemplaires dans toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Il parcourt tout le Royaume-Uni avec ce T-shirt, sa manière d’interpeller le public et d’ouvrir le débat sur le Brexit : “dernièrement j’étais à York et il y avait un gars qui est venu me voir en disant que les règles de la World Trade Organization sont meilleures que les règles de l’Union européenne. Quand je lui ai demandé ce qu’il voulait dire, il était incapable d’aller plus loin dans son argument. Je ne comprends pas comment tu peux soutenir quelque chose en n’y connaissant strictement rien”. Un combat honorable, Femi se retrouvant confronté à de nombreuses situations dangereuses par son activisme : “j’ai reçu des menaces de mort, je subis du racisme et j’ai été confronté à des situations de violence lorsque je participais à des manifestations.”

Reconnaître que : “Le système est brisé, le pays est divisé en deux”

La campagne de OFOC est basée sur l’information et les faits, souhaitant remédier aux fausses informations et à la confusion divulgués par la campagne Leave : “Les gens n’ont pas été informés correctement pendant la campagne du référendum, les informations étaient une tempête de merde (rire). J’ai même dû porter plainte contre la BBC car leur définition du marché unique n’était pas correcte !”.

Pour l’instant, les jeunes à la tête du mouvement n’ont pas idée de quel sera l’avenir de OFOC, ou bien de ce qu’ils deviendront si le Brexit a lieu. Quoi qu’il en soit, Femi souhaite reconnaître les motivations des votants du Leave : “je n’essaye pas de viser les Leavers ou de les traiter de mal éduqués comme certains Remainers le font. Il faut que les gens reconnaissent que les Leavers ont raison : le système est brisé, le pays est divisé en deux, on doit les écouter. Si jamais on reste dans l’UE, le danger est que des Remainers deviennent “cocky” et passent à la télé par exemple en se vantant du résultat. Là, on rentrerait dans une guerre civile”.

Un mouvement inter-parti

OFOC est un mouvement inter-parti, les créateurs du mouvement et ses membres ayant des points de vue balayant de la gauche à la droite du spectre politique. Pour ce qui est de son point de vue personnel, Femi dit s’identifier au Labour même si : “j’ai actuellement beaucoup de mal à soutenir le parti vu qu’il n’est pas ouvertement en faveur d’un People’s Vote. Dans leur manifesto, ils disent souhaiter un Brexit où on reste dans le marché unique, mais cela n’aurait aucun sens : on serait soumis aux mêmes règles qu’avant sans avoir la possibilité de participer à leur élaboration ou de profiter des avantages. Cela énerve les Remainers et les Leavers”. Tout le monde peut rejoindre le mouvement, la condition unique étant d’être anti-Brexit : “on n’est pas forcément d’accord sur le type de bâtiment qu’on veut construire, mais on est tous d’accord sur les bases, sur les briques à utiliser (rire)”.

Mais qui finance ce mouvement de jeunes activistes ? Ne sont-ils pas simplement des têtes d’affiche pour des grands think tanks et lobbyistes ? “Quand j’ai quitté mon stage à l’UE j’ai lancé un CrowdFunding pour financer mon projet. Mon but principal était de faire en sorte que je ne m’affame pas (rire) ! Plus tard, on a lancé une campagne de Crowdfunding avec la nouvelle version de OFOC, et jusqu’à maintenant on a récolté environ £70 000. Les autres groupes anti-Brexit ont vu notre potentiel quand on a commencé à être médiatisé et ils se sont mis à nous sponsoriser”.

Des jeunes dans l’âme

Sérieux et professionnels, ces jeunes ont le sens du travail et des affaires, côtoyant quotidiennement les chefs d’autres lobbys comme Scientists for EU et For Our Future’s Sake, avec qui ils partagent leurs bureaux. Néanmoins, ils conservent leur dynamisme et leur optimisme. Lorsque nous croisons le reste de l’équipe pendant la pause déjeuner, ils se mettent à taquiner Femi parce qu’il avait oublié” de faire la vaisselle lors de leur soirée la veille !

Twitter @Femi_Sorry @OFOCBrexit

Crédits : OFOC et Chris Allnutt

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