Lou Doillon se confie sur son nouvel album Soliloquy
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Lou Doillon se confie sur son nouvel album Soliloquy

Clémence Calderon le 27.02.19

Pourquoi ce titre “Soliloquy” ?

Parce que le premier observateur de ce qu’on fait tous les jours, c’est cette deuxième voix qu’on a tous. Pas cette deuxième voix qui par moments nous dit qu’on est “super” mais plutôt celle qui nous dit “et ben voilà t’as encore oublié tes clefs” ou “t'es encore bourré dans un bar. Cette voix m’amuse beaucoup car c’est une voix semblable à un chat qui se positionne en haut dans une pièce et qui observe tout. Soliloquy est aussi un terme associé au théâtre, comme le monologue et j’aimais bien l’idée que ce soit dans un cadre défini, comme dans le Hamlet de Shakespeare, cette haute voix qui sait très bien que les autres l’entendent.

De quoi parle votre album ?

J’ai toujours aimé cette idée du miroir car depuis longtemps, je suis quelqu’un sur lequel les gens projettent. Ça m’a toujours amusée d’avoir un miroir pour reprojeter dans l’autre sens. J’adore parler de la fragilité, des failles, des complications, des moments moins chics et un peu nuls qu’on peut tous avoir. Je pense qu’on se fait énormément de mal toute la journée à imaginer que les autres sont exceptionnels et que nous, on ne l’est pas.

Si souvent on m’associe à une vie exceptionnelle, ça me plaît beaucoup de pouvoir apporter quelque chose de l’ordre de la réalité. J’ai eu beaucoup de chance de voyager dans plusieurs mondes, d’être avec des personnes connues ou pas du tout, d’être une Anglaise pour les Français, une Française pour les Anglais. J’ai passé ma vie à être une sorte de passeur ou à avoir le pied dans la porte. C’est assez agréable de voir que les sentiments humains, comme les masques au théâtre, sont toujours les mêmes, c’est toujours les mêmes questions : est-ce qu’on s’aime, est-ce qu’on arrive à aimer, à vivre avec notre silence…

Que révèle de vous ce nouvel album ? Une femme différente ?

J’espère. J’avais envie d’y mettre le plus possible de fantaisie, de singularités et de couleurs. Et effectivement, en décidant de travailler avec plusieurs producteurs, je me suis amusée à travailler avec mes différents “moi”. Benjamin Lebeau a réveillé chez moi mon côté plutôt punk, plutôt rock et une certaine violence. Dan Levy a révélé un côté plus classique, plus épique où la voix assume plus. Avec Nicolas Subréchicot, qui me connaît très bien, il sait chez moi qu’il y a aussi bien un amour pour la comédie musicale que pour Alice Cooper, et ça ne le gêne pas. Il y a donc cette impression de fantaisie, de plus de couleurs.

Vous abandonnez la guitare folk pour la guitare électrique, pourquoi ?

Je fais souvent des métaphores en rapport avec le dessin : c’est soit comme du fusain, soit comme de l’encre. Si c’est beau comme ça, bon courage pour faire autre chose. C’est un peu ça le problème : c’est assez facile de prendre une chanson et d’en faire une cover “guitare-voix mais faire une cover dans l’autre sens, c’est plus compliqué. Il fallait que je sorte de ce côté-là, pour que les autres et moi puissions nous amuser. Donc pour la première fois, j’ai fait le même dessin, mais cette fois je l’ai fait au marqueur. Et quand on commence au marqueur, et bien là on peut faire du découpage, de la peinture… cela ouvre le champ des possibles et c’est pour cette raison que j’ai commencé par la guitare électrique.

L’enregistrement de Burn aurait eu lieu dans un entrepôt désaffecté de Paris, la nuit. Un cadre plutôt atypique. Pourquoi dans un tel lieu et à un tel moment ?

Je le dois à Benjamin Lebeau du groupe The Shoes qui avait un studio dans une ancienne usine Topy ; donc déjà les semelles Topy pour un mec qui vient du groupe The Shoes c’est quand même pas mal (rire). Mais on était effectivement au deuxième sous-sol et tout le bâtiment était complètement en friche, sans chauffage. On descendait les escaliers avec une lampe torche pour arriver jusqu’au studio caché. L’enregistrement s’est fait de nuit car Benjamin Lebeau est un artiste qui bosse essentiellement de nuit.

Si vous deviez décrire ce nouvel album en trois mots, quels seraient-ils ?

Je dirais « fantaisie » « singularité » et « honnêteté ».

Un artiste qui vous inspire particulièrement en ce moment ?

J’aime beaucoup cette artiste Kate Tempest qui écrit des choses merveilleuses et qui fait une musique incroyable. Elle me plaît énormément. Après “inspirer” c’est un mot qui me fait un peu peur parce qu’il y a beaucoup de gens dont j’adore le travail.

Des gens qui m’inspirent, il y en a un peu moins parce que ce que j’aime ce sont les gens qui sont comme des radio-émetteurs, c’est-à-dire qui me renvoient encore vers des choses, comme Patti Smith. J’aime ce qu’elle fait mais ce que j’aime encore plus, c’est à quel point elle aime ce que font les autres. Elle parle toujours d’un auteur, d’un écrivain, d’un musée qu’elle a visité…et c’est ce qui est inspirant. J’aime regarder des gens qui regardent au loin.

Chanter en français, une possibilité que vous envisagez ?

Non je ne pense pas (rire). Parce que comme toute créature à deux langues, on est quelqu’un d’autre dans une autre langue. La Lou anglaise n’est pas la même que la Lou française. J’ai toujours été plus libre en anglais qu’en français. Il y a une liberté d’écriture en anglais : le fait de pouvoir être ambigu, il y a un éloge de la simplicité qui me plaît pas mal. On peut écrire des choses sans avoir à préciser à qui on s’adresse, que ce soit à une fille ou à un garçon, et j’aime bien ne pas préciser, j’adore l’art du flou.

La journée parfaite à Londres selon vous ?

Principalement tous les endroits qui me rappellent mon enfance comme : High Street Kensington, Chelsea parce que ma grand-mère habitait là-bas. J’aime aussi passer la journée à Kensington Gardens, aller au History Museum, à la Tate, chez Sticky fingers, mon endroit préféré quand j’étais petite ou encore faire mon shopping chez Boots… des choses qui n’ont pas de sens pour grand monde mais que j’adore faire ici à Londres.

 Une salle à Londres où vous rêveriez de chanter un jour ?

Aucune idée. Parce que quand j’étais jeune et que je venais voir des groupes c’était que des potes à moi qui jouaient dans des pubs. Moi quand j’ai joué il y a deux ans à Londres, j’ai beaucoup aimé la salle de : Bush Hall parce qu'il y avait une proximité avec le public. J’aime être proche de lui et de voir le visage des gens littéralement, j’ai besoin de ça. 

Vous avez été en couverture de Vogue Paris en décembre dernier, accompagnée de votre mère Jane Birkin et de votre sœur Charlotte Gainsbourg. Quel effet ça fait de poser en famille ?

C’était très émouvant parce qu’on n’avait jamais fait ça. Je pense que Charlotte et moi l’avons fait pour la même raison très émouvante d’être avec maman. On est un peu comme deux serre-livres d’ailleurs sur la photo (rire). Et puis c’était assez rigolo d’avoir pour une fois le clan Birkin !

Le Brexit est annoncé pour le 29 mars. Que pensez-vous de cette sortie de l’Union européenne ?

Je vois seulement beaucoup de souffrance de tous les côtés, mais ce n’est malheureusement pas quelque chose qui arrive uniquement en Angleterre, quand on regarde ce qui se passe dans le monde. La chanson “Brother”, que j’ai écrite sur l’album, était liée à ça. Le premier souvenir que j’ai de la télévision c’est la chute du mur de Berlin en 1989 et cette liberté retrouvée en tant qu’Européen, de citoyen du monde. Il y avait quelque chose de l’ordre de l’ouverture. On allumait la téloche, il y avait tous les chanteurs qui chantaient “We are the world”. Un goût de liberté et presque peut-être d’une innocence crétine. Voir actuellement que tous les pays du monde sont en “shutdown” d’une manière ou d’une autre, c’est vraiment désolant.

Que pouvons-nous vous souhaiter pour cette année 2019 ?

Que la musique vive et qu’elle soit “mangée” par les autres.

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