Avoir 20 ans à Londres avec Ismail
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Avoir 20 ans à Londres avec Ismail

Estelle Nilsson-Julien le 21.01.19

Nous retrouvons Ismail, âgé de 22 ans à la station de métro du Barbican, située dans la City of London. Il exacerbe le cliché de la fashionista pressé, nous accordant sa précieuse pause de déjeuner, avant de retourner en cours au London College of Fashion.

"J’ai compris qui j'étais en quittant mes origines conservatrices

Ismail a vécu dans la capitale Marocaine de Rabat, jusqu’à l’âge de 18 ans. L’envie de faire de la mode lui est venue à 16 ans, lorsqu’il a commencé à se servir de la machine à coudre de sa mère. Une fois son Baccalauréat International en poche, il décide de tout quitter pour venir étudier au London College of Fashion. Un choix qui a complètement bouleversé sa vie : “j’ai su m’épanouir à Londres, assumer qui je suis et ce que je fais”. Au Maroc, il dit vivre une vie beaucoup plus “personnelle” : “la vie est beaucoup plus simple à Londres, je me suis trouvé et j’ai réussi à créer ma petite famille. J’ai compris qui j'étais en quittant mes origines conservatrices”.

A la base, il hésitait entre ce qu’il nomme “les quatres capitales de la mode”, soit Londres, Milan, New York ou Paris. La capitale française lui faisait de l’œil, un choix qui aurait sans doute était plus “confortable et facile”, vu qu’il parle déjà français. Finalement, “l’énergie et la folie londonienne” l’ont tenté : “c’était un peu un choc culturel en arrivant ici mais c’est une culture que j’adore et puis les gens, la ville et mes études sont formidables !”.

En termes de personnes et de culture, c’est beaucoup plus ouvert d’esprit qu’au Maroc. Je me permets des trucs que je ne pourrais pas me permettre là-bas”. Quelles choses se permet-il donc ? “Bah tout, par exemple tu ne te balades pas en mesh top au Maroc ! (Rire)”. Cela ne l’empêche de retourner au Maroc deux ou trois fois par an, afin de voir sa famille, se ressourcer et profiter de son pays d’origine : “mes origines Marocaines ressortent dans mes collections et mes œuvres, même si c’est souvent de manière subtile. Dans la collection que je crée, je me suis inspiré d’un papier peint datant des années 70 qui figurait dans une ancienne photo de mon père”. Il explique que la mode marocaine reste très traditionnelle et pas innovante, en comparaison aux expérimentations londoniennes.

Des pièces et de la mode unisex

En dernière année de son BA en Bags and Accessories Design, il se spécialise en maroquinerie : “j’avais le choix de faire un Bachelor en Womenswear, mais la création d’accessoires est plus limitée donc ça pousse la créativité.” Il souhaite secouer le monde de la mode en innovant et en proposant des pièces pour femmes et hommes qui brouilleraient les pistes entre féminité et masculinité, avec une collection finale composée de 12 pièces, centrée autour de l'univers des années 70s.

Ma collection allie le côté conservateur de l’époque,que j’ai exploré en discutant avec mes parents, avec la culture gay de New York”. Les étudiants avec les collections les plus innovantes sont sélectionnés pour participer à un défilé pour la Press : ”j’ai demandé à avoir des mannequins masculins “skinny” afin qu’on ne puisse pas savoir si ce sont des femmes et hommes”.

 

Des pièces plutôt extravagantes comme son manteau en cuir couleur bleu ciel, accessoirisé d’une chevelure blonde défilant le long des bras : “ma mère me disait que dans les années 70 les cheveux permettaient de changer complètement  de personnalité, ce qui est toujours le cas aujourd’hui. Mon père, lui écoutait du Donna Summer et ses cheveux faisaient partie de son style en tant qu’icône”.

De grands rêves

Son plus grand rêve serait de devenir designer chez la maison Margiela: “j’aime le côté artisanal et artistique. C’est plus de l’art que de la mode ! Depuis que Galliano a pris la direction artistique c’est devenu de plus en plus expérimental”. Il admire aussi les débuts de Alexander McQueen, mais avoue ne pas avoir apprécié le documentaire à son sujet : “je trouve que ce documentaire stéréotype la mode, suggérant que pour être excellent il faut être fou. C’est sûr que quand tu travailles de huit heures du matin jusqu’à minuit tous les jours tu as une énorme pression mais je trouve que ces documentaires encouragent cela en quelque sorte”.

Sa plus grande inspiration “classique” reste Dior : “cette marque m’inspire pour innover de manière subtil”, ayant déjà eu une expérience dans une autre maison de mode “classique”, lors de son stage dans l'atelier de réparation de maroquinerie de Chanel : “il fallait être très rigoureux parce que tu te retrouves à réparer des sacs envoyés par des clients, à valeur de plusieurs milliers de pounds.” Il décrit son style personnel comme de la : “folie maîtrisée, j’aime bien jouer avec des formes, des couleurs en essayant de rester un peu élégant”.

L’année prochaine il compte aller faire son Master à Milan, mais il ne souhaite absolument pas voir cela comme un départ de Londres : “c’est juste une petite pause (rire) et après je retourne directement ici”. Il vit actuellement à Aldgate East, un quartier dans lequel il aime bien traîner. Sinon, il est fan de Shoreditch, du Spitalfields Market et de Genesis, un restaurant végétalien : “même si je ne suis pas végétalien j’adore ce fast food vegan au décor très très rose”. Le soir, vous pourrez trouver Ismail à la boîte de nuit Heaven, à Charing Cross, ou en concert avec ses amis : “le concert de Christine and the Queens m’a marqué, elle m’inspire énormément et est entièrement unique”.

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