Quand les maux des victimes de harcèlement sexuel s’expriment sur la toile
LONDON LIFE

Quand les maux des victimes de harcèlement sexuel s’expriment sur la toile

Nadège Alezine le 07.01.19

À la suite du mouvement global #metoo, la parole des victimes de harcèlement s’est libérée. Longtemps ignorée et sous-évaluée car une grande partie des femmes victimes de harcèlement ne rapportent pas ces agissements à leur encontre aux autorités, les temps changent et les langues se délient enfin. On a fait le tour des plateformes où les victimes peuvent enfin dénoncer les abus.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : une femme sur cinq a été victime de harcèlement au moins une fois depuis ses 16 ans au Royaume-Uni en 2017, selon Crime Survey of England and Wales et 80 % des victimes ne reportent pas les faits de harcèlements aux autorités selon l’Office for National Statistics.

C’est pour changer cette forme d’omerta que des initiatives ont été mises en place dans le pays, non pas pour stigmatiser les hommes, mais bel et bien pour encourager la prise de parole des femmes sur le sujet. Si une grande majorité des femmes peuvent à leur tour dire #MeToo, car elles ont déjà été harcelées ou simplement rabaissées à cause de leur genre, c’est le moment de dénoncer le sexisme et d’apporter sa pierre à l’édifice de l’égalité homme/femme.

Sur son lieu de travail

C’est pour lutter contre toutes formes de harcèlement sur le lieu de travail que le Dr Julia Shaw a eu l’idée de mettre l’intelligence artificielle au service des victimes. Elle a réagi en choisissant les nouvelles technologies et a créé Spot. Spécialiste en intelligence artificielle, la scientifique avoue avoir eu l’idée de mettre en place Spot, pendant l’été 2017, au moment où le scandale lié à Harvey Weinstein a éclaté au grand jour : “C’étaient les premiers jours de #MeToo et la science sur laquelle je travaillais correspondait exactement à cette utilisation de l’intelligence artificielle.”

Sur Spot, les victimes de harcèlement déposent un témoignage auprès d’un chat bot, un robot, qui utilise un système d’entretien cognitif, pour éviter tous les biais liés à ce genre d’interview. Le chat bot est utilisable 24h/24 et 7 jours/7 et Spot garantit que les données partagées par la victime restent protégées.

Les témoins peuvent garder leur anonymat et cet entretien peut être envoyé en PDF à leur DRH, sans crainte de représailles.

Crée au début pour les particuliers, Spot propose à présent un service direct à des entreprises, notamment de la tech et des agences gouvernementales américaines. Destinés aux directeurs des ressources humaines, ces nouveaux outils permettent de faire la veille sur les comportements des employés, afin d’éviter les abus et débordements.

Pour le Dr Julia Shaw, c’est une nouvelle opportunité pour le monde du business : “Spot permet aux entreprises de construire une ambiance de travail plus sereine et saine”. Sur talktospot.com

Dans les transports en commun

Transport for London a mis en place un numéro à texter, le 61016 et un numéro de téléphone, le 101, qui peuvent être utilisés par les victimes de harcèlement à caractère sexuel, dans les transports en commun. Une fois le témoignage enregistré, un officier est mis à la disposition de la victime et une enquête est ouverte. Report it Stop it propose un accompagnement des victimes, si un dépôt de plainte auprès des autorités est nécessaire. Cette initiative encourage les dénonciations de comportements à caractère sexuel que ce soit dans le bus, le métro ou le tramway à Londres. Sur tfl.gov.uk

Au quotidien

La plateforme Everyday Sexism propose aux femmes victimes de harcèlement dans leur vie quotidienne de venir témoigner en ligne, sur leur plateforme. C’est sur Twitter que cette campagne avait débuté au printemps 2012, avec le #Everydaysexism, apposé à des centaines de témoignages de femmes qui ont subi des abus. À l’origine de cette initiative, Laura Bates qui depuis a publié un livre regroupant les témoignages de femmes qui dénoncent, souvent avec humour, les remarques sexistes qu’elles ont reçues. Sur everydaysexism.com

Hollaback London

En 2010, Julia Gray et Bryony Beynon en ont eu assez des sifflets dans la rue et autres quolibets et elles ont réagi en créant Hollaback, un site web et une application qui encouragent les femmes à raconter leurs histoires de harcèlement de rue et surtout à les géolocaliser sur une carte de Londres. Aidées par 30 activistes locaux, elles luttent pour faire cesser le harcèlement envers les femmes et toutes les personnes LGBTQ. Sur ldn.ihollaback.org et instagram @ihollagram

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