Les rues de Londres plus sûres pour les femmes
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Les rues de Londres plus sûres pour les femmes

Mathilde Riboulleau le 07.01.19

100 % des utilisatrices de transports en Île de France y ont subi au moins une fois du harcèlement sexuel, selon un rapport du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. À Londres, ce sont 64 % des femmes qui ont déjà été harcelées dans les espaces publics. On est allé à la rencontre des Londoniennes, pour savoir si elles se sentent plus en sécurité ici.

Des petits bruits de bouche, des compliments insistants, des questions répétées, des frôlements, des insultes gratuites… La liste serait trop longue pour définir le harcèlement de rue que subissent les femmes dans les espaces publics en 2018 en France, en Angleterre ou ailleurs. Le harcèlement semble être un phénomène moins accentué à Londres qu’à Paris, selon les chiffres et les nombreux témoignages recueillis sur les plateformes telles que Everyday Sexism ou Hollaback. La force de ces témoignages est une avancée pour les droits des femmes partout dans le monde. Et comme l’affirme Eleni, Française expatriée à Londres : “Pour ma part, être une femme à Londres reste, dans l’ensemble, bien plus sûr qu’ailleurs !”.

Plus de sécurité dans les espaces publics à Londres

En 2017, la Thomson Reuters Foundation sortait un classement des métropoles les plus sûres pour les femmes. Sur 19 villes, Londres apparaissait à la première place et Paris arrivait en troisième position. L’étude classait 19 Megacities en fonction de la qualité de vie offerte aux femmes. C’est ce que l’on peut constater lorsqu’on échange avec les femmes françaises et anglaises qui vivent à Londres. Le son de cloche est le même : les femmes se sentent plus “safe” et libres au quotidien dans les espaces publics.

Elsa vit à Londres depuis trois ans : “Je m'y sens beaucoup plus en sécurité qu’en France. Mon copain est rentré à Paris l’année dernière. Ce climat de harcèlement est une des principales raisons pour lesquelles je ne l’ai pas suivi. Je ne veux pas revivre l’insécurité du métro parisien et le harcèlement quotidien.” Adélaïde, elle, est plus positive : “La seule fois où un homme m’a parlé dans la rue, c’était pour m’aider. J’avais une carte à la main et il a juste proposé de m’indiquer la direction. Un acte de pure gentillesse que l’on voit peu en France”. Lorsqu’elle vivait à Bruxelles, le harcèlement de rue était quotidien et clairement exacerbé.

Myfy vit à Londres depuis plusieurs années. La jeune femme se sent beaucoup plus en sécurité ici : “il y a des caméras partout et tout le temps du monde, je n’ai jamais eu de soucis”. Anna, à Londres depuis un an, évoque aussi une différence de mentalité qui joue probablement sur le harcèlement de rue : “les gens viennent des quatre coins du monde, on a une forte ouverture d’esprit, donc une plus grande tolérance et acceptation des différences, donc moins de réticences à s’habiller court ou sexy. En France, je flippe beaucoup plus !”.

Pour Anna, les Anglais sont plus dans une optique de bienveillance et sont plus prêts à extirper quelqu’un d’une agression. La plupart des femmes interrogées évoquent une ignorance forte de la part des témoins de harcèlement sexuel dans les lieux publics en France, comparé au Royaume-Uni.

Emma est à Londres depuis plusieurs années car sa famille est franco-anglaise : “Je m'y sens beaucoup plus en sécurité qu’à Paris for sure. Je n’ai jamais eu de problèmes majeurs, même si je vis au quotidien les catcalls, les sifflements…”. Néanmoins elle affirme : “Quand ça se limite à des commentaires par-ci par-là, je n’en pense pas grand-chose. Il y a des idiots partout !”

S’habiller pour sortir ?

“En France, 8 femmes sur 10 ont déclaré avoir peur de sortir dans la rue la nuit” affirme Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les hommes et les femmes en France, dans une interview pour le mouvement “Not going back, making gender equality happen”. On entend souvent des témoignages de femmes qui se sont fait harceler, comme dans le reportage “La femme de la rue” de Sofia Peeters, où les femmes expliquent changer de manière de marcher, de s’habiller pour ne pas être embêtée par des hommes. Ce qui ne devrait plus se produire en 2018.

Charlotte, originaire du sud de la France, est venue à Londres quelques mois pour ses études :

Lorsque j’étais étudiante à Marseille, je ne m’habillais jamais comme je le souhaitais. Et le pire, que je sorte en pyjama ou en robe très longue, je me faisais aborder, insulter, suivre. Une fois, un homme m’a suivie jusque sur mon palier et a commencé à bloquer ma porte. J’adaptais ma conduite et ma vie hors de chez moi pour éviter les dangers. À Londres j’ai été stupéfaite de la sécurité dans les rues. En plusieurs mois, je n’ai été insultée qu’une fois !”.

On questionne souvent les femmes sur la tenue vestimentaire qu’elles portaient, après une agression. Comme si porter une jupe ou un débardeur était une provocation et une invitation au harcèlement.

Régles de conduite

C’est un fait, les femmes ont l’habitude de changer, parfois leurs trajets ou leur mode de vie, tout cela à cause du comportement masculin observé.

Eleni raconte que le fait de se dévêtir en été devient un problème partout, en France ou à Londres : “Un jour, il faisait particulièrement chaud, je me suis vêtue d’un short et d’un top décolleté, mais rien de très fou : je me suis faite siffler deux fois, klaxonnée, suivie par un ambulancier qui me demandait si je voulais monter avec lui, abordée par un inconnu me proposant ses lunettes de soleil, et un autre qui voulait me donner son numéro. En pleine après-midi !”.

Adélaïde, qui vivait à Bruxelles avant Londres, n’osait plus porter de jupe là-bas. Aujourd’hui, elle ne se refuse rien, car elle constate qu’il y a moins de répercussions négatives en matière de harcèlement dans la capitale britannique. Mélanie, à Londres depuis un an environ, raconte qu’elle ne changera en aucun cas sa manière de vivre : “ça ne m’empêche pas de m’habiller comme je veux, où je veux et à l’heure que je veux ! Je continue d’avancer, je le fais pour toutes celles qui ne le font pas ou qui n’en ont plus la force !”.

Anne, elle, avoue : “je me suis toujours habillée comme je le voulais, n’importe où. Mais à Londres, les filles s’habillent plus légèrement la nuit, donc je n’ai pas hésité à raccourcir un peu mes tenues le soir, alors qu’à Paris, hors de question, je passe automatiquement au jean !”. Il y a encore Tiphaine, jeune Lyonnaise venue étudier à Londres quelques mois : “À Lyon, je mettais des robes mais je faisais attention pour éviter que l’on m’interpelle, ici, j’ai moins de gênes.”.

Encore des progrès à faire

Si les témoignages recueillis nous laissent entendre que les femmes se sentent plus en sécurité à Londres, le risque zéro n’existe nulle part. Le harcèlement de rue continue à rendre le quotidien des femmes plus difficile, voire invivable.

Mélanie qui s’est fait agresser à Londres confirme : “je rentrais du travail, il était à peu près 1h30 du matin et je passais dans une rue pour prendre mon bus. Cela a commencé par un regard bien déplacé, des bruits d’animaux, j’ai presque cru qu’un chien se tenait derrière moi ! Et n’ayant pas répondu, j’ai eu le droit à un super crachat sur mon visage !”.

Même si le Royaume Uni et Londres mettent davantage d’initiatives en place (à lire ici et ici), le harcèlement de rue est un phénomène qui persiste et que l’on peut combattre, avant tout, en éduquant mieux la gent masculine. Car aujourd’hui, en 2018, que ce soit à Londres, à Paris ou dans n’importe quelle capitale, les cas signalés de harcèlement de rue viennent de la part des hommes sur les femmes et pas le contraire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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