En cas de tracas : “Ask for Angela”
LONDON LIFE

En cas de tracas : “Ask for Angela”

Estelle Nilsson-Julien le 07.01.19

D’un point de vue juridique, les lois françaises et les lois britanniques concernant le harcèlement diffèrent. Mais grâce à Ask for Angela, une initiative créée par Hayley Child, il est possible d’échapper à une situation dangereuse.

Que dit la loi ?

En 2010 le Parlement britannique instaure le Equality Act, une loi condamnant toute forme de discrimination (discriminations sexuelles et harcèlement inclus). Cependant il n’y a pas de loi britannique qui pénalise de manière explicite le harcèlement dit “de rue” ou qui le qualifie de hate crime. Le Equality Advisory and Support Service est : “un service non-légal, apportant des conseils aux victimes de discriminations sexuelles. Il n’existe pas de peines spécifiques dans le Equality Act renvoyant au harcèlement de rue. Si l’affaire arrive au juge, c’est à lui d'analyser l’affaire et d’en décider la peine”.

Malgré cela, en 2016, la police du comté du Nottinghamshire est devenue la première force de police à qualifier la misogynie de hate crime. Cette démarche a incité les femmes du comté à venir témoigner et porter plainte. Elle permet à la police d’aider les victimes de manière substantielle avec des investigations plus minutieuses. En ce qui concerne la capitale britannique, le département londonien de la Metropolitan Police déclare qu’il : “encourage les femmes à dénoncer tout type de harcèlement, que ce soit dans la rue, pubs, bars ou ailleurs dans Londres. Toute allégation sera évaluée et soumise au type d’enquête appropriée”.

En France, il semble nécessaire d’avoir des lois plus explicites qu’au Royaume-Uni, afin d'aller à l’encontre de la normalisation du harcèlement de rue. C’est en août 2018 que Marlène Schiappa, Secrétaire d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes introduit une nouvelle loi apportant un appui et un soutien supplémentaire aux femmes qui portent plainte pour harcèlement sexuel. Cette nouvelle loi punit notamment le harcèlement de rue par des amendes de classe 4, allant de 90 à 750 euros.

“Excuse me, could I speak to Angela?”

Hormis la loi, le Royaume-Uni demeure cependant avant-gardiste, avec de nombreuses campagnes anti-harcèlement de rue régulièrement lancées en collaboration avec le gouvernement et les forces de police. Il y a plus de deux ans, le gouvernement local du comté du Lincolnshire a lancé l’initiative novatrice Ask for Angela. Après une phase “test”, elle s’est étendue à travers le Royaume-Uni en 2016, s’inscrivant dans l’opération #NoMore, menée par ce même comté, avec Lincolnshire Rape Crisis. Réduire le harcèlement sexuel en apportant des mesures préventives et des solutions “faciles” aux personnes en danger, voilà l’idée derrière ce projet. Ask for Angela se manifeste sous forme d’affiches placées plutôt discrètement dans les toilettes de nombreux bars, pubs et boîtes de nuit. L’affiche incite les personnes en situation vulnérable ou dangereuse à faire signe au personnel, en utilisant le mot-clé Angela. Une fois averti, le personnel réagit de la manière la plus rapide et surtout, la plus discrète possible, en mettant en place le protocole : faciliter l’évacuation de la personne vulnérable en s’assurant qu’elle parte en taxi.

Hayley Child, la créatrice de Ask for Angela travaille depuis plusieurs années au sein du gouvernement local du Lincolnshire : “Le nom rend hommage à Angela Compter, une femme tragiquement tuée par son mari en 2012. Contrairement à l’opinion populaire, c’est une mesure non seulement destinée aux femmes mais aux hommes aussi”. Sa toute dernière campagne se nomme le Blue Light Project : “nous concevons des mesures permettant aux personnes de vérifier si leur verre est drogué”.

Ask for Angela a désormais su s’exporter en France, le collectif étudiant féministe de la ville de Rouen ayant repris cette campagne en 2016. Désormais, 22 bars rouennais font partie du mouvement et appliquent le protocole.

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