Rencontre avec Jain, femme soldat de la pop
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Rencontre avec Jain, femme soldat de la pop

Mathilde Riboulleau le 18.12.18

Aviez-vous déjà joué à Londres auparavant ? 

On a déjà joué deux trois fois à Londres mais je ne me souviens plus précisément du nom des salles. Il y avait une salle qui s’appelait The Garage, je crois. Mais là, c’est la première fois que je jouais dans une aussi grosse salle que l’Electric Brixton, j’étais assez impressionnée, je suis contente que le concert soit complet. 

Qu’est ce que vous inspire la ville de Londres ? 

Les vestiges du punk rock, c’est ça qui est cool, tu peux voir des gens dans la rue avec les cheveux de toutes les couleurs, et personne n’en a rien à faire, ce qui change vachement de Paris. Ici au Royaume-Uni, il y a cette culture musicale forte donc forcément cela fait plaisir quand on a la chance de jouer ici. 

D’où venez-vous en France ? Vous avez beaucoup vadrouillé, non ? 

J’ai vécu jusqu’à mes deux ans à Toulouse, après on a déménagé à Pau, ensuite à Dubai avec le travail de mon père. J’étais dans un lycée français et après on est allés au Congo pendant quatre ans et après à Abou Dabi. 

Qu’est ce que cela vous a apporté professionnellement et personnellement ? 

Voyager permet de partir de zéro et de se réinventer, donc c’est cool. Mais c’est dur quand t’es adolescente de devoir quitter tes amis sans cesse, d’être la nouvelle, encore une fois, c’est très fatigant. Je pense que c’est pour cela que je me suis réfugiée dans la musique.

Vous n'avez donc pas fais d’études de musique ou de chant ? 

Non, je me suis lancée avec le producteur Monsieur Flash au Congo, qui m’a aidé à faire le démo de « Come ». Je l’avais mis sur Myspace à l’époque et j’avais envoyé un email à toutes les maisons de disque possibles pour avoir leur avis. Je savais que les bureaux et tout ça, c’était pas mon truc: je voulais faire un truc plus artistique!

Vous partagez beaucoup de valeurs positives dans votre musique, d’où cela vous vient-il ? 

Je pense que c’est parce que depuis que je suis petite j’ai écouté beaucoup de soul, et c’est vraiment un style de musique de lover, où tout le monde aime tout le monde. J'écoutais Otis Redding, Aretha Franklin, et d'autres artistes qui ont des messages d’empowerment. Du coup, j’ai eu envie de faire la même chose. 

C’est vous qui avez fais la direction artistique de vos clips ?

Non, je donne des idées et après je travaille avec Greg et Lio. On a fait déjà quatre clips ensemble, on se connait de mieux en mieux, on a un groupe WhatsApp où on échange toutes nos idées en même temps. 

Vous avez été nommée aux Grammys pour un de vos clips. Vos impressions? 

C’était cool!  On était la petite équipe française aux États-Unis, on avait l’impression d’être dans un Disneyland de stars, c’était très drôle!  

Avez-vous une anecdote de tournée à nous raconter ? 

Il y en a plein! C’est très cool la tournée, on a l'impression de faire partie d'une grosse colonie de vacances. Un soir où on venait de commencer la tournée, la première fois qu'on faisait de gros festivals, on a fait les Vieilles Charrues. On jouait un dimanche à 14h et on y est allés sans pression en se disant que le dimanche à 14h aux Vieilles Charrues on serait tranquille (rire). Je suis arrivée sur scène, il y avait 40 000 personnes, c’était un grand moment, j’étais impressionnée!

D’où vous viens votre accent anglais très "reggae" ?

C’est un mimétisme, j’ai écouté énormément de soul et de reggae, et je l’ai mélangé à mon patois français et du coup ça a donné un accent. Je trouve que c'est aussi plus joli avec le rythme des chansons. 

Pourquoi adopter un uniforme pour chacun de vos albums ? 

L'uniforme est une démarche artistique, mais il me permet aussi de me protéger en quelque sorte. Quand je l'enlève, je passe de chanteuse à anonyme dans la foule! 

Qu’est ce qui a évolué entre votre premier et deuxième album ? Il y a un lien ? 

Oui il y a un lien, c’est une continuité du premier, sauf que j’avais envie d’aller plus loin et ne pas m’enfermer dans ce que j’avais fais dans le premier. J’avais envie d’aller ailleurs et ne pas refaire que des musiques pop teintées de percussions congolaises. Dans mon dernier album, il y a des rythmes plus rapides, et j’ai beaucoup écouté d’électro et du hip hop, mais aussi des musiques arabes.

Credit photo: Robin Pope. 

Pourquoi votre album s’appelle «Souldier» ?

"Souldier" vient d'un moment où j’étais en train de regarder les informations, il y avait les news sur la fusillade dans la boîte de nuit gay aux USA. Il y a eu 40 morts je crois. J’étais abasourdie qu’il se passe un truc comme ça dans un lieu où les gens font la fête et écoutent de la musique. C’est sensé être un moment de joie! J’avais envie de me consoler alors j’ai pris ma guitare et j’ai créé ce jeu de mot entre âme et soldat. C’est un soldat qui se bat avec de l’amour et une fleur, d’où la chanson!

Aimeriez-vous chanter davantage en français ou mixer l’anglais et le français ? 

Oui j’aimerais bien chanter davantage en français. Mais je n'ai pas envie de mixer les deux, je suis pas fan du "franglais", j’ai l’impression que c’est dans un but commercial. Je trouve que ce sont deux langues avec deux histoires très, très différentes. Surtout au niveau musical donc rythmiquement j’aime moins. 

Qu’est ce que tu écoutes en ce moment dans ton téléphone ? 

J’écoute un groupe australien qui s’appelle Parcels, c’est un peu de la funk mais c’est très doux, j’aime beaucoup les écouter le matin. 

Les endroits préférés de Jain à Londres ? 

  • Le shop de vynils Rough Trade 
  • Les restaurants jamaïcains à Brixton 
  • Le Peckham Levels 

 

Les artistes préférés de Jain à Londres ? 

  • Amy Winehouse
  • The Beatles
  • Arctic Monkeys
  • The Verves
  • Oasis…

 

 

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