Une soirée à Londres avec le rappeur Demi Portion
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Une soirée à Londres avec le rappeur Demi Portion

Estelle Nilsson-Julien le 17.12.18

Demi Portion nous accueille chaleureusement après son premier concert à Londres (un moment de folie avec un public londonien complètement hystérique). En entrant dans sa loge, on sent instantanément l’esprit convivial. Également présents, Medhi, son manager et “frère”, DJ Rolex, ses musiciens, ses potes et même un fan qui vient assister à l’interview: “je suis toujours bien entouré même si on n’est que quatre ou cinq d’habitude.” Tous ces gens qui l’aident, qui l’entourent et le suivent depuis des années, sont ceux qu’il appelle sa “famille”.

"Il n’y a que la mer et la pêche là-bas (à Sète) ... je n’avais que le rap"

Depuis un an et demi Rachid Daif, dit Demi Portion, limite ses entretiens filmés : “je fais comme Keny Arkana (rire) c’est avec elle que j’ai commencé mes ateliers d’écriture en 1996. Je suis d’accord avec elle, je trouve qu’il faut laisser parler la musique.” Il cède la place à davantage d’interviews écrites, même s’il nous explique qu’une fois l’enregistrement en route, une certaine timidité s’installe en lui : “je parle déjà doucement mais dès que tu me dis “on enregistre”, je change. Je ne suis pas habitué et ça n’est pas mon exercice préféré non plus (rire)”.

Il ne nous révèle pas la signification de son nom de scène, mais explique qu’il la repris de son premier groupe, qui se nommait “Les Demis Portions” : “on était très jeunes, on s’est séparés vers 13 ans et j’ai décidé de garder ce nom”. Il semble avoir un esprit solitaire, ce qui est lié sans doute à son enfance à Sète, dans le Sud de la France : “il n’y a que la mer et la pêche là-bas : il n’y a rien à faire (rire) donc je n’avais que le rap”. Il compte rester à Sète longtemps, décrivant cette ville comme “paisible”.

Etre “engagé" c’est tellement devenu une étiquette

En mai 2018, il sort son septième album “Super Héros”, plutôt différent du dernier, “Dragon Rash” (paru en 2015) car il : “essaye d’abord de ne pas faire les mêmes morceaux  (rire). Mais sinon ce qui est super, c’est que j’ai eu IAM en featuring.” Il arrive quand même à maintenir son rythme régulier, sortant un nouvel album environ tous les deux ans : “j’écris en continu et je tiens à rester indépendant, je n’ai pas de contrat avec un label”.

Il définit sa musique comme du rap “conscient” plutôt que du rap “engagé” : “être “engagé" c’est tellement devenu une étiquette”. Conscient oui, mais sur lequel on peut aussi se défouler, afin de : “passer à l’inconscient et bien rigoler”. Il ne s’inspire pas de l'actualité: “je ne suis pas un rappeur BFM (rire), je suis plutôt dans le constat et l’imagination.” Il dit ne pas aimer faire la morale, mais souhaite simplement apporter de l’espoir aux gens, expliquant qu’il est difficile de prendre position politique sur scène : “il faut vraiment assumer, dire “fuck les fachos, on est là pour l’amour” je trouve ça un peu cliché. Déjà articuler, bien parler, etc c’est déjà dur, on en fait un métier donc prendre position politiquement ça rajoute encore plus de complications”.

"Il y a une espèce de barrière entre artistes et fans alors qu’on est tous pareils"

Pendant son concert il rend hommage à Brassens, un artiste à qui il renvoie souvent en live. Brassens, une inspiration? : “je lui fais plutôt un clin d’oeil, vu que c’est un Sétois et que j’aimerais bien un peu remédier à sa mauvaise réputation”. De l’autre côté de la Manche, sa plus grande inspiration est Stormzy, grand nom de la Grime anglaise : “en terme de technique, j’aime bien ses freestyles, c’est même une superstar”. Il n'a pas pour projet de se mettre à chanter en anglais, ayant toujours du mal à maîtriser la langue, mais il ne s’est pas retenu d’exciter le public en lançant un gros : “make some noise!!” en début du concert. “C’est Snoop Dogg qui m’a trop donné envie de gueuler ça (rire)”. Il ajoute que d’un point de vue francophone son ultime référence reste Stromae.

En 2016 il décide de créer le Demi Festival à Sète, un festival inspiré du SCRED Festival (organisé par un groupe qui vient de Barbès, Paris). “Je voulais faire mon premier concert à Sète” raconte-t-il, ce qui peut paraître étonnant, mais jusqu’au lancement du festival il s’était contenté de jouer des premières parties, ouvrant pour IAM notamment.

En amont du concert nous apercevons Demi Portion devant le Jazz Café, institution renommée de Camden Town, en train de prendre l’air avec sa “bande”. Rare de voir un artiste aussi proche de son public, physiquement (ses “fans”, ébahis, l’entourent sur le trottoir) et mentalement : “il n’y a rien de dangereux dans ça, pour moi c’est normal, il y a une espèce de barrière entre artistes et fans alors qu’on est tous pareils”. Il essaye de se mêler à son public le plus possible, mais avoue sentir une certaine idolâtrie quand il monte sur scène : “c'est ma seule crainte, qu’un jour ça me dépasse”.

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