Quand Jean Paul Rappeneau se souvient de Cyrano
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Quand Jean Paul Rappeneau se souvient de Cyrano

Mathilde Riboulleau le 27.11.18

Êtes-vous déjà venu à Londres ? 

Oui, comme tous les français je suis déjà venu mais je ne connais pas très bien. Par contre, pour l’anecdote, dans le dernier film que j’ai réalisé « Belles Familles », on a tourné à Londres. C’était compliqué d’engager une équipe anglaise pour quelques scènes, dont une scène dans un hôtel au bord de la Tamise face à Westminster. Du coup, on a décidé avec la production, de venir en Eurostar avec toute l’équipe française pour une journée. C’était très sympathique. 

Qu’est-ce que cela vous fait d’être à l’Institut Français à Londres pour votre film Cyrano de Bergerac, sorti en 1990 ?

Cela fait 28 ans oui... D’autant que j’avais déjà présenté le film à l’époque à Glasgow, Londres et dans d’autres villes. Ça me fait drôle de repasser le film restauré toutes ces années après. On a fait un gros travail de restauration avec le chef opérateur et je trouve le film visuellement plus beau qu’il ne l’était auparavant. 

Pourquoi avez-vous choisi, à l'époque, d’adapter au cinéma cette pièce en particulier ? 

C’est le seul de mes films dont je ne suis pas l’auteur du scénario original. Enfin, c'est le seul qui m’a été proposé par une société de productions. Je n’aurais pas eu cette idée-là. Quand on m’a proposé je me disais "ohlala de faire un film de la pièce ? Ohlala mais qui va aller voir ça ?" (rire). Cela me paraissait comme le comble du théâtre ancien, un théâtre couvert de poussière. 

Mais finalement on a insisté pour que ce soit moi. Ainsi, je me suis souvenu que c’était la première ou la deuxième pièce que j’ai vu quand j’étais enfant. C'était à la Comédie Française et la première fois que j'allais à Paris. Je me suis rappelé du début. Un petit garçon va au théâtre dans une charrette et découvre le personnage de Cyrano, et le théâtre tout simplement. Au fond, le petit garçon c’est moi. Le fait de m’approprier la pièce comme cela m’a donné envie. C’est un peu moi qui raconte cette soirée à Paris au théâtre.

Je me suis retrouvé dedans, cela est devenu une histoire personnelle alors que ça m’avait l’air très loin au début. Ce que je pense finalement aujourd’hui c’est qu’il y avait un film caché sous la pièce. Il fallait élaguer les longs discours en vers qui n'en finissent pas. 

Comment avez-vous mis un pied dans le monde du cinéma?

Quand j’étais jeune, j’habitais en province en Bourgogne et j’avais déjà envie de faire du cinéma. C’est la vue des grands films, notamment la vue de Citizen Kane qui m’a donné goût à cela, je me disais c’est l’art suprême, c’est cela que je veux faire. Mais quand j’ai voulu faire cela, je me suis dis, bon je vais tourner un film en 16mm. Effectivement, j’avais une caméra mais la complication que cela représentait à la fin des années 40, pour tourner avec la vieille pellicule, de l’envoyer à Paris dans un laboratoire…

Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui veut faire du cinéma ? Cela a beaucoup évolué depuis vos débuts.

Oui, enfin techniquement tout à changé. La manière de filmer a fait un bond technologique incroyable. Les jeunes n’ont pas besoin de moi pour recevoir des conseils. Mais ce que je conseillerai c’est de prendre son iPhone et de tourner toute la journée. Il faut raconter des histoires avec ces petits objets.

Moi j’ai un ami de mon âge, metteur en scène, Alain Cavalier, qui fait de très beaux films et qui maintenant il filme tous les jours sa propre vie, dès qu’il se lève, il filme tout. Des choses à raconter, on en trouve partout, sauf si l’on veut raconter la bataille de Waterloo, là, c’est un peu plus compliqué (rire). 

Vous avez réalisé 8 films, pourquoi prenez-vous un certain temps pour chacun de vos films comparés à d’autres réalisateurs ? 

Le fait est qu’un film est une telle aventure pour moi que cela devient totalement ma vie pendant 4 ans ou 5 ans. Quand je sors d’un tournage, je suis comme le naufragé sur la plage, je ne sais pas où aller. Chaque film prend beaucoup de place dans ma vie. Mais l’idée d’un film, il faut que ça vienne de moi, qu’un nouveau rêve surgisse en moi. Je suis fait comme cela. Une autre citation que j’aime bien pour expliquer ma manière de travailler, "Flaubert a écrit 4 livres, ou 4 et demi et Simenon en a écrit 500" (rire).

Auriez-vous un souvenir de tournage de Cyrano de Bergerac à nous raconter ? 

Oui, le film était compliqué à faire, et très cher avec les décors et les costumes. On a tourné une grande partie en Hongrie avant la chute du mur de Berlin. C’était à l’époque du royaume communiste et tout était beaucoup moins cher pour construire des décors dans les studios. Le premier jour, il s’agissait de filmer Depardieu. Cyrano apparaissait en haut du théâtre dans une loge et devait parler avec un autre acteur. Je dis action, et voilà qu’il surgit de là-haut et il se met à hurler. Je coupe et je lui demande pourquoi il crie comme cela.

En fait, sur cette scène, il y avait en dessous de lui 400 figurants hongrois. Il ne s’attendait pas à autant de personnes le fixant. Il devait en fait s’adresser à un autre acteur de l’autre côté de tous ces figurants, il a donc crié pour se faire entendre alors que les 400 personnes étaient silencieuses. Enfin, on peut dire que la seule fois où on l’a eu indifférent c’est dans la première minute, après il y a eu que des hurlements (rire).

Y-a-t-il des acteurs ou réalisateurs anglais avec qui vous aimeriez travailler ? 

Oh oui, le cinéma anglais est un grand cinéma. C’est le cinéma voisin. À l’époque où j’ai commencé à faire des films, il y avait deux films anglais qui m’avaient beaucoup impressionnés, après la guerre, quand le cinéma anglais a commencé à s’imposer. Il y a Carol Reed, qui a réalisé Old man out avec James Smithson, un film qui était sorti en 1947. C’est l’histoire d’un homme qui fait une course poursuite à Belfast peut être, je me souviens surtout du visage de l’acteur extraordinaire. Et le deuxième film, bizarrement c’est une pièce filmée, Hamlet qu’avait fait Lawrence Olivier en 1947 ou 1948.

C’est amusant car je connais un peu Roman Polanski qui vit à Paris maintenant et on a le même âge, et les deux films qui l’ont le plus marqué quand il était enfant ce sont les mêmes. 

Le grand Mike Leigh est aussi une inspiration. Il a tourné en France Les liaisons dangereuses, de Stephen Frears, un grand metteur en scène. Ce grand réalisateur, célèbre à Hollywood aussi, disait notamment que pour faire des films à Londres et y vivre, tout était question de boite aux lettres, de façon que les scénarios puissent entrer dans la fente. Je trouvais cela très amusant (rire). 

Quels sont vos projets pour le futur ? Un nouveau film ?

Oui, j’ai des projets de films. Je ne vous dirais pas ce que c’est, par superstition (rire). En effet, je voudrais vraiment faire un nouveau film, je n’en ferai pas 50, mais un. Et oui, oui, oui, je vais continuer, c’est loin d’être terminé. Je prépare également un livre sur ma vie, une sorte de mémoire...

 

 

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