Avoir 20 ans à Londres avec Tiphaine
EXPAT LIFE

Avoir 20 ans à Londres avec Tiphaine

Estelle Nilsson-Julien le 23.11.18

C’est à Old Street qu’on retrouve Tiphaine Boussagol, une parisienne de 21 ans installée à Londres depuis deux mois et demi. Son aventure londonienne marque le début de son année de césure, qu’elle a commencé une fois sa licence de droit terminée. Mais c’est une année de « césure » à la Tiphaine, avec un programme plutôt chargé : « à ce rythme-là je pense que j’en ferai bien une 2ème ! (Rires) ». Dans ce portrait 20 ans à Londres on parle cinéma, dessin, journalisme et London (of course) ! Rencontre.

 « Petite, je voulais être styliste puis à partir du collège ma passion pour le cinéma s’est développée »

Tiphaine nous raconte qu’elle dessine depuis toute petite mais qu’elle n’a jamais pris de cours. Selon elle, le dessin n’est pas un “talent” mais un art qui reste accessible à tout le monde. Des centres d’intérêts, des rêves et de l’ambition elle en a plein : faire des documentaires, du journalisme et : « des vrais gros dessins ». « Petite, je voulais être styliste puis à partir du collège ma passion pour le cinéma s’est développée », nous dit-elle. Au lycée elle est complètement absorbée par les films de la Nouvelle Vague. Elle s'intéresse beaucoup plus aux œuvres de son réalisateur préféré François Truffaut, qu'à la prise de notes en cours.  

Elle intègre ensuite une faculté de droit à Reims, où elle passe d’autant plus de temps à allier ses passions pour le dessin et pour le cinéma en faisant du « cinéma dessiné ». Elle nous confie qu’elle n’était pas très scolaire, mais qu’elle s'épanouit en suivant des études supérieures de droit à Reims. Pourquoi partir en faculté de droit et non en école de cinéma ? « Parce que je n’avais pas assez de choses à raconter, ni une culture générale assez élargie ».

« L’idée de notre livre est de synthétiser et d’illustrer les thèmes principaux des films d'Eric Rohmer ».

En plus du ciné dessiné, c’est en suivant ses études de droit qu’elle découvre son intérêt pour le journalisme. Elle est actuellement en prépa de journalisme à distance pour l’ESJ à Lille : « c’est hyper intense mais ce n’est pas considéré comme une année d’études ». Elle nous avoue néanmoins avoir : « du mal à tout gérer », travaillant aussi sur un livre de ciné dessiné avec son amie journaliste Camille. Le concept du livre ? Reprendre les films d’Eric Rohmer, le réalisateur renommé de la Nouvelle Vague. « On cherchait un recueil des dialogues des Six Contes Moraux d’Eric Rohmer, chose qu’on n’a pas trouvé. L’idée de notre livre est de synthétiser et d’illustrer les thèmes principaux de ces films ».

Elle admire le cinéma français et la musique de ces films-là, mais essaye de “s’ouvrir” en ce moment, en explorant davantage le cinéma asiatique et américain. Truffaut, elle l’a découvert petite, en regardant “Les Quatres cents coups”, puis en grandissant elle découvre la série des films Antoine Doinel. Et est-ce qu’elles les regardent souvent ? « Je les revisionne pour réaliser mes dessins, sinon je fais une capture d’écran ou bien je me sers de l’affiche », mais elle ne souhaite pas les « gâcher », en les visionnant trop souvent : « il y a en a certains que j’ai envie de garder pour revoir quand je serai dans une période de ma vie similaire à celles des personnages ». Elle fait ses dessins à l’encre de Chine, au pinceau ou au feutre et la plupart sont en noir et blanc.

 Des colocs : « trop cools, sauf un, qui est exactement comme Jacquouille la Fripouille, des Visiteurs ! (Rires) »

Tiphaine garde l’esprit parisien même si elle a déménagé : « à Reims à la fin du primaire, je n’ai pas habité à Paris depuis ». Toute sa famille est parisienne et cette capitale reste la ville de son cœur. Donc pourquoi avoir choisi de débarquer à Londres, une fois ses études finies ? : « Mon projet de base était de partir faire du Woofing (un mode de voyage où des fermiers hébergent et nourrissent des particuliers en échange de services) aux Etats-Unis pendant mon année de césure, d’aller à Hawaï pendant un mois. J’avais fait toutes mes économies avant de me rendre compte que c’était impossible d’obtenir un VISA en tant qu’Européen ». Elle a pu améliorer son anglais mais : « il ne faut juste pas parler de mon accent ! ». C’est la langue étrangère qu’elle maîtrise le mieux : « je dirai que j’ai réussi mon Bac d’espagnol en écoutant Manu Chao en boucle pendant un mois (rires) ».

Elle vit actuellement dans une colocation à Hackney : « ils sont tous trop cools, sauf un, qui est exactement comme Jacquouille la Fripouille, des Visiteurs ! (Rires) ». Et vers où est-ce qu’elle aime traîner ? « Là où il y a de la bière (rires), non je rigole ! », elle va souvent : « vers Shoreditch : le Close Up Cinema Cafe à Brick Lane est super cool ». « A Londres j’ai rencontré pleins de gens, dans ma coloc, dans des bars, un peu partout. »

« j’avais l’impression que mon banquier allait m'appeler le lendemain pour me demander comme c’était passé mon entretien du lendemain ! »

Elle dit être chanceuse, étant tombée sur beaucoup d’Anglais bienveillants et gentils : « j’avais l’impression que mon banquier allait m'appeler le lendemain pour me demander comment s’était passé mon entretien ! ». (Hélas ! Il ne l'a pas fait…). Après, c’est sans doute en travaillant dans un bar à Farringdon, que l'image qu'elle avait des Anglais s'est ternie : « la première semaine était horrible, ils m’ont mis une pression de dingue, j’ai dû bosser 60 heures et en plus mon patron faisait exprès de me parler avec le pire des accents ».

Et pour ce qui en est de la suite ? Tiphaine nous livre une réponse plutôt inattendue. Cette passionnée de cinéma cache un rebondissement : « j’avoue que je pense retourner en France d’ici 3 semaines. Peut-être que j’aurai dû vous le dire avant (rires) ! ». Une expérience londonienne plutôt courte, ce qui ne la rend en aucun cas moins enrichissante : « c’était vraiment le moment pour moi de partir m’installer seule à l’étranger, à l’inconnu. » Elle nous explique qu’elle était un peu angoissée avant de venir à Londres : « je ne voulais pas passer à côté de choses par peur », mais qu’elle s’est forcée par envie de vivre cette aventure offrant une belle occasion de découverte personnelle.

12 dessins de la collection de Tiphaine sont exposés dans le café du ArtHouse Crouch End, un cinéma indépendant situé dans le Nord de Londres. 

 

Les films que tout le monde devrait voir selon Tiphaine :

« Les 400 Cents coups » de Francois Truffaut 

«Série Noire» d'Alain Corneau 

« La Mauvaise Éducation » de Pedro Almodóvar 

 

Insta : @decinillustrations

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