Rencontre avec Voyou, nouveau visage de la pop française
TENDANCE

Rencontre avec Voyou, nouveau visage de la pop française

Estelle Nilsson-Julien le 22.11.18

On a rencontré Thibaud Vanhooland alias Voyou lors de sa venue à Londres pour son concert à l’Institut Français. Il débute sa carrière musicale en tant que trompettiste et bassiste, aux côtés d’Elephanz, Rhum for Pauline et Pegase. Puis, à 28 ans Voyou décide de se lancer en solo, avec son tout premier titre de pop électronique "Seul sur ton tandem". Sa voix douce est accompagnée d’un beat régulier et de paroles lumineuses, ce qui donne un tout agréable, scintillant et léger qui colle bien aux oreilles.

Pourquoi avoir choisi Voyou comme nom de scène ?

J’avoue que je n'ai pas beaucoup réfléchi en choisissant ce nom de scène, je n’arrive même pas à me souvenir comment il m’est venu. J’aime bien le nom Voyou parce qu’il ne fait pas référence directement à moi, ce n’est pas nominatif. Il y a plein d’interprétations possibles, celle du brigand mais ça peut aussi être un surnom plutôt mignon. Ce nom me permet d’être des personnages complètement différents à la fois.

Est-ce qu’il y a une image que vous préférez renvoyer, entre celle du brigand et celle du chanteur « mignon » ?

(Rires) Bah disons que j’aime bien l’aspect voyou gentil, qui fait des bêtises, mais seulement pour faire sourire les autres.

Est-ce qu’il vous a fallu une période de transition pour vous sentir à l’aise en passant de musicien en groupe à votre carrière solo ?

Honnêtement, c’était super cool de me retrouver seul. J’ai tourné avec des groupes pendant des années, dont un groupe en particulier pendant 10 ans. On a vécu une histoire très compliquée qui s’est finie par une séparation avec pertes et fracas. Depuis des années nos egos nous poussaient chacun à vouloir se surpasser les uns et les autres, ce qui est devenu un frein à notre créativité. C’était arrivé au point où on perdait le plaisir de faire de la musique et à la place, on passait notre temps à se bagarrer. Au début, être tout seul m’a permis de retrouver du plaisir à faire de la musique mais là, je sens qu’être entouré de gens commence à me manquer donc je compte partir en tournée avec des musiciens. Mais je pense rester seul, dans la composition et l’écriture.

Avez-vous plus d’interactions avec votre public depuis que vous êtes seul sur scène ?

De base j’étais « seulement » musicien donc ma place était beaucoup plus externe qu’aujourd’hui. Par exemple: prendre la parole sur scène ne faisait absolument pas partie de mon rôle, ce qui me laissait donc frustré. J’avais cette envie de parler et d'interagir avec le public mais je devais me retenir. Cela n’empêche que j’ai beaucoup appris en observant mes amis se débrouiller avec cet exercice.

Dans la vie de tous les jours, êtes-vous quelqu'un de plutôt positif vu le message optimiste dans les paroles de vos chansons ?

Oui, carrément ! Je suis une personne plutôt optimiste, surtout pas stressé ou d’angoissé. Si je n’arrive pas à résoudre une situation, je remets toujours les choses en perspective. La solution pour être heureux et avoir moins de soucis: c’est de voir les choses de manière relative. 

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes musiciens qui souhaitent percer le milieu de la musique ?

Dans tous les cas, c’est un métier difficile mais il reste plus accessible que ce qu’on peut croire. On ne fait pas toujours exactement ce qu’on veut : on peut se retrouver musicien et donner des cours de musique ou bien être technicien, à côté. Après, il y aussi les artistes qui jouent dans un groupe mais qui veulent absolument se lancer en carrière solo. Je dirais que pour réussir dans ce métier, c’est surtout une question de temps et d’investissement. Il ne faut pas avoir l’impression qu’on va faire carrière au bout de deux ans, ni être décourager quand ça ne décolle pas tout de suite. Si on a vraiment du talent les choses marcheront inévitablement.

Vous jouez de la trompette, du piano et de la guitare sur scène ?

Oui, mais la trompette est un instrument que je ne travaille pas du tout, je la sors vraiment juste pour le concert. Ça fait partie des bonnes résolutions que j’ai à peu près tous les 3 jours (rires), je me dis : « ok là, c'est bon, je m’y remets vraiment, une heure de trompette par jour ». Plus jeune, j’avais un très haut niveau de trompette mais pendant une période, je l’ai complètement laissé tomber parce que cet instrument est aussi lié à plein de mauvais trucs pour moi. Je me suis concentré à l’apprentissage d’autres instruments, comme le piano et la guitare pendant ce temps-là. 

Du coup quelle “étiquette” est-ce que vous vous attribuerez ? Êtes vous un chanteur, un musicien, un artiste ?

Je ne me considère pas comme trompettiste, guitariste ou pianiste même si ce sont des instruments que je maîtrise très bien. Pendant très longtemps, je disais que j’étais musicien et puis maintenant, quand j’explique aux gens ce que je fais ils me disent : « mais non ! T’es chanteur ! (rires) ». Donc, je ne sais pas et finalement ce n’est pas très grave.

Etes-vous déjà venu à Londres ?

C’est la quatrième fois que je viens à Londres ! Quand j’habitais dans le Nord, avec l’école on était partis deux fois dans un petit bus (rires). C’est marrant parce que Londres est une ville qui me fait encore plus fantasmer, surtout à travers le cinéma, que New York. Je dirai aussi que c’est une espèce de version magique du Nord de la France.

Et vous vivez actuellement à Paris depuis un an, la ville vous plaît?

Je me plais énormément à Paris mais ça n’est pas du tout la même ambiance. A Londres, j’adore les parcs gigantesques, ce qu’on n’a pas à Paris. Nous, dès qu’il y a un peu de soleil, on est 75,000 personnes à se coller les uns aux autres et à se bagarrer pour poser un bout de saucisson ! La venue des fêtes à Londres me rappelle aussi le Noël kitsch des comédies romantiques anglaises. A tous les coins de rue, j’ai envie de croiser Hugh Grant (rires). J’ai l’impression qu’il y a un esprit de réjouissance commun autour des traditions chouettes alors qu’en France on dirait : « mais c’est débile, c’est que du marketing, c’est commercial, c’est que pour qu’on dépense notre argent ». En France on aime bien se plaindre, moi aussi d’ailleurs, mais c’est sympa de voir les autres avoir cet esprit cool (rires).

Avez-vous fait d’autres spectacles à l’étranger ?

J’ai fait plein de concerts à l’étranger, chose que je n’aurais pas pensé possible vu que je chante en français. Je suis déjà parti au Japon, en Allemagne, au Canada, en Belgique et en Equateur. Là, je pars en tournée au Brésil. C’est fou parce qu’en 10 ans de tournée avec des groupes qui chantaient tous en anglais j’ai dû que faire 4 concerts à l’étranger, en Europe, en plus.

Et qui est votre public quand vous partez jouer à l’étranger ?

Ça dépend, parfois il y a beaucoup de Français et d’autres fois, non. En Equateur, il n’y en avait que trois, des membres de l’Alliance française. J’ai joué dans un petit village magnifique, c’est un pays incroyable avec très peu de touristes. J’ai aussi adoré le Japon, c’était fou de mettre aussi longtemps pour aller jusque là-bas pour me rendre compte que tous ces gens ont accès à ma musique en trois clics. J’ai rencontré des gens à travers le monde qui passent leur temps à chercher de la nouvelle musique et puis qui tombent au hasard sur des musiciens français, comme moi. Même s’ils ne comprennent rien, ça leur plaît! (rires).

Est-ce que vous avez-vous des inspirations anglaises ?

Est-ce qu’il y a encore des musiciens qui n’ont pas des inspirations anglaises (rires) ? J’ai toujours écouté et joué beaucoup de rock mais j’ai tendance à écouter des groupes qui ne sont pas très connus. Sinon, dernièrement j’ai beaucoup écouté Georgia Smith et Tirzah. Tirzah fait partie du Label anglais Domino, qui produit de la musique incroyable. J’ai aussi pas mal écouté un groupe qui s’appelle Telegram. 

Avez-vous déjà pensé à chanter en anglais ?

Je ne me sens pas du tout légitime de chanter en anglais. De plus, je ne suis pas sûr que les anglophones aient envie de m’écouter moi ou d’autres Français chanter en anglais (rires). Après, si ce sont des chanteurs très kitsch ou mignons à mon avis, ça peut plaire. Je garde une volonté de raconter des choses et de parler dans mes chansons ce que je peux faire en français comme c’est la seule langue que je manie vraiment et surtout que j’ai lu. Avec le français, je me peux me sentir créatif et pas simplement reproduire des schémas. Je peux jouer avec les mots et inventer mes propres expressions, tout en sachant si ça peut se placer dans un imaginaire ou pas du tout. En anglais, ça n’est pas du tout le cas.

Quels sont vos projets pour le futur ?

J’ai mon premier album qui sort le 8 février donc là je prépare la tournée de l’album. Je cherche des musiciens et puis je dessine des scénographies pour essayer de trouver la meilleure manière de jouer en live.

Et pour finir, où est-ce que vous vous voyez dans 10 ans ?

Je me vois dans une grosse baraque au bord de l’eau (rires). J’aimerai habiter dans un endroit un peu plus reculé au bord de la mer. Et peut-être faire un peu moins de concerts, parce que si ça se trouve, j’en aurai marre. Attends ! Je dis ça mais dans 10 ans, je ne serai pas si vieux que ça. Recommençons ! Dans 10 ans j’aimerai avoir beaucoup voyagé à travers ma musique et voir ma musique s’exporter. Ça c’est vraiment un projet, même si ça n’est que pour des toutes petites niches de personnes qui écoutent ma musique à l’étranger. J’aimerai bien savoir que je peux aller faire des tournées en Amérique du Nord, en Afrique et qu’il y ait un public qui m’attend.

  

Partager

à voir également