On a rencontré Luc Plamondon pour marquer la venue de Notre Dame de Paris à Londres
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On a rencontré Luc Plamondon pour marquer la venue de Notre Dame de Paris à Londres

Estelle Nilsson-Julien le 21.11.18

C’est avec un accueil chaleureux que nous sommes reçus à l’Office du Gouvernement Québécois à Londres, dans le cadre de notre rencontre avec Luc Plamondon. À 76 ans, il conserve toujours son allure de rockeur, vêtu d’une veste en cuir noire et de lunettes noires teintées. Mais lui c’est un rockeur version sourires et rires, qui a collaboré avec Céline Dion, Barbara pour ne citer qu'elles. Ce parolier de notoriété internationale incarne parfaitement l’amitié et même l’histoire d’amour entre la France et le Québec.

Dans les années 70, il écrit Starmania avec Michel Berger, une comédie musicale qui marque toute une génération et propulse la carrière d’artistes qui deviendront des stars de la chanson française comme Daniel Balavoine ou encore Fabienne Thibeault. Puis il collabore avec le compositeur Richard Cocciante pour créer Notre Dame de Paris, une comédie musicale inspirée du roman de Victor Hugo. C’est l’histoire d’amour entre le bossu de la cathédrale Notre Dame, Quasimodo, et Esméralda. Célébrant les 20 ans du spectacle, Notre Dame de Paris revient à Londres (étant déjà passée en 2000) pour sept représentations au London Coliseum du 23 au 27 janvier 2019. Rencontre.

Ayant grandi au Québec, comment avez vous découvert la culture et littérature française ?

À l’âge de 12 ans, je suis rentré au séminaire pour être prêtre avant de partir chez les Jésuites au bout de 4 ans. Je dirai qu’à l’époque on avait une très bonne éducation de la culture et langue française. J’ai pu faire 6 ans de grec ancien, de la littérature et puis étudier aussi bien les poèmes de Ronsard que les pièces de Racine et Molières.

Est-ce que vous maîtrisez aussi l’anglais, deuxième langue du Québec ?

J’ai commencé à parler l’anglais à 22 ans en venant à Londres pour le première fois. Cela m’a donné une certaine affinité avec Londres. À chaque fois que je viens, j’adore me promener, surtout à Chelsea. Après, c’est sûr que ça s’est banalisé comparé à mon époque. Je suis arrivé en 66, 67 c’était le « swinging London », les Beatles avec leur chef d’œuvre « Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band », l’explosion de Mick Jagger et les Rolling Stones avec « Let’s Work ».

Et vous avez côtoyé tout ce monde-là ?

Oui et on était tous costumés en habits militaires, pour rire. Sloane Square, King’s Road c’était la folie. Je me souviens avoir vu Mick Jagger passer dans sa décapotable et que toute la foule était là, à s’exciter. Il y avait aussi les premiers punks, avec leurs habits et coiffures colorées. J’ai aussi connu Carnaby Street à l’époque, je me souviens d’avoir acheté un costume avec une cravate noire bleue nuit et des gros pois blancs. C’était très excentrique! (rires) et je l’ai porté au mariage de ma sœur.

Et c’est fini alors les costumes à petits pois ? Vous êtes passé au look rockeur ?

J’ai gardé tous ces habits (rires), j’ai même un costume bleu à pattes d’éléphant à motif d’avions. Quand je les voie, je me demande comment j’ai fait pour être aussi mince!

Vous revenez souvent à Londres ?

Je garde un attachement à cette ville mais c’est vrai que je reviens de moins en moins souvent depuis plusieurs années. Je dors toujours au Blakes Hotel, un hôtel tout noir, constitué de cinq maisons. C’était vraiment le tout premier boutique hôtel, où chaque chambre est décorée différemment et à une époque beaucoup de monde passait par là.

Notre-Dame-de-Paris est déjà passé à Londres en 2000, non ? Comment s’est déroulée cette expérience ?

On a joué pendant un an et demi en anglais au Dominion Theatre, mais on se l’ai fait piquer par la comédie musicale We Will Rock You ! On a donc quitté Londres parce qu’on n’envisageait pas de se déplacer dans un théâtre plus petit.

Alors pourquoi ce retour à Londres en 2018 ?

C’est le producteur Adam Blanshay qui nous a contacté et nous a fait une proposition. Jouer en anglais à Londres en 2000 nous a donné énormément de visibilité. Des gens du monde entier sont venus nous voir. Tout d’un coup, aussi bien les Russes que les Italiens ou les Chinois voulaient jouer Notre Dame de Paris dans leur langue.

Est-ce que la mise en scène de Notre Dame de Paris a changé depuis ses débuts ?

Non ! On reprend la même chose et pourquoi pas ? Ça marche bien et puis nous, on aime ça! Les chorégraphies sont formidables, ce qui est très difficile à perfectionner, surtout avec une telle comédie qui est tout de même historique (rires). Jusqu’à maintenant on a fait 1 200 000 représentations dans le monde avec plus de 10 millions de spectateurs.

Est-ce que vous travaillez avec les traducteurs lors de la traduction de la pièce dans d’autres langues ?

Je pense qu’on est traduit dans environ 13 langues. J’ai beaucoup travaillé avec le parolier Américain Will Jennings qui a écrit la fameuse chanson My Heart Will Go de Titanic et gagné deux Oscars. C’est aussi un fou de la littérature française donc on s’est dit : « c'est lui qu’il faut prendre! ». Il me disait tout le temps que ma poésie l'étouffait et qu’il ça lui mettait une certaine pression d’écrire des paroles aussi belles. Je lui ai dit que je ce n’est pas de la poésie que j’écris mais des paroles de chanson, j’emploie un langage très direct. Dans une comédie musicale, on écrit de l’action, pas simplement de belles paroles. C’est un travail particulier, il faut traduire, conserver le sens, tout en inventant de nouvelles rimes.

Est-ce que vous avez hésité à traduire la pièce en anglais vu que vous êtes un grand “défenseur” de la langue française ?

Des fois, on se dit avec Richard Cocciante qu’on aurait mieux fait de jouer en français, avec des sous-titres, comme on fera à Londres. On n’y avait même pas pensé mais quand on est partis en Chine en 2000, le rideau s’est levé et puis tout d’un coup, on retrouve un déroulant en Chinois. Après il y avait d’autres pays Asiatiques qui voulaient uniquement le spectacle en anglais. C’est marrant parce que ceux qui ont vu le spectacle en France ont voulu l’exporter en langue française.

Et comment vous est venue l’idée d’adapter Notre-Dame-de-Paris en comédie musicale ?

Je cherchais un grand sujet. Je me disais mais est-ce qu’il en reste un ? Pendant les années 80, j’avais l’impression qu’on avait tout eu et tout vu. Il y a eu la comédie musicale de Les Misérables, Le Fantôme de l’Opéra, etc. C’est en feuilletant un dictionnaire de personnages littéraires que suis tombé sur Quasimodo et je me suis dit : «ah ! Il y a eu des films, des livres, des ballets de Notre Dame de Paris mais pas de comédie musicale !».

Il y a aussi eu le dessin animé de Disney ?

Oui, on avait écrit la moitié de la comédie avant de découvrir que Disney faisait son dessin animé, ça nous a tué. Je l’ai appris par le patron de Disney Paris. Il m’avait convoqué dans leurs bureaux magnifiques, situé sur les Champs Elysées. Il cherchait un parolier pour une adaptation d’un livre au cinéma. Sauf qu’ils ne voulaient pas me dire quel livre ils adaptaient comme c’était un secret. C’était comme si on m’avait mis un coup de batte de baseball sur la tête. J’ai failli me faire écraser par une voiture quand je traversais les Champs-Elysées en appelant Richard Cocciante. Finalement ça nous a donné un coup de main parce que tous les jeunes voulaient aller voir la comédie, après être allés au cinéma.

Et pourquoi faire du Hugo ?

J’ai pensé à faire Roméo et Juliette et puis je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas assez de matière ou d’histoire. J’ai trouvé ça plus intéressant d’adapter un roman parce que ça n’est pas aussi cadré et défini qu’une pièce de théâtre, où tous les éléments sont déjà là. J’ai fait plus de place aux personnages que le fait Hugo. Il décrit leurs souffrances, leurs envies, leurs désirs, mais les fait très peu parler. Après dans le roman, il y a 45 personnages et moi j’en ai choisi que quelques-uns, afin de vraiment approfondir leurs histoires. J’avoue que j’aurai eu envie d'appeler la comédie Esmeralda. Avec Richard Cocciante c’était vraiment un échange extraordinaire, je lui donnais mes paroles et le lendemain il avait déjà composé toute une mélodie.

En quoi la comédie musicale de Notre Dame de Paris se démarque-t-elle des autres adaptations ?

Je suis le seul à avoir gardé la pendaison d'Esmeralda, les autres adaptations ont tous choisi des happy endings. C’est comme le film Les Misérables, tout est embelli. J’ai entendu un petit garçon dire: « mais maman, il est méchant le Monsieur qui a écrit ça parce qu’il a tué tout le monde et même Esmeralda».

Et ça ne vous intéresse pas ça, de créer une version embellie du monde ?

Embellir les choses enlève beaucoup d’émotion. Je me suis rendu compte à la fin de l’écriture du spectacle que le moteur de la trame dramatique dans cette histoire c’est le désir. Il n’y a que du désir finalement et pas de consommation. Je trouvais le personnage de Quasimodo tellement beau et puis, étant passé par le séminaire, le personnage de prêtre me parlait beaucoup tout comme celui du poète Gringoire. C’est lié à mon histoire personnelle, étant rentré au séminaire pour faire prêtre et ressorti en poète.

Et est-ce que vous allez fêter les 40 ans de Starmania ?

Bien sûr ! Starmania reste le chef d’œuvre de ma vie. Hormis Richard Cocciante, la seule autre personne avec qui j’ai eu une collaboration aussi incroyable c’est Michel Berger. C’est fou, il y a des gens qui écoutent le disque de Starmania depuis 40 ans. Cette année on fête, les 20 ans de Notre Dame de Paris et l’année prochaine les 40 ans de Starmania. On monte une nouvelle production de Starmania à Paris pour célébrer cela. Alors qu’on développait, la mise en scène de Notre Dame de Paris, Starmania est passé par sept productions françaises.

Sinon, quels sont vos autres projets ?

J’écris actuellement une comédie musicale sur Schubert que j’ai transporté au présent. J’ai mis plus longtemps que prévu néanmoins, parce que je n’avais pas un Michel Berger ou un Richard Cocciante à mes côtés (rires).

Réservations ici.

Crédits photos : Alessandro Dobici et Barbara Daniel

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