Avoir 20 ans à Londres avec Blanche
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Avoir 20 ans à Londres avec Blanche

Estelle Nilsson-Julien le 29.10.18

On retrouve Blanche Bosman, une comédienne Belge de 20 ans, à London Bridge. Elle se dit: “plutôt réservée et introvertie” dans la vie de tous les jours mais une fois sur scène, elle change du tout-au-tout. Membre du National Youth Theatre, elle a quitté la Belgique à l’âge de 10 ans pour aller habiter à Avignon, avant de rejoindre Londres il y a 6 ans.

“Avant le théâtre n’existait même pas pour moi, je n’en avais jamais fait”

C’est par hasard qu’elle est rentrée dans le monde du théâtre : “j’ai redoublé ma 3ème et je n’avais plus envie d’aller au lycée si je ne pouvais plus être dans la classe de mes amis”. Son père lui a proposé de faire du théâtre. “Avant le théâtre n’existait même pas pour moi, je n’en avais jamais fait”. Elle s’est donc lancée en suivant un BTEC Level 2 (équivalent Brevet) en Performing Arts pendant un an. “J’ai fais trois 3èmes!”. En parallèle, elle prenait aussi des cours à la Royal Central School of Speech and Drama : “j’y ai rencontré des gens passionnés qui m’ont donné envie de continuer cette carrière”. Durant cette année, comme une révélation, Blanche est vraiment devenue accro au théâtre. Auparavant elle voyait ça comme : “un monde inaccessible, je n’imaginais pas du tout qu’il soit possible de faire carrière en tant que comédienne”.

Après cette année d’initiation, Blanche passe des auditions pendant deux ans. Elle le faisait sans vraiment savoir vers où elle se dirigeait, se mettant aussi à l'écriture. “Je trouve que les monologues et textes écrits pour les femmes ne sont souvent pas très intéressants, ils sont lourds et reprennent simplement des clichés grossiers”. Elle a posté des monologues face caméra sur Youtube, un exercice très utile : “j’en faisais régulièrement mais il y en a aussi beaucoup que je gardais pour moi. J’ai fait 15 jours dans un camp de vacances à Rose Bruford Theatre School mais sinon je ne prenais pas de cours.”

I Hate Alone

Elle a récemment rejoint le programme Playing Up du National Youth Theatre, où elle a cours deux fois par semaine pendant 10 mois. Elle a adapté I Hate Alone, une pièce de Ellen Brammar en attendant la réponse du National Youth Theatre suite à son audition. Elle reprend 5 monologues répartis à travers la pièce et joue seule sur scène. Sa motivation à la source de ce projet? Surmonter son : “réel problème de procrastination (rires). J’ai lu I Hate Alone pendant une période où j’étais vraiment très seule et je me suis dit qu'il fallait que je fasse quelque chose de ma vie”. Elle n’a à ce jour jamais encore vu la pièce, les représentations ayant lieu dans le Nord de l'Angleterre, où vit Ellen Brammar.

Alors quelle est l’histoire et le message de I Hate Alone? “C’est l’histoire de deux meilleures amies, Chloe et Danielle qui prennent tout de travers et réagissent à tout de façon excessive et cela finit par tourner au ridicule.” Elle se retrouve dans ces deux personnages: “j’exagère souvent les choses et j’imagine que tout est contre moi alors que pas du tout.” Elle a joué sa toute première représentation devant sa famille: “ça leur a tous beaucoup plu. C’est mon père qui a sponsorisé la pièce donc il fallait que ça lui plaise. Mon frère venait de faire une nuit blanche donc s’endormait devant moi, c’était un challenge pour moi de ne pas le prendre personnellement (rires). J’ai fais tout ce que je pouvais pour le réveiller”. Elle a fait quatre représentations dans ce théâtre à capacité de huit personnes.

"En fait dans ma tête je suis à Londres mais pas en Angleterre"

Comme beaucoup d’artistes, Blanche aime bien traîner à Shoreditch : “parce que c’est jeune et ça c’est bien (rires).”  Elle passe aussi beaucoup de temps à la Southbank où se situe le National Theatre. Il y a aussi une librairie: “je peux y passer des heures, dans mon fauteuil avec ma grosse pile de livres. Je passe un temps fou à lire des pièces et à chercher des monologues.” Sinon Blanche va à Greenwich : “c’est très mignon et les couchers de soleil qu’on peut voir du parc sont magnifiques”. Elle habite à Blackheath: “un quartier où il y a un peu de tout, et même si ce n’est pas au centre de Londres il y a de bons restos et une bonne ambiance”. Il y a un festival de musique là-bas non? “Oui! J’y suis déjà allé, c’est vraiment top, je le recommande.”

Blanche a pour projet de rester à Londres et nous confie qu’elle a seulement commencé à se soucier du Brexit récemment. Au niveau de sa vision des Anglais, elle ne se sent pas très connectée à l'Angleterre: “ Dans ma tête je suis à Londres mais pas en Angleterre. Je suis Belge mais Londonienne”. Elle nous raconte également qu’elle est Belge et Burundaise mais ne se sent pas du tout africaine. Elle nous révèle tout de même qu’elle a du sang royal: “mon arrière grand-père était le Roi du Burundi. Pour moi c’est un fun fact, mais sinon c’est pas plus que ça. La dernière fois que j’y suis allée j’avais 6 ans et c’était pendant la guerre civile. Du côté de mon père j’ai des origines hollandaises, la famille de mon père habitait à Rotterdam et la plupart de ma famille est partie dans des camps de concentration pendant la guerre. J’ai des histoires “lourdes” des deux côtés.”   

Elle apprécie Bruxelles mais trouve que c’est : “un peu mort comparé à Londres et puis la scène artistique ne m’inspire pas beaucoup”. Cet été elle y a suivi le Cours Florent (une école de théâtre française) : “ça ne m’a pas trop plu car la manière d’enseigner est ancienne et les textes que l'on étudie aussi’. “Parfois je me dis que j’aimerai bien écrire en français pour apporter du nouveau et partager ce que j’ai appris en Angleterre”. Mais étant toujours en formation, elle ne s’en sent pas capable pour l’instant.

Grand rêve: "acheter ou construire le meilleur théâtre de Londres"

Côté projets elle joue dans Super Blackman au Battersea Arts Centre en novembre. Elle compte aussi reprendre son adaptation de I Hate Alone au Camden People’s Theatre et au Fringe Festival en août. Mais son grand rêve, c’est de monter plus de spectacles avec sa compagnie Very Cliché en : “achetant ou construisant le meilleur théâtre de Londres”. Elle va au théâtre plusieurs fois par semaine. La dernière pièce qu’elle a vue est Consensual du REP Company, une autre troupe du National Youth Theatre qu’elle souhaiterait intégrer après Playing Up.C’est un entraînement intensif de 10 mois pendant lesquels tu joues 3 pièces en 3 mois. Il y a une énergie magnifique et une très bonne cohésion au sein du REP Company”. Elle nous explique qu’avec le National Youth Theatre le but c’est vraiment de jouer en tant que groupe, pas en tant qu’individu, il n’y a pas de "star". Dans l'avenir, Blanche se voit metteur en scène mais pour l’instant avoue qu’elle serait : “trop jalouse des comédiennes, je veux avoir mon moment à moi (rires) pour ensuite laisser aux autres comédiens leur tour.”

3 dramaturges/ écrivains préférés:

  • Denis Kelly (avec DNA notamment)
  • Ellen Brammar (I Hate Alone)

  • Stef Smith

Insta: @blanchouuu @veryclichecompany

blanchebosmanpro@gmail.com

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