Rencontre avec l'artiste Laurence de Valmy qui réinterprète des classiques de l'art: version Instagram
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Rencontre avec l'artiste Laurence de Valmy qui réinterprète des classiques de l'art: version Instagram

Estelle Nilsson-Julien le 18.10.18

Laurence de Valmy est une artiste française vivant actuellement à Philadelphie aux États-Unis. Elle allie l’histoire et l’art à travers sa série de peintures intitulées POST, qui fait voyager dans le temps en étudiant la relation entre l’art et les technologies modernes. Laurence reprend des chefs d’œuvres et les resitue au 21ème siècle en les cadrant dans le décor d’un post Instagram. Elle apporte une dimension historique à ses œuvres en exposant les relations entre différents artistes célèbres dans la section des commentaires Instagram de ses œuvres. Ses œuvres font aussi partie de la collection privée d’Hubert Burda, de la famille Abrishamchi et de la fondation Eileen Kaminsky. Elle est exposée à la Kahn Gallery à The Affordable Art Fair de Battersea du 18-21 octobre.

Est-ce que vous avez suivi des études d’histoire de l’art ?

J’ai fait des études d'économies et ensuite j'ai orienté ma carrière vers la communication tout en faisant de la peinture en parallèle. J’ai commencé à me consacrer à l’art en 2003-2004 lors de mon année de césure aux États-Unis et c'est depuis 2015 que je m’y adonne entièrement. L’art a toujours été ma plus grande passion, et j’ai surtout eu la chance d’avoir une Maman artiste qui petite, mettait à ma disposition tous ses matériaux et m'emmenait régulièrement voir des expositions.

Comment l’idée de la série POST vous est venue ?

Je cherchais vraiment à allier mes passions, entre l’histoire de l’art, la peinture et la communication. Je m’intéresse plus spécifiquement à l'individu avant l'artiste et ensuite à son interaction avec les autres. Instagram prend une place de plus en plus grande dans notre société et nous montre l'importance qu'il y a pour un artiste de maintenir une relation avec son public. C'est un média intéréssant car ils peuvent communiquer, s’exposer et faire des rencontres.

Comment sélectionnez-vous les artistes que vous reprenez ? Est-ce que vous les choisissez par rapport à votre coup de coeur ou vous reprenez ceux qui ont une histoire intéressante ? 

Au départ, j’ai beaucoup travaillé autour et sur les artistes du mouvement du Pop Art, dont Warhol et Lichtenstein. Ce sont des inspirations pour moi et finalement je considère que je crée du Pop Art. C’est souvent au fil de mes lectures et en fonction de mes goûts personnels que je sélectionne les oeuvres à reprendre. Quelquefois je débute aussi ce processus en partant d’un angle de réflexion, comme c'est actuellement le cas sur une œuvre qui sera exposée prochainement au SOFA Fair Chicago. Pour cette foire, avec Géraldine Hassler, la fondatrice de Kahn Gallery nous nous sommes dit qu’il faudrait chercher une œuvre qui ait un lien avec la ville de Chicago. Je présente donc une toile inspirée par Souvenir I de Kerry James Marshall qu'il a présenté lors de sa première grande exposition en 1998. La série évoque la lutte pour les Droits Civils en Amérique, un sujet toujours d’actualité. Sinon cela fait un moment que je pense à reprendre l'artiste Frida Kahlo mais je n'ai pas encore trouvé la façon d’évoquer son travail. Je veux vraiment transmettre de l’humour à travers mes toiles ce qui est difficile avec elle, puisque  son univers n’est pas très drôle.

Combien de temps prenez-vous à effectuer les recherches qui précèdent la création d'une œuvre de la série POST ? Et combien de temps mettez-vous à réaliser la partie peinture du processus ?

Ça dépend, il y a des œuvres plus “complexes” à réaliser que d’autres. J’ai fait énormément de travail sur Andy Warhol, ce qui a été facilité par la publication de nombreux livres et de son “diary” très détaillé. Avec certains artistes je peux avoir plus de mal au niveau de la recherche, surtout au niveau de l'obtention de dates précises (c’est un détail important car la date de publication du post Instagram fait partie de l’œuvre). Internet me permet néanmoins d’avoir accès à un catalogue très important d’informations et puis je lis aussi beaucoup de biographies. Finalement une œuvre est aussi souvent le résultat d’informations accumulées sur de nombreuses années. Une peinture peut prendre parfois une semaine ou bien un mois à réaliser mais reprend surtout 20 ans de pratique. 

Est-ce que vous pouvez partager une découverte intéressante que vous avez faite sur un artiste en effectuant vos recherches ?

J’ai décidé de réinterpréter Le Baiser, de Gustave Klimt, une œuvre presque autant connue que La Joconde. Je n’avais tout de même jamais entendu parler de sa muse, Emilie Flöge qui était aussi styliste et créait les robes qui figurent dans les peintures de Klimt. De son vivant elle était pourtant connue et j'ai eu envie de l'intégrer dans mon POST. L’histoire des modèles d’artistes sur qui on connaît finalement assez peu de choses m’intrigue.

Est-ce que vous avez une œuvre préférée parmi la sélection POST ? Combien est-ce que vous en avez réalisé jusqu’à présent ?

J’ai repris l'Olympia d’Édouard Manet, un tableau que j’ai eu l’occasion de voir en tant qu’adolescente à la suite de l’ouverture du Musée d’Orsay à Paris en 1986. Cette toile de taille impressionante a fait scandale lors de sa parution en 1865, à cause de la nudité. L’histoire de Victorine Meurent, la modèle de Manet, m’a captivée. Pour ma série POST, j'ai réalisé un peu plus d'une cinquantaine d'œuvres avec des toiles de petit format (35 cmx27 cm) et d’autres assez grandes (1.5mx1m). Sur mes toiles les plus récentes, j’ai réalisé plusieurs diptyques qui permettent de souligner le lien entre deux artistes ou deux œuvres.

Est-ce que vous vous concentrez sur une période en particulier ?

Pour l’instant je me consacre au 19, 20 et 21èmes siècles et je ne suis pas remontée au-delà. Je ne sais pas si j'explorerai des artistes plus anciens car plus on remonte et plus c’est compliqué de récupérer des informations sur les artistes.

Les œuvres d’art que vous reprenez sont des classiques plutôt “éternels”. Avez-vous une crainte que vos œuvres vieillissent mal ou qu'elles se démodent ? Si à l’avenir Instagram disparaissait du jour au lendemain auraient-elles le même effet ?

Non, parce que je n’en suis pas encore à réfléchir à où on en sera dans 50 ans (rires). Je pense que mes œuvres ont le mérite d’être le reflet de notre époque, d’une des façons de communiquer actuellement. Et puis j’espère qu’elles ont un côté intemporel puisque justement elles ont leur place dans l’histoire, reflétant notre manière de communiquer aujourd’hui mais pour des personnes qui n’ont pas eu accès à ces outils.

Vous tenez aussi un blog The Curious Frenchy d’où est venue cette idée ?

J’avais envie d’animer les personnes qui me suivent mais je voulais faire ça sans parler uniquement de moi, de ma peinture et de ma technique. J’ai l’occasion de rencontrer pleins de gens intéressants et passionnés par ce qu’ils font, du coup je me suis dis pourquoi pas me mettre à écrire. J’ai fais une première interview et je me suis prise au jeu, c’est un moyen chouette pour pouvoir mieux connaître les gens.

Est-ce que vous avez assez d’inspirations pour continuer cette série d’œuvres pendant un moment encore ?

Ça fait seulement un an et demi que je me consacre entièrement à cette série, avec le lancement qui a eu lieu en décembre dernier à Miami. Donc pour l'instant j'ai pour projet de continuer cette série.

Quelle est votre galerie d’art préférée à Londres ? Avez-vous d’autres projets sur Londres ?

Je ne suis pas retournée à Londres depuis assez longtemps mais je peux vous citer la mienne (rires), c’est la Kahn Gallery. Je suis ravie de faire partie des artistes invités par l’association caritative Art on a Postcard pour leur Secret Auction aux côtés d’artistes établis dont Marina Abramovic. L’exposition aura lieu du 13 au 16 novembre au We Work de Devonshire Square et il est possible d’acquérir les œuvres en ligne.

Pour plus d'infos sur Laurence de Valmy c'est ici.

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