William Hanson, le roi des bonnes manières à l'anglaise
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William Hanson, le roi des bonnes manières à l'anglaise

Nadège Alezine le 16.10.18

C’est en lisant Bluffers’s guide to Etiquette écrit par William Hanson qu’on apprend que l’étiquette est un concept qui a été invité par le roi soleil, Louis XIV. Ces règles écrites étaient disséminées dans l’enceinte du château de Versailles afin que la cour sache comment se comporter convenablement. Une de ces premières étiquettes aurait été « défense de marcher sur le gazon ». 

Mais même si l’étiquette est une invention française, ce sont, sans conteste, les Anglais qui lui ont donné ses lettres de noblesse, la continuité de leur monarchie en est sûrement pour quelque chose. 

Vous ne le connaissez peut-être pas, mais William Hanson est le spécialiste de l’étiquette en Grande-Bretagne. Il prodigue ses précieux conseils à tous ceux qui ont besoin des bonnes manières pour naviguer parmi les grands de ce monde. Rencontre. 

Qui a le plus besoin des conseils d’un coach en étiquette de nos jours ? Qui sont vos clients ? 

J’ai beaucoup de chance car les questions d’étiquette concernent tout le monde en théorie, donc mes clients, ce sont tous ceux qui doivent interagir avec les autres ! Mais plus précisément, je travaille avec des individus qui ont besoin de se distinguer socialement ou professionnellement, des entreprises qui ont besoin d’investir dans la formation de compétences interpersonnelles et des groupes étrangers qui visitent la Grande Bretagne et qui veulent comprendre l’histoire et les coutumes des Britanniques. 

Racontez-nous comment vous êtes devenu le meilleur coach en étiquette de Grande-Bretagne ?

Ma grand-mère m’a offert un livre sur l’étiquette à Noël quand j’avais 12 ans. C’est ce qui a déclenché mon intérêt sur le sujet et je me suis mis à lire plus de livres sur le sujet, pendant mon temps libre. Et puis, à 17 ans mon école m’a demandé si je pouvais enseigner l’art de mettre la table à une classe de 4e. Je ne me doutais pas à l’époque que cela deviendrait mon moyen de payer les factures ! J’ai eu beaucoup de chance d’être là au bon moment mais l’élément clef, c’est tout de même qu’il faut savoir pratiquer ce que l’on enseigne. On ne peut pas devenir un expert sur un sujet sans le vivre pleinement. 

Quelle sorte d'éducation avez-vous reçu, enfant ? 

J’ai eu une enfance très heureuse et je suis allé à l’école à Bristol. Mon école était privée mais personne n’y enseignait les bonnes manières et l’étiquette jusqu’à moi ! Il paraît que quelqu’un, que je ne connais pas, a repris mon cours sur les règles à suivre pour convenablement disposer les couverts à table, 12 ans après ! 

Selon vous, pourquoi est-ce que l’Angleterre est reconnue pour être le pays des bonnes manières ?

Je pense que nous sommes une population très réservée et nous sommes connus pour notre politesse et notre attention aux autres, c’est probablement dû au fait que nous ne sommes pas connus pour autre chose, comme la gastronomie, la mode ou l’art.

C’est aussi sûrement dû au fait que nous vivons sur une petite île et que nous ne pouvons pas pousser notre sphère d’influence sur les autres, sans se préoccuper des conséquences, comme en Amérique par exemple. Nous avons toujours vécu dans une extrême proximité avec les autres et les bonnes manières sont justes une façon que l’on a trouvée pour montrer notre considération aux autres.

Pourquoi pensez-vous qu’on ait besoin de votre expertise sur les bonnes manières, surtout de nos jours ? Comment expliquez-vous le succès de votre rubrique sur le Mail online, sur le sujet ?

Gosh ! Je ne sais pas pourquoi les gens l’aiment tant ! Je ne suis pas sûr que les gens l’aiment vraiment mais plutôt que c’est très lu. Un de mes anciens rédacteur en chef m’a dit un jour que c’était parce que je parle de choses taboues. Depuis le milieu des années 90, cela ne se fait plus de parler de classes sociales, de mobilité entre les classes ou de prendre des airs supérieurs, mais je me fiche de savoir si c’est le cas ou non. Cela se passe et cela se passera toujours, que les gens aiment ça ou pas. Le risque est que les gens prennent tout cela au pied de la lettre. J’essaye de m’en amuser et de ne pas prendre tout cela trop sérieusement et j’espère que les lecteurs les plus perspicaces s’en rendent compte. 

Vous utilisez beaucoup l’humour, que ce soit dans vos Podcasts ou vos articles. Dans quels cas selon vous l’humour ne doit-il pas être utilisé devant un VIP, par exemple ?

Il faut se rappeler que les VIP sont avant tout des gens et que comme tout le monde, ils ont le sens de l’humour. Bien sûr, le sens de l’humour est subjectif mais je pense que la plupart des gens avec un cerveau comprennent l’humour. Ma règle c’est d’utiliser l’humour seulement si ce n’est pas forcé ou si cela ne nuit pas au sujet ou à l’évènement en cours. Il paraît que la Reine a avoué que lorsqu’elle a l’air très sérieuse c’est parce qu’elle essaye de ne pas éclater de rire. Mais je ne recommande pas d’aller vers un VIP en essayant à tout prix de faire de l’humour. Il ne faut pas se forcer ! 

Quel est, selon vous, le pays dont les habitants ont le plus besoin de vos conseils ? 

Je trouve que tous les pays ont besoin de conseils. Je n’aime pas beaucoup comment tout tourne autour de l’argent aux États Unis, et à quel point ils peuvent être nombrilistes certaines fois mais j’adore leur optimisme et leur façon d’aller de l’avant. Chez les « Brits », j’adore leur sens de l’humour et leur manière de s’obséder sur des petits détails. Par exemple, quand HRH la duchesse de Sussex a fermé elle-même la porte de sa voiture la semaine dernière, cela a déclenché une réaction hilarante ! Sinon, je n’aime pas comment les Britanniques sont parfois leur pire ennemi et peuvent être insulaires et introvertis. 

Le plus gros marché pendant quelque temps a été la Chine. Les règles de bien séances à tables sont tellement diamétralement opposées au nôtre en orient, car il n’y en a pas. Étant désireux de bien se tenir à table à l’ouest, les chinois ont vraiment essayé de comprendre ces règles et de les adopter. C’est d’ailleurs très dommage que les Occidentaux ne fassent pas de même.  

Pouvez-vous donner des conseils sur l’étiquette qui se pratique en Grande-Bretagne ? Comment doit-on se comporter devant la Reine ou un membre de la famille royale, par exemple ?

Même si le protocole royal s’est considérablement relâché depuis 1952, date à laquelle la reine a accédé au trône, il est toujours de mise d’attendre qu’elle s’adresse à vous et d’attendre qu’elle vous tende la main en premier. 

Lorsqu’on s’adresse à elle, on doit se référer à elle en l’appelant « Votre majesté » tout d’abord puis « Ma’am », ce qui rime avec « Jam ». En ce qui concerne les sujets britanniques, nous devons nous incliner avec le cou, pour les hommes, et faire la révérence, pas trop bas, si on est une femme. Mais cela dit, on est en 2018, c’est plus libre alors si vous êtes un homme et que vous voulez faire une révérence, faites-le ! Je détiens d’ailleurs le record du monde Guinness de tirage de révérence, ce qui fait la fierté de mes parents !

On est en plein âge du tout digital. Comment appréciez-vous l’utilisation du téléphone portable en public ? 

Les portables sont une épidémie ! Dans toutes les grandes villes du monde, les gens traînent dans les rues, sur le quai du métro, dans les magasins car ils sont hypnotisés par leurs téléphones. C’est terrible car cela freine tout le monde. Ils doivent sûrement être si occupés qu’ils se doivent d’être continuellement rivés sur leurs portables. La plupart du temps, quand je regarde ce qu’ils consultent sur leurs téléphones de si important, c’est pour voir qu’ils consultent quelque chose de trivial ou leur Instagram. Les téléphones portables devraient être utilisés comme un complément de notre vie sociale et non pas comme un remplacement de celle-ci. Et, si vous voulez consulter votre fil Instagram, ne le faites pas quand vous êtes dans la rue, non de dieu, mais mettez-vous sur le côté pour le faire ! 

Que ne doit-on jamais faire, en toutes circonstances ? 

Oublier les bases ! Je peux pardonner quelqu’un qui ne connaît pas une chose un peu niche sur l’étiquette mais il n’y a aucune excuse à ne pas dire merci, s’il vous plaît ou désolé. On ne peut jamais assez dire merci, surtout si quelqu’un vous a bien rendu service.

Vous avez publié The Bluffer’s guide to Étiquette. En quoi ce livre est-il toujours d’actualité aujourd’hui ? Est-ce une tentative de briser la barrière des classes avec style et humour ? 

Au départ, je voulais l’appeler le Bluffer’s guide to Étiquette for the less socialy fortunate mais ils ne m’ont pas laissé faire. Ce livre est un guide amusant sur comment se comporter dans l’aristocratie et la haute bourgeoisie anglaise. Il y a des conseils très sérieux et utiles, certes, mais aussi beaucoup de sarcasmes, de remarques piquantes sur le sujet. 

Selon vous, pourquoi le Français est-il souvent considéré comme mal élevé ici ? 

Et bien, puis-je me permettre de dire que 1789 en est peut-être pour quelque chose ? Pas entièrement peut-être non plus mais comme j’ai la chance d’aller en France tous les ans depuis toujours, je sais qu’il existe une grande proportion de la population qui est très bien élevée et charmante.

Mais je pense aussi qu’en Grande Bretagne on aime aussi bien taquiner nos voisins, et comme vous êtes nos plus proches voisins, c’est sur vous que c’est tombé ! 

  A lire aussi en ligne sur le site de William Hanson. 

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