Rencontre avec Anne Sophie Cochevelou, l'artiste qui joue à la poupée
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Rencontre avec Anne Sophie Cochevelou, l'artiste qui joue à la poupée

Mathilde Riboulleau le 11.09.18

C’est dans son appartement et atelier à Manor House, que Anne Sophie Cochevelou nous accueille. Lorsqu’elle ouvre la porte, la voilà vêtue d’une longue robe rouge à froufrou, un collier faits de petites brosses roses de Barbie, des fleurs et des chaines en or dans les cheveux. Son atelier est rempli de caisses de jouets, de tissus et de ses créations accrochées un peu partout sur des portants. Originaire de la région parisienne, Anne Sophie était auparavant étudiante en prépa Khâgne. Dans sa famille, des architectes et des ingénieurs. Une chose est sûre, elle ne s’attendait pas forcément à devenir « la créative de la famille » dit-elle en souriant. A 28 ans, cela fait aujourd’hui 7 ans qu’elle vit à Londres. 

Le saut vers la Central St Martins 

Tout commence lorsque Anne Sophie se lasse un peu en prépa. En option théâtre en prépa, au fond d’elle, elle est sûre qu’elle fera une carrière artistique. Tout change lorsque son père lui demande  : si tout était possible qu’est ce que tu voudrais faire ? Anne Sophie lui répond qu'elle rêve de faire la Central St Marins. Aussitôt dit, aussitôt fait, elle envoie un dossier pour le master Performance, design and practise. A sa grande surprise, elle est acceptée.  L’aventure londonienne commence.

Prédestinée à faire des costumes 

Pendant ses deux ans de master, elle ne cesse de s'enrichir. Les premiers mois, la créatrice est plus accès sur la performance, le son, la lumière et se dirige ensuite naturellement plus vers les costumes. Étant jeune, Anne Sophie adorait les soirées déguisées et cousait déjà de ses mains des accessoires et des vêtements. Elle a toujours adoré le bricolage, le théâtre et les arts plastiques. A la fin de son master, elle se fait connaître avec son projet de fin d'études : une robe cousue en LEGO, qui fut une super vitrine pour ses projets futurs.

Des volumes et des couleurs pleins les yeux

Aujourd’hui, Anne Sophie se considère comme une artiste mais : « je n’aime pas trop, c’est un peu prétentieux de dire cela peut être » ajoute t-elle en rigolant. Finalement, pour se définir aujourd’hui, Anne Sophie dirait qu’elle est une « wearable art maker ». L'artiste est passionnée par la couleur, elle a toujours expérimenté, et sans limites. Elle fait notamment beaucoup de vides greniers, de marchés pour récupérer des objets et les transformer. Elle donne une deuxième vie aux objets.

Anne Sophie créée des pièces pour elle mais elle travaille aussi avec des Musées comme le Southbank Centre. Il y a un an tout pile elle avait réalisé un projet avec la marque de chocolat GODIVA. L’artiste avait imaginé des robes avec les packaging de boîtes de chocolats positionnées dessus. Elle créée aussi des pièces pour des mariages, des robes originales ou des accessoires. Elle cout des costumes pour des pièces de théâtre. Elle participe chaque année à des événements dans le cadre de la Fashion Week, mais : « mon travail c’est plus de l’art, je n’ai pas de tendances, de collections, de saisons alors je ne suis jamais dans la vraie fashion week, et ce n’est pas là ou je trouve mes clients » raconte t-elle.

Les jouets au centre de ses créations 

Les jouets et l’enfance sont omniprésents dans les créations de Anne Sophie. Elle explique que tout ce qui est lié à l’enfance, à la nostalgie crée un lien direct entre ces créations et les gens. Soit les gens sont hyper positifs, soit ils rejettent totalement mon art : « je trouve ça bien car mes créations ne laissent pas indifférentes, je préfère que les gens aient peur, qu’ils disent que c’est macabre plutôt que rien ». 

Des créations éco-responsables et éthiques 

Lorsqu'Anne Sophie est étudiante, elle n'avait pas un gros budget pour ses créations : « j’allais naturellement dans les poubelles, brocantes, marchés, et ce qui est assez fou, c’est que je le fais toujours même si mon budget est plus élevé, je ne peux pas m’en empêcher » dit-elle en s’amusant. Aujourd'hui, la créatrice trouve que : « être sustainable devient à la mode, je trouve cela triste que les gens utilisent cela comme argument de vente, de marketing ». Ses créations sont extravagantes, colorées mais aussi éco responsables de part son éducation : « j’utilise pratiquement que des matières recyclées, j’essaie de ne pas gaspiller ». 

C’est un fait, la créatrice déclare que « cela fait depuis 7 ans qu’elle n’a pas mis les pieds dans une ZARA ou HM, cela me met très mal à l’aise ». Anne Sophie a vraiment une hantise pour les grandes chaines de mode, elle raconte : « un jour, je faisais un job d’extra, quelqu’un m’a donné des habits Primark, ce n'était pas évident pour moi ». Elle ne pourrait pas bien dormir la nuit si elle savait qu’un habit qu’elle porte n’est pas produit de manière éthique. Mais nuance, Anne Sophie est consciente que l’on ne peut pas être 100 % éthique dans notre société, mais elle est vigilante dans la mesure du possible. 

La mode à Londres vs Paris 

Il est sans doutes que le style londonien est d’autant plus excentrique et libre que celui de Paris. Pour Anne Sophie qui partage cette liberté de style : « s’habiller de manière excentrique et différente à Paris, ce n’est pas encore cela ». Elle explique être restée à Londres, car à Paris elle ne pouvait pas s’habiller comme elle le souhaitait, elle ne se sentait pas à l’aise : « Londres t’es tellement libre, et tu l’oublies parfois car cela devient confortable de t’exprimer du coup tu prends pour acquis et après c’est marrant dès que tu vas dans un endroit paumé ou en France, tu sens l’agression et tu te dis j’ai vachement de chance! ».

Lorsqu’elle va en France, Anne Sophie observe aussi une fascination pour ses créations de la part des français. Elle admet même avoir plus de presse française qu’anglaise : « à Londres c’est presque normal ce que je fais ». Anne Sophie à travaillé un peu à Paris, notamment pour une exposition dans une galerie parisienne dans le Marais. Mais son réseau est situé principalement à Londres. 

Pour la suite, Anne Sophie aimerait ouvrir son studio. Elle se concentre actuellement sur un projet pour le Southbank Centre, une robe bleue à strass, survolée par une vague de déchet représentant la mer, en collaboration avec un célèbre artiste chinois. Elle sera également au London Queer Fashion Show le 21 septembre au Museum of Childhood, l'occasion de pouvoir voir en direct ses créations défiler sur le podium. Elle présentera 10 créations sur des modèles hommes et femmes, de toutes tailles, couleurs, mensurations et sexe, un show qui correpond à sa vision de la mode « ce sont des personnalités plus que des corps ». 

 

Le compte instagram de Anne Sophie : @sophiecochevelou

Le shop online de Anne Sophie : Sophie Cochevelou 

 

Crédits photos : @anthony lycett et @Marie-Paola Bertrand-Hillion

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