Avoir 20 ans à Londres avec Anaïs
EXPAT LIFE

Avoir 20 ans à Londres avec Anaïs

Mathilde Riboulleau le 04.09.18

Lorsqu’on demande à Anaïs d’où elle vient en France, la jeune femme rétorque « c’est un peu compliqué pour moi de dire d’où je viens en France, car j’ai un passé de voyageuse ». En effet, Anaïs est une vagabonde. Elle est née à Toulouse, elle a habité 10 ans en Martinique, un an au Canada, pour ensuite rejoindre l’Ile d’Oléron, Montpellier, et le London Calling a finit par sonner!

Au pair, coupée du monde 

Passionnée de dessin et d’illustration, après avoir bougé partout, Anaïs entre à l’école d’art Paul Valérie à Montpellier. Cela ne dure pas longtemps. Elle profite de la vie pendant quelques mois. Ses parents souhaitent qu’elle continue les études, mais Anaïs est sûre, elle leur annonce « je pars un an à Londres, faire fille au pair, j’apprends l’anglais, et après quand je rentre, promis, je reprends les études ». Chose qui ne s’est pas passée comme prévu, car cela fait aujourd’hui 3 ans qu’elle vit à Londres.  

Lorsqu’elle est au pair, la jeune femme se retrouve dans une riche famille américaine à Fulham. Les enfants sont grands, mais ont besoin d’aide pour les devoirs, et surtout pour le français. Anaïs se retrouve donc à être « institutrice à la maison » comme elle dit. Après trop de pression, et un voyage qui ne ressemble pas à ce qu’elle imaginait, elle reste seulement quelques mois. Pour elle, ce qui devait être une aventure culturelle, faite de rencontres se transforme, en un cauchemar, « je restais enfermée dans ma chambre, je ne découvrais pas le Londres que je connais aujourd’hui! ». 

Anaïs imaginait le Londres punk et rempli d’extravagance. Finalement, elle se dit « d’accord c’est juste une grande ville remplie d’argent et je m’ennuie ».

Anaïs commence donc à sortir, faire la fête. Elle rencontre un Anglais qui lui fait découvrir le pays, et lui tient un message « tu n’es pas au bon endroit au bon moment, arrête d’être au pair, il faut que tu sois fière de toi!». La jeune femme se lance donc et dépose des CV partout dans la ville. Finalement Anaïs a mis 7 mois à se rendre compte que Londres était une ville incroyable. 

Plus londonienne que française 

Depuis sa jeunesse et toutes ces années, la toulousaine a un rapport particulier avec la France :  « La France et moi c’est un peu compliqué...». Anaïs l’affirme, elle se sent plus française qu’anglaise mais plus londonienne que française. Elle a eu du mal à s’adapter en France de ses 13 à 16 ans, mais dit-elle en rigolant « tu ne trouves pas qu’il y a trop de pression en France? »

La jeune manager, fait un constat « les problèmes sociaux, politiques, d’acceptance de soi, la manière de s’habiller, on s’intéresse plus à l’intérieur qu’à l’extérieur: c’est fou. Par exemple, tu vas pas faire d’études en France, tu vas être embêtée. Ici, si tu sais parler, être intéressant, tu vas y arriver. Les gens t’écoutent davantage ». Néanmoins, il y a des pour et des contre dit-elle « cela me manque beaucoup le franc parler, l’honnêteté, alors qu’ici y’a ce côté faux-poli.».

Par hasard dans le vintage 

Durant un mois, Anaïs dépose des CV partout. Elle n’a aucun retours et ses parents ne savent même pas qu’elle souhaite rester. Elle candidate à Brick lane et notamment à la boutique Atika où elle travaille aujourd'hui. Quelqu’un la pousse à donner son cv : « dans ma tête, quand j’ai vu cette boutique, je me suis dis c’est mort, je ne suis pas à la hauteur! ». 

A cette époque, Anaïs n’a pas le style qu’elle a aujourd’hui. Comme elle le qualifie « j’avais le style d’au pair ». Depuis qu’elle est à Londres, Anaïs s’est fait 12 tatouages. Finalement, elle est prise dans deux friperies, dont Atika où elle accepte de travailler. C’est un nouveau départ pour elle « J’ai tout pris ce qu’il y avait à l’intérieur et j’ai tout mis dehors, j’ai toujours été rock and roll mais l’expérience au pair m’a effacée. Depuis la fripe, je me suis lachée, je me suis retrouvée! ». 

Au début de son job, elle loge chez une amie pendant 1 mois. Elle loge ensuite pendant 1 an à Seven Sisters et elle est aujourd’hui à London Fields. Anaïs obtient au début le poste de superviser, elle dirige juste l’équipe et ensuite elle passe au post de manager il y a 2 ans et demi. Aujourd’hui, en tant que manager de la boutique, elle gère le personnel, elle s’occupe du recrutement, du visual merchandising etc..

Le graff, l'illustration et le burlesque 

Anaïs a toujours été créative, et ne regrette pas de garder cela comme passion :  « si tu es payée à la fin, tu fais les choses pour les autres, c’est stressant, je ne dessine plus avec le coeur et je gomme, je gomme, cela ne me donne pas envie ». Elle ne s'intéresse pas qu'à l’illustration mais aussi au graff et au burlesque.

La jeune femme aime aussi beaucoup écrire « j’aime beaucoup la poésie, je trouve que les mots vont bien avec les dessins, du coup quand je graffe, je ne dessine pas, j’écris les mots ».

Anaïs a aussi rencontré une jeune femme dans sa boutique vintage qui réalise des vidéos burlesque. Elle a notamment réalisé des vidéos avec elle où elle porte un total look burlesque en plein China Town à Londres. Pour elle « En France, j’étais pas autant valorisée, la beauté est différente ici et je me sens plus belle à Londres qu’en France. En France, tu t’habilles en noir, tu es catégorisée gothique, ici non! ». 

Un futur flou mais créatif 

Pour le futur, la jeune manageuse, n'a aucun projet précis en vue. Pourtant pas destinée à la vente, Anaïs s'est épanouie à Atika. Mais une chose est sûre, son confort lui manque. Depuis un moment, elle est en couple, et elle ne sort plus énormément comme à ses débuts dans la capitale. « Au bout d’un moment t’en as un peu marre de galérer. Là, je te vends du rêve, je suis manager mais je peux toujours faire mieux et je ne peux pas vivre convenablement tellement Londres est chère ».

Anaïs souhaiterai vivre ici plus tard mais « lorsque je vois toutes mes amies en France qui ont un appartement, des enfants et sortent tout le temps car tout est moins cher, cela me manque ». 

Comme elle le dit, « il va falloir penser à un après, la boutique est chouette et cela me fait mais je suis arrivée ici à 19 ans, et j’en ai 22 mais lorsque j’en aurais 25, cela passera moins.» En tous cas, une chose est sûre : « si on s’arrête d'être actif et créatif à Londres, les gens t’oublient, il faut toujours trouver quelque chose, et le réseau est plus important que le cv comparé à la France! ». 

Les endroits préférés de Anaïs à Londres : 

  • Hackney Marshes 
  • Le Barbican Centre 
  • Le Bussey building à Peckham
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