Quand Amélie Nothomb carbure au thé anglais
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Quand Amélie Nothomb carbure au thé anglais

Sidonie Gaucher le 29.06.18

On dit de la romancière belge qu’elle écrit des contes pour adultes. Son dernier opus, Riquet à la Houppe est un parcours initiatique de l’enfance. Avec Amélie Nothomb, nous parlons de beauté, de laideur et d’amour. Et de Londres, bien sûr.

“C’est par un temps abominable que j’ai découvert Londres. S’en est suivie une rencontre non moins désastreuse avec Vivienne Westwood. Lisez Pétronille, j’y raconte tout !” L’œil pétillant, l’écrivain belge nous assure qu’elle ne demande qu’à changer d’avis sur cette ville où elle n’avait pas remis les pieds depuis près de 13 ans. Elle est d’ailleurs ravie d’avoir pu parcourir la Wallace Collection prévue dans le programme concocté par Christine Afflelou qui l’a invitée à Londres dans le cadre du B&C Club “Je n’avais jamais vu d’aussi belles armes, dagues et armures. Je comprends que l’on puisse faire la guerre, pour porter de si magnifiques costumes !”

Toute la laideur du monde

Son dernier roman, Riquet à la Houppe, est moins une remise au goût du jour du conte méconnu de Charles Perrault, que la version contraire de La Belle et la Bête, que tout le monde connaît : “je n’aime pas la fin de La Belle et la Bête, car il se transforme en prince. C’est absurde ! La Belle tombe amoureuse d’une bête, pourquoi la transformer en prince ? Dans Riquet à la Houppe, Trémière tombe amoureuse de Déodat, un homme qui déploie toute la laideur du monde avec le panache d’un paon. C’est le regard amoureux de Trémière qui le transforme, et il en devient beau.” Or, il en va de l’extrême laideur comme de l’extrême beauté : c’est la même forme d’exclusion pour cause de physique hors-norme et c’est une des thématiques de ce dernier roman. À défaut de pouvoir socialiser normalement, l’exclusion et la solitude s’imposent d’elles-mêmes. “J’ai une amie qui ne correspond pas aux canons de la beauté et qui me parlait d’un livre japonais, Avoir le courage de ne pas être aimé. Cela demande du courage, encore faut-il que la solitude soit choisie ! Ne pas être aimé des gens c’est désagréable, mais ne pas être aimé du tout, c’est insupportable !” On sent le vécu, dans les paroles de l’auteur qui se confie sur les moments terrifiants de l’enfance et particulièrement de la rentrée des classes. Est-ce que le succès d’Amélie Nothomb, à chaque rentrée littéraire, est une panacée aux tourments venus de l’enfance ? “Être un marronnier, c’est à double tranchant. C’est rassurant et terrifiant à la fois. Mais j’ai le secret de l’inspiration, c’est de ne jamais s’arrêter. L’inspiration fonctionne comme une plaie qu’il ne faut pas laisser cicatriser.”

Carburer au thé anglais

Mais alors, comment se passe une journée pour la très fertile Nothomb, enceinte, selon ses mots, de son 93e enfant ? “Par du thé bouillant, en ouverture d’une séance d’écriture entre 4h et 8h du matin. J’ai essayé tous les horaires et maintenant j’écris sous l’influence du thé anglais que je bois à jeun sans sucre. Cela fait exploser ma tête et je me jette sur le papier.” De ces secrets de préparation, il faut retenir un scoop : son prochain roman sera inspiré de la culture anglaise puisqu’il traitera de Ben Jonson, contemporain de Shakespeare, qui a écrit Épicène ou la femme silencieuse. Épicène, un prénom qui pourrait tout à fait se retrouver sur l’état civil souvent loufoque de ses héros. La femme silencieuse, comme Trémière, dans Riquet à la Houppe dont on dit qu’elle est sotte, justement en raison de son caractère contemplatif. “Elle n’est pas sotte, elle doute d’elle. Être silencieuse est interprété en Occident comme de la sottise, mais pas dans d’autres cultures orientales. Et d’ailleurs, lorsqu’elle tombe amoureuse, elle devient futée”, souligne malicieusement l’écrivain. Épicène aussi comme l’adjectif de ce qui est commun à l’homme et à la femme, sans distinction de genre. Une dernière question, alors : dans Riquet à la Houppe, la Belle tombe amoureuse de la Bête, et c’est encore la jolie femme qui aime l’homme laid. Pourrait-on imaginer un conte où l’homme beau tombe amoureux de la femme laide et la rend belle par son regard ? “Cela nous ferait du bien, en effet, mais la société n’est pas encore prête.”

 

Riquet à la Houppe, Amélie Nothomb, Albin Michel. Disponible à la Librairie La Page.

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