Pénélope Bagieu fait des bulles en anglais
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Pénélope Bagieu fait des bulles en anglais

Camille Letourneur le 21.05.18

Comment êtes-vous devenue illustratrice ?

Je dessine depuis que je suis petite. Je ne prenais pas de cours de dessin, je dessinais pendant les cours. Je faisais ça tout le temps, donc j’aurais été assez triste si j’avais fait autre chose. J’ai donc fait une école d’art, et en sortant il fallait que je travaille. Le boulot par défaut, c’est de faire de l’illustration et il y a pas mal d’offres. Et puis le magazine Femina, pour lequel je travaillais, m’a proposée de faire une BD : Joséphine.

Se faire connaître, sortir des BDs, c’est un peu le rêve de tout illustrateur. Vous avez réussi, quelle est la recette ?

C’est moitié de la chance, moitié des gens que j’ai rencontré sur mon parcours. Tous les journaux pour lesquels j’ai travaillé au début, je les ai harcelés pour travailler pour eux, à l’ancienne, en allant dans les bureaux avec mon book. Puis j’ai trouvé tout de suite une agent en sortant de l’école, et un très bon éditeur.

Pourquoi ce sujet des femmes ?

Parce qu’il existe 16 millions de livres sur les hommes qui ont marqué l’histoire, donc nous avons encore de beaux jours devant nous pour parler des femmes qui ont marqué l’histoire. 

Est-ce que vous vous considérez comme féministe ?

Bien sûr !

Et cette année avec le mouvement #MeToo etc… vous avez l’impression que les choses sont en train de changer ou c’est du vent ?

Non, je pense que les choses sont vraiment en train de changer. Le traitement des femmes dans les médias, c’est devenu un sujet. Ce matin j’ai lu une interview d’un animateur de télé française qui a été viré car il a fait des blagues sur les femmes battues. Il y a 5 ans, il ne se serait pas fait virer je pense. C’est la fin d’une sorte d’impunité.
Et puis le vrai signe que j’observe, car je vais dans les écoles en faisant la promo des Culottées, c’est un changement de perception de la part des plus jeunes. Par rapport à la façon dont moi j’étais conditionnée au même âge, je les trouve beaucoup plus malins. Ça ne peut que donner une génération d’adulte qui agit plus intelligemment.

Donc ce n’est pas un effet de mode ?

Pas du tout. La poussière ne peut pas retomber après un truc pareil. 

Lors des élections présidentielles, vous avez fait un sondage auprès des jeunes pour savoir ce qu’ils feraient s’ils étaient présidents. Vous, quelle serait votre première mesure ?

J’accueillerais mieux les migrants. C’est vraiment ça le caillou dans la chaussure de la France en ce moment. On n’est plus vraiment le pays des droits de l’homme. Quand on ne vit plus en France [Pénélope Bagieu vit à New York ndla], on aime se rattacher à cette image, se dire que ça nous définit, et voir que ce n'est plus vrai, c’est très difficile.

Vous êtes quand même très engagée, pourquoi ne pas avoir fait de la politique ?

J’adore dessiner moi en fait [rires]. Il y a toute une chaîne de gens qui veulent changer les choses. Certains de façon beaucoup plus volontaires que moi, en y consacrant leur vie. Mais on peut aussi faire un activisme plus doux. Je n’ai pas la prétention d’être activiste car je ne prends pas de risques. Mais quand je fais des rencontres scolaires et que je vois des jeunes garçons qui me disent qu’ils adorent les héroïnes des Culottées et qu’ils se sont identifiés à certaines, je me dis que j’ai fait sauter un petit boulon. Avec ça, je ne vais pas faire scolariser des petites filles en Inde, mais peut-être qu’avec ça, ces garçons vont trouver scandaleux que les petites filles soient pas scolarisées en Inde. Donc planter des graines, ça a une importance aussi.

Des projets pour la suite ?

J’en ai plusieurs en même temps. Il y a une fiction qui tire sur la science fiction et un livre pour les vraiment plus jeunes dans une logique de déconstruction des stéréotypes de genre.

 

La version anglaise de Culottés : Brazen, Rebel Ladies Who Rocked The World, est sortie le 8 mars 2018 en Angleterre.

 

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