Christine Baker la découvreuse d’Harry Potter
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Christine Baker la découvreuse d’Harry Potter

Camille Letourneur le 03.04.18

Directrice éditoriale chez Gallimard Jeunesse, c’est elle qui en 1997 a suggéré à la maison d’édition de publier Harry Potter en français. Aujourd’hui installée à Londres, elle nous parle de son métier, de l’Angleterre et des aventures du petit sorcier.

Il y a quelques années…

Quand je suis arrivée à Londres, j’avais 22 ans. J’ai traversé la Manche pour travailler dans une librairie. Et j’ai épousé le libraire ! [rires] Je travaillais à Kensington, dans la seule librairie au monde spécialisée dans les livres jeunesse : The Children’s Book Center. Elle était célèbre à l’époque dans le monde entier.

Et Gallimard ?

À cette époque, en 1978, le fondateur de Gallimard Jeunesse est passé à la librairie pour mieux comprendre et connaître le milieu. Et il s’est aperçu que la femme du directeur de la librairie était une jeune française passionnée et bilingue. Il m’a demandé de faire partie de sa petite équipe naissante. Ce qui l’intéressait notamment, c’était que j’étais à Londres.

Peter Pan, Narnia, Alice aux Pays des Merveilles, Harry Potter, Le Club des Cinq : les Britanniques sont-ils les rois de la littérature jeunesse ?

Très bonne et très vaste question que je me pose tous les jours depuis des années. Dans les années 60-70, il y avait déjà une pépinière incroyable de littérature pour jeunesse en Angleterre. Beaucoup de créativité, beaucoup d’auteurs. Selon moi, c’est ancré dans une tradition, une culture, une façon de voir l’enfance sans doute.

Dans une autre vie…

J’aurais été libraire !

Le jour où Harry Potter est arrivé sur votre bureau…

Je l’ai reçu par quelqu’un que je connaissais en Écosse, et qui avait accordé une bourse à cette jeune auteure qui vivait difficilement. C’était début 1997. Quand je l’ai reçu, je savais que Bloomsbury avait ce manuscrit et ça m’a encouragée dans ma décision. Mais à l’époque, Harry Potter n’avait pas encore été publié en Angleterre. Pour moi ce n’était pas un événement historique, lire un manuscrit c’était ma vie quotidienne.

Premières impressions ?

Quand je l’ai lu la première fois, j’ai trouvé ça remarquable pour un premier roman. C’était rare de maîtrise et d’originalité. Ce qui m’a frappé c’est à quel point il y avait peu de choses à changer dans ce manuscrit et une construction de l’imaginaire très impressionnante.

Succès mondial.

C’est vrai que c’est étonnant. Le fait que le livre soit tout de même très ancré dans la culture britannique a pu arrêter pas mal d’éditeurs, notamment autour de moi. Comment JK Rowling a-t-elle pu toucher une corde aussi sensible qui a fait le tour du monde ? C’est la force de ce roman d’initiation qui a sa part d’évasion. Ce qui a été génial notamment, c’est cette idée de faire grandir les personnages, toute une génération s’y est reconnue.

Un effet de mode ?

C’est bien plus qu’un effet de mode puisque ça dure encore. C’est un phénomène inexplicable et elle le dit elle-même. Mais la publication des livres a aussi correspondu avec l’essor des réseaux sociaux et des communautés de lecteurs. Il y a eu une résonance entre les fans qui a été explosive.

 

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