Qui est Éric Lanlard, alias Cake Boy ?
EXPAT LIFE

Qui est Éric Lanlard, alias Cake Boy ?

Nadège Alezine le 19.03.18

Depuis presque deux décennies, il confectionne les pâtisseries préférées des Londoniens et leur apprend aussi les rudiments de la pâtisserie française, que ce soit au cours des leçons particulières données dans sa pâtisserie de Battersea mais aussi à la télévision sur Channel 4, avec Baking bad with Eric Lanlard ou Glamour Puds et dans ses livres de recettes, comme Afternoon Tea.

Éric Lanlard, à bientôt 50 ans, s'est construit une solide carrière de chef pâtissier à Londres en devenant une figure indéboulonnable de la gastronomie Outre-Manche : de ses premières classes chez les fameux frères Roux en 1989 au lancement de sa première affaire, Laboratoire 2000 à la création de sa propre pâtisserie en 2005, appelée Cake Boy. Le breton a régalé de ses succulentes pâtisseries françaises tout le gotha britannique et international : de Madonna, aux Beckham en passant, bien sûr, par la famille royale britannique. Rien que ça !

Un statut de Celebrity Chef qui n’a pas monté à la tête de ce breton, toujours relax et affable, Converses aux pieds et diamant à l’oreille : on le retrouve derrière le comptoir de sa pâtisserie le week-end, à servir ses clients.

« Attention, mon français va être terrible ! » prévient-il. Le chef avoue qu’il ne parle plus beaucoup français depuis son arrivée à Londres en 1989… Mais qu'à cela ne tienne, il a accepté de répondre à nos questions pour nous parler de ses recettes pâtissières, de son prochain voyage dans l’espace et de sa réussite au pays des scones et de l’Afternoon tea.

Comment êtes-vous arrivé à Londres ?

« Je suis arrivé en 1989, je venais juste de finir mon service militaire sur la Jeanne d’Arc pendant deux ans comme pâtisser du Commandant et on a visité beaucoup les États-Unis… Cela m’a donné envie de voyager mais mon anglais n’était encore pas terrible, tout juste bon pour commander une bière. (Rire) J’ai décidé alors de partir à Londres pendant un an pour améliorer mon anglais et partir ensuite aux États-Unis ou en Asie. 

À l’époque on ne connaissait que deux grands chefs en Angleterre, c’était les frères Roux, Albert et Michel, les seuls à avoir 3 étoiles Michelin à l’époque, alors j’ai envoyé mon CV et ils m’ont donné de suite du boulot. Donc je suis arrivé à Londres comme ça. »

Vos premiers succès ?

« Avec un ami à moi on a ouvert un laboratoire de production qu’on a appelé à l’époque Laboratoire 2000 parce que c’était avant l’an 2000 et un laboratoire est le nom de la cuisine du pâtissier. On a loué une petite cuisine à Vauxhall, on a acheté un petit Van et on a frappé un peu à toutes les portes… Et là ce fut le parfait timing, car tout le monde cherchait des macarons, des choses plus modernes. On a alors vendu nos pâtisseries chez Harrods, Harvey Nichols, Fortnum & Mason… On était les premiers à Londres à proposer des pâtisseries inspirées de Pierre Hermé, qui venait de faire sa révolution à Paris, chez Fauchon. C’était de la Haute pâtisserie. Le succès a été presque instantané. 

Éric Lanlard a participé à la food revolution qui s’est produite en Grande Bretagne il y a vingt ans, accompagnée par la médiatisation de chefs comme Jamie Olivier, Raymond Blanc, et bien sûr les frères Roux.

Si vous étiez resté en France, auriez-vous eu le même parcours, selon vous ?

« Cela ne serait pas arrivé, en tout cas pas comme ça. Pas aussi vite. A 22 ans, j’étais Head Chef chez les frères Roux, en France, il aurait fallu que j’attende que quelqu’un meure pour avoir une place comme ça ! (rire). J’ai appris beaucoup avec eux.

Mon rêve de gamin, ça a toujours été d’ouvrir ma pâtisserie et je voyais aussi que les amateurs voulaient apprendre la pâtisserie, j’ai voulu faire des cours de pâtisserie…

On a fermé le laboratoire et on a décidé de travailler que pour nous et d’acheter un emplacement. Donc c’est comme ça que Cake Boy a commencé, c’est notre onzième année. »

Et pourquoi Cake Boy alors ?

« C’est un surnom que quelqu’un m’avait donné… Quelqu’un que je ne connaissais pas mais qui avait entendu parler de moi et on était à une fête quelque part et c’est un gars avec un accent Cockney à qui on m’a présenté et il a dit « ah oui, Cake Boy ! » et puis c’est resté, tous mes amis m’ont appelé comme ça. Il n’y a plus d’Éric, c’est devenu Cake Boy. Alors quand on a cherché un nom, je ne voulais pas l’appeler Éric pâtisserie, car ce n’est pas tout à fait une pâtisserie, c’est devenu aussi une trademark. »

Il paraît que vous avez reçu un cadeau de la part de François Mitterrand ?

« Quand j’ai fini mon apprentissage, j’ai fini deuxième apprenti de France et j’ai fait mon service militaire dans la marine. Ma mentalité c’était de partir voyager en Outre-Mer, dans un sous-marin même si tout le monde pensait que j’étais cinglé. On m’a alors proposé deux positions : une au palais de l’Élysée ou alors pâtissier du commandant de la Jeanne d’Arc. À l’Élysée, on m’a dit que ça ferait bien sur mon CV mais que j’allais passer mon temps à peler des pommes alors que sur la Jeanne d’Arc, il y a une toute petite cuisine, on ne serait que deux, le Chef de cuisine et Chef pâtissier. Et puis moi je suis breton alors travailler sur la Jeanne d’Arc… On devait partir pour six mois et le Ministère de la Défense devait passer mais cette année-là, c’est le Président qui est venu et c’est le premier lunch officiel qu’on a cuisiné. Son dessert préféré c’était l’omelette norvégienne, il est venu à bord et quand il a fini le lunch, il est venu nous remercier en cuisine et c’est là qu’il nous a offert des boutons de manchettes en or avec son emblème : un arbre. Je n’ai pas eu besoin d’aller à l’Élysée, le président est venu me voir. (Rire) C’était assez incroyable ! »

C’est donc la première célébrité pour qui vous avez confectionné un dessert. Et puis il y a eu Madonna, la famille royale…

« Oui, pour la famille royale d’ici et d’ailleurs. On a toujours eu beaucoup de chance. Par exemple quand Madonna s’est mariée à l’époque, elle voulait un croque en bouche, une pièce montée. Et il n’y avait pas grand monde qui pouvait en faire ici. Elle a vécu en France pendant longtemps et elle a rêvé d’un croque en bouche pour son mariage, c’était son gâteau préféré. C’est à l’époque où on a commencé à faire beaucoup de télévision aussi, alors elle nous a trouvés comme ça. On travaillait aussi avec Fortnum & Mason qui travaille avec la famille royale. »

Vous êtes un chef atypique : il paraît que vous allez être le premier chef à aller dans l’espace. Dites-nous-en un peu plus ?

« Oui, c’est vrai, je vais être le premier chef à voyager dans l’espace ! Parce que pour l’instant il n’y a personne d’autre. Oui, j’ai signé avec Virgin Galactic, la boîte de Richard Bronson, il y a 10 ou 12 ans, juste au début. Trop de vin et de champagne à un lunch, et hop ! Tout d’un coup, je me retrouve futur astronaute ! (rire) C’est une longue attente, c’est tout nouveau… »

Alors quel gâteau vous allez emmener dans l’espace ?

« Malheureusement, pas de gâteau, pas de téléphone ni de caméra. Mais si je pouvais emporter un gâteau, ce serait un soufflé. Ça ferait un soufflé qui n’arrêterait pas de monter. Mais si tout va bien, je pars l’année prochaine ! »

#IciLondres20ans : On vous fait gagner des exemplaires dédicacés du dernier livre de recette d’Eric Lanlard, Afternoon tea ici.

Cake Boy, Unit B Kingfisher House, Battersea Reach, Juniper Drive SW18 1TX. Métro : Wandsworth.

Partager

à voir également