Félicité Du Jeu présente Spiked sa première pièce de théâtre FR
SPECTACLE

Félicité Du Jeu présente Spiked sa première pièce de théâtre

Nadège Alezine le 09.03.18

Bizarrerie du calendrier ou simple coïncidence, c’est le 8 mars, le jour international de la femme, que l’on a discuté de Spiked et des droits de la femme avec Félicité du Jeu. Comédienne émérite, vous l’avez sûrement déjà vue au cinéma dans Munich de Steven Spielberg ou dans un des derniers James Bond avec Daniel Craig, Casino Royale pour ne pas le nommer, ou encore à la télévision dans le rôle de Stella dans la série Waking the Dead sur BBC.

Mais cette fois ce n’est pas la comédienne qui nous parle mais la dramaturge car Félicité vient d’écrire sa première pièce de théâtre intitulée Spiked, qui offre trois beaux rôles de mères à trois comédiennes faisant partie de sa compagnie théâtrale 100 % féminine : Pepperbox Theatre.

Pouvez-vous m’expliquer ce qu’est Pepperbox theatre ?

Cela fait 20 ans que je suis comédienne et je me suis rendu compte qu’il avait une réelle discrimination dans le monde du théâtre faite aux femmes, une fois passé les 35 ans. Cela touche tous les corps de métiers d’ailleurs, de comédiennes, à habilleuses, maquilleuses etc. Toutes les femmes avec qui j’ai travaillé le long de ma carrière en viennent au même constat que le mien, une fois qu’elles ont atteint un certain âge : il n’y a plus de travail pour nous !

Quand on devient mère, le coût des gardes d’enfant et le fait que l’on ne soit pas beaucoup payé dans ces métiers font qu’on s’en sortait mieux avant. Il y a moins de rôles à pouvoir quand on est comédienne également : on se retrouve souvent à auditionner pour des rôles des femmes de 10 ans de moins !

J’ai donc voulu créer Pepperbox, ma compagnie de théâtre en réaction à ces problèmes. En anglais Pepperbox c’est un revolver à 6 coups, un objet très masculin que j’ai voulu détourner pour dire que chaque voix de femmes a une portée, « shot » en anglais. Cette compagnie est faite de femmes de plus de 35 ans et cela va de la metteur en scène aux comédiennes, habilleuses… Et elles sont toutes mères, à 90 %.

Vous avez écrit Spiked, une pièce de théâtre. Qu’avez-vous envie de dire ?

Spiked est un hui clos entre trois femmes, trois mères qui vivent à Londres et qui sont issues de classes sociales différentes. J’ai écrit cette pièce car je trouve qu’il existe une certaine ségrégation sociale dans le système éducatif britannique. J’ai eu envie de faire tomber les barrières qui existent entre ces mères, dont les enfants fréquentent les mêmes écoles. Je vis à Islington et j’ai deux filles qui sont scolarisées là-bas. Je sais que dans l’école de ma fille, il y a des enfants qui ne mangent pas à leur faim… Cela m’a fait beaucoup réfléchir à ces barrières sociales et j’ai voulu trouver les choses qui unissent ces mères plutôt que ce qui les sépare : c’est le vrai sujet de Spiked.

Spiked est une pièce de théâtre mais il y a aussi un projet social qui y est associé. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

J’ai décidé de travailler avec Islington Giving, une association caritative et d’y associer mon projet théâtral. Je rencontre des femmes, des mères de ce quartier et j’enregistre leurs témoignages. Je vais utiliser leurs mots, leurs voix pour la pièce, histoire de leur donner une voix, justement. Avec ces témoignages de mères de tous horizons, on se rend compte de ce qui unit toutes ces femmes : elles ont toutes les mêmes inquiétudes concernant leurs enfants : l’éducation, la santé et le bonheur.

Pourquoi avoir choisi les mères, comme sujet de votre pièce ?

Je suis moi-même devenue mère et de plus est dans un système étranger. Cela m’a fait me poser des questions. Mes filles sont scolarisées dans le système anglais et on y voit les trois groupes sociaux, qui vivent côte à côte et ne se rencontrent jamais. En France, je ne sais pas si cela existe de la même façon, je pense que la ségrégation se fait plus géographiquement.Ici à Londres, c’est plus mixte, dans une même rue l’extrême richesse jouxte la plus grande pauvreté.

Je me suis demandé comment pouvait-on faire pour établir une communication entre les deux mondes ? Comment rapprocher ces mères ?

Le jour où nous nous parlons, on célèbre la journée internationale de la femme. Pensez-vous que les femmes aient besoin d’un jour en particulier, pour être enfin écoutées ?

C’est une journée où l’on nous donne enfin la parole, alors il faut la prendre. Si on peut avoir une plateforme pour faire entendre les voix des femmes, c’est bien, même si cela devrait arriver tous les jours et pas seulement une fois par an. (Rire)

Pensez-vous que les mouvements #metoo et #timeisup vont réellement changer pour les femmes ?

Cela va déclencher des conversations déjà et aider à un changement des attitudes envers les femmes. Dans le milieu du spectacle notamment, il y a un effet boule de neige avec les discours des actrices pendant la cérémonie des Oscars qui va s’étendre au reste de la société. Quand j’écoute le discours de Frances McDormand aux derniers Oscars : je lève les bras au ciel et je dis : merci ! Il existe une telle pression de jeunisme dans l’industrie du cinéma, j’ai envie de dire : laissez-moi vieillir tranquille ! Comment une femme de 45/50 ans va pouvoir se reconnaître dans les films si ces rôles sont joués par des actrices de 30 ans? Le cinéma agit comme un miroir de la société et pour le moment ce miroir est déformant et donne une image faussée des femmes. Il faut que le miroir soit plus juste et moins déformant. C’est aussi pour ça que j’ai voulu écrire ces trois rôles de femmes, de mères et que je voulais qu’ils soient joués par des comédiennes du même âge que mes personnages.

Réservations ici. 

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Infos Pratiques
Date : du 16 avril 2018 au 28 avril 2018
Lieu
Stagespace, Pleaseance theatre, Carpenters Mews, Londres N7 9EF
Infos
À 19 h 45. Prix : £12 (cons :£10). Métro : Caledonian Road.

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