Picasso Love, Femmes, Tragedy Coup de coeur
EXPOSITION

Picasso Love, Femmes, Tragedy

Sidonie Gaucher le 02.03.18

Dans quelle mesure Picasso était-il guidé par les femmes ?

C’est une question intéressante, Marie-Thérèse disait que l’on parle autant de ses périodes que de ses femmes : à chaque muse correspond une nouvelle période.

Qu’est-ce que cela peut vouloir dire, pour une femme, d’être peinte par Picasso ?

Être peinte par Picasso, c’est comme être vue pour la première fois. C’est peut-être ce que les femmes qui ont été peintes par lui ont ressenti. Mais, dans l’exposition, nous avons tenu à éviter le mot de muse qui rend la femme passive, nous voulions la représenter comme un être humain dans la vie artistique et personnelle de Pablo Picasso.

En tant que femme, conservatrice de cette exposition, quelle est votre position sur le fait de vouloir éviter d’utiliser le mot “muses” ?

On a tendance à penser que d’être la muse, ou même l’amante d’un artiste est avant tout le choix de l’artiste. La femme est cantonnée au rôle de victime, minimisée dans ses choix. Or, en 1932, Marie-Thérèse est déjà avec Picasso depuis 5 ans, c’est un vrai couple !

L’exposition tourne autour de l’année 1932. Qu’est-ce qu’il se passe cette année-là ?

C’est l’année la plus frappante de sa production. Il y a quelque chose de nouveau : des couleurs plus fortes, de l’expérimentation, un désir de faire des choses différentes.

Quelle différence avec la rétrospective du musée Picasso à Paris intitulée “1932 : année érotique” ?

L’érotisme est un élément, mais notre exposition s’intitule “Love, Fame, Tragedy”, et nous avons voulu prendre une perspective qui mette en lumière la vie complexe de l’artiste, aux niveaux personnel et professionel. C’est la période où il rencontre la gloire, mais où il est tiraillé entre Olga Picasso et Marie-Thérèse Walter. Il a 50 ans, il pourrait se reposer sur ses lauriers, mais il décide de sortir de sa zone de confort. On a voulu montrer le Picasso humain, dans ses soucis et ses contradictions.

Vous parlez souvent de pouvoir dans les rapports entre Picasso
et les femmes. Pourquoi ?

Je pose simplement une question : sans ces femmes, qu’y aurait-il dans son œuvre ? (rires). La femme s’exprime dans son œuvre mais aussi la mort, en quelque sorte, comme des forces vitales fondamentales. Être amoureux, cela a quelque chose d’inquiétant. Le tableau “Jeune fille devant un miroir”, qui représente Marie-Thérèse Walter enceinte de Picasso, a quelque chose à la fois de serein et d’inquiétant. On y perçoit également des thèmes surréalistes : le pouvoir de la vie et de la femme.

Chaque portrait de femme de Picasso devient-il un chef-d’œuvre ?

Non ! Et puis, être peinte par Picasso, ce n’est pas forcément flatteur ! Bien sûr, on rentre dans l’histoire du xxe siècle, mais à quel prix ? Il faut savoir supporter ses changements d’humeur, de préférence. Supporter d’être remplaçable, et de le partager avec d’autres femmes. Pas évident.

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Infos Pratiques
Date : du 08 mars 2018 au 09 septembre 2018
Lieu
Tate Modern, Bankside, SE1 9TG Londres
Infos
Métro : Borough ou London Bridge. Gratuit pour les membres.

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