Rhabillées pour l'hiver Coup de coeur FR
EXPOSITION

Rhabillées pour l'hiver

Sidonie Gaucher le 06.02.18

 Comment l’art antique captive et questionne toujours l’imagination moderne?La question est posée, les statues de Léo Caillard prennent la pose. L’artiste plasticien questionne l’espace-temps, dans un langage que l’art, la science et la philosophie embrassent.

 

Léo Caillard est né en 1985. Après un passage aux Gobelins, il commence sa carrière artistique comme photographe. C’est la partie plastique de son art qui prend aujourd’hui le dessus, avec installations et sculptures. Il vit et travaille à Paris.

“J’habille des statues”

À priori, la question peut sembler idiote : vêtues “en vrai” ou en numérique ? Les deux. Quand il a commencé en tant que photographe en 2011, Léo Caillard avait l’idée de rhabiller des statues en photomanipulation. Ce qu’il a fait avec celles du musée du Louvre. Mais c’est la démarche du plasticien qui a pris le pas, pour installer de lourdes statues bien réelles. “Je les expose en vrai, ou en photo pour celles que je n’aurai pas pu déplacer. Des statues en marbres de 600 kg, cela pose quelques problèmes logistiques...” ironise-t-il.

Un miroir qui reflète notre inconscient

L’humour n’est pas sa seule intention, toutefois, il constate que c’est la porte d’entrée à une réflexion plus profonde : “c’est un sentiment humain, une manière d’accrocher les gens sur ce qui les constitue profondément.” On lui dit que ses « Hipsters in Stone » sont drôles, qu’elles renvoient une image dans laquelle on se voit. “C’est une prise de conscience au-delà du langage, de l’ordre de l’art. Et qui permet de replacer l’art où il doit être : un discours social, un moment de réflexion plaisant (ou douloureux), mais aussi un moment de recherche ludique.” C’est aussi un accès à la philosophie à l’œuvre : “Je pointe du doigt le rapport au monde, les questions sociétales qui changent. Mais le fondement de l’humain, ses questions existentielles restent, au fil du temps, identiques.”

“L’égo, en marbre ou en selfie, reste le même”

La culture numérique est égo-centrée, mais Platon ne disait-il pas déjà que “l’Homme est la mesure de tout chose” ? Léo Caillard renchérit : “On vit à l’époque des selfies, on n’a jamais produit autant de visuels de nous-mêmes. Ces autoportraits, c’est le mythe de Narcisse : dupliquer son image pour mieux se reconnaître. Mais au fond, on ignore son identité propre.” L’utilisation des mythes gréco-romains parle de nos fondements : Apollon qui se prend en selfie, c’est une codification de nos fragilités morales, que Léo Caillard met en avant autour de ces icônes.

Collision ou co-existence des espaces-temps ?

Dans le prolongement de ce questionnement sur l’espace-temps, le marbre fait place aux bustes de bronze torsadés. Un travail artistique en rupture avec le statuaire classique, mais dont la matière brute est en continuité totale avec sa formation de physicien. “C’est tout l’aspect symbolique et poétique de la physique qui m’intéresse. Mettre en rapport les ondes numériques et électromagnétiques, confronter la matière brute à la lumière et questionner l’univers non-tangible.” C’est peut-être plus symbolique, mais la question reste la même : faire rentrer en collision deux espaces-temps. “On a changé d’état, de matière. On était dans un monde réel chez les Grecs, on est dans un monde virtuel aujourd’hui, c’est ce changement d’état que j’essaie de questionner.” L’image n’existe qu’à travers les ondes. Et si toute notre représentation du monde ne tenait qu’à ces ondes ?

The Classical Now, du 2/03 au 29/04 au King’s College London, Strand, WC2R 2LS Métro : Temple. Gratuit. En partenariat avec le Musée d’Art Classique de Mougins (MACM), qui accueille une exposition en parallèle.

 

Ses autres travaux

Des distorsions digitales sur des sculptures classiques, une manière d’approfondir le dialogue entre le nouveau et l’ancien. Aussi, un approfondissement de la question de la matière et notre perception de celle-ci, à travers les ondes et la lumière.

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Infos Pratiques
Date : du 02 mars 2018 au 29 avril 2018
Lieu
King's College London, Strand, WC2R 2LS
Infos
Métro : Temple. Gratuit

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