Interview avec Bruno Dumont, réalisateur de Ma Loute FR
CINÉMA

Interview avec Bruno Dumont, réalisateur de Ma Loute

Camille Letourneur le 20.06.17

 

Ici Londres s'est entretenu avec Bruno Dumont, le réalisateur du film Ma Loute qui sort actuellement au Royaume-Uni. Entretien.

 

  • Pouvez-vous revenir sur votre parcours. Comment avez-vous commencé à faire des films ?Je pense que le désir de cinéma c’est un désir d’enfant. Je disais ça à mes parents, ils disaient “oui, c’est ça !” (rires). J’aurai pu faire ce qui est la Fémis aujourd’hui, qui s’appelait l’IDHEC avant, mais j’ai échoué. Du coup je suis parti en philosophie mais toujours avec l’idée de faire du cinéma. J’ai cherché à être assistant de réalisateur et je me suis fait jeté de partout. J’ai donc enseigné la philo, puis je suis rentré dans le film d’entreprise. Je faisais des films pour la Redoute, les bonbons Michoko... On faisait des films sans intérêt de communication interne, mais en même temps c’est comme ça que j’ai appris à filmer. J’ai appris à faire travailler des acteurs, et c’est comme ça que j’ai détesté les acteurs (rires).

 

 

  • Et pourtant, vous avez un casting de choc dans Ma Loute...

Je fais partie d’une industrie qui existe avec ses notables et j’ai appris à travailler avec eux. Mais j’aime travailler avec des gens qui ne sont pas des acteurs, j’ai appris à écrire et à faire des films pour eux. J’ai fait des films dans le Nord de la France, avec des histoires du Nord de la France.

 

  • Parlons de Ma Loute !

Je cherchais une histoire évidemment contrastée. Comme je faisais du comique, il fallait que j’embroche des couleurs assez contrastées et assez différentes. Le comique est très schématique, il n'est pas dans la subtilité. Le scénario c’est ça : un garçon, une fille, ils tombent amoureux. Finalement c’est trop cliché alors la fille c’est pas une fille : c’est un garçon. Je m’amuse.

 

  • Justement : dans votre film on a du cannibalisme, on ne sait pas si le personnage principal est une fille ou un garçon. Pourquoi ? 

Pour éviter les conventions. Je suis fatigué des histoires ordinaires. Pour moi un couple qui se rencontre et qui se dit “je t’aime” ça ne m'intéresse pas du tout. Je bouge le curseur : le cannibalisme est arrivé parce que je ne voulais pas avoir une famille de pêcheurs qui pêchent, je voulais quelque chose d’extraordinaire dans l’ordinaire. Ca m’amuse de créer des choses transgressives.

 

  • Que vouliez-vous montrer avec ce film ?

Montrer à la fois la complexité de la nature humaine : le ridicule côtoie le sérieux. Juliette Binoche elle joue un personnage qui est à la fois totalement ridicule et barré, et en même temps elle est touchante. Et c’est ce qu’on est : on est profondément ridicules et touchants. 

  • Nommé 9 fois aux Césars, sortie à l’internationale. Vous vous attendiez à cela ? 

Il est clair que les acteurs apportent une certaine notoriété, je n’ai jamais fait autant d’entrées. Quand je prends Lucchini, il coûte assez cher pour qu’on puisse penser qu’il y aurait du succès. Lucchini et Binoche font que les gens vont voir le film, c’est le star system, ça intéresse plus la presse. Après vous êtes dans la salle, et à ce moment-là le film il fait ou il fait pas.

 

  • Et ceux qui jouent la famille de Ma Loute, ce ne sont pas des acteurs.

Non c’est des gens du pays. Je les recrute dans des maisons d’emploi, dans des agences, dans des associations. Souvent ce sont des gens qui n’ont pas d’emploi. Certains ne veulent pas pour plein de raisons. Pourquoi ils viennent ? C’est des gens généralement un peu fragiles, ils viennent pour des raisons qu’ils ne connaissent pas vraiment. C’est une expérience. Pour Brandon (Ma Loute ndlr) tenir une fille dans ses bras, lui dire “je t’aime”, ça fait du bien, c’est désinhibant, ça fait du bien car socialement ce sont des gens qu’on ne regarde pas.  

 

  • Cela devait être particulier sur le tournage entre les super-stars et eux ?

Vous savez Lucchini, ils ne savaient pas qui c’était ! C’est Lucchini qui souffrait (rires). Les professionnels sont très impressionnés car ils voient que les non professionnels jouent très bien, et pour eux c’est plus compliqués car ils doivent composer. Valeria (Bruni Tedeschi ndlr) trouvait Brandon extraordinaire. Elle trouvait extraordinaire un type ordinaire finalement.

 

  • Un dernier mot pour les londoniens qui voudraient aller voir Ma Loute ?

C’est drôle ! S’ils veulent rire qu’ils aillent voir Ma Loute.

 

 

 

Propos recueillis par Camille Letourneur

 

 

 

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Infos Pratiques
Date : du 03 juin 2017 au 23 juin 2017
Lieu
Institut Français 17 Queensberry Place SW7 2DT

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