Neil Bartlett : le théâtre made in France
 SPECTACLE

Neil Bartlett : le théâtre made in France

C’est à l’Arcola Theater qu’Ici Londres a eu la chance de rencontrer Neil Bartlett, le sympathique et brillant metteur en scène. Il livre les secrets de son parcours et de sa nouvelle pièce à venir, “The Plague”

Neil Bartlett, vous êtes aujourd’hui un grand nom du quatrième art. Vous écrivez, vous mettez en scène, comment êtes-vous tomber dans le théâtre ?

Je suis vraiment tombé dedans ! J’ai étudié la littérature anglaise à Oxford ! Après l’université avec mes copains et copines, nous avons formé une troupe pour faire de petites tournées très engagées. Et maintenant je suis ici !

Comment on passe d’une troupe de théâtre étudiante à l’Arcola Theater ?

C’est un étrange et long voyage de presque 40 ans maintenant. Tout le monde dit que je suis un enfant terrible ! Pendant les années 80, c’était le début de l’épidémie du SIDA à Londres, et j’ai fait une pièce sur le sujet, et les journaux en ont parlé. Je jouais moi-même et je jouais tout nu ! Aujourd’hui, c’est très commun de faire des pièces nus, mais à l’époque c’était choquant ! Autre moment très important, en 1994 j’ai été nommé directeur artistique au Théâtre de Hammersmith et ça a été très controversé dans la presse parce que pour tout le monde… j’étais “l’homme qui joue nu”.

Vous avez écrit énormément de pièces, comment trouvez-vous toujours de l’inspiration ?

Les journaux me demandent toujours ça ! Une idée arrive. Pour moi, c’est presque toujours une idée visuelle. Le dernier roman que j’ai écrit par exemple, Le Garçon de l’ombre, j’ai vu un garçon dans la rue avec un pied mal formé, et c’est venu de là ! Cela a été le sujet de mon livre, je l’ai fini 5 ans après. Pour La Peste, j’ai vu un groupe de personnes autour d’une grande table, et personne ne parlait. Je me suis demandé : “Mais pourquoi ils ne veulent pas parler ? Qui sont ces personnages ?”, et ça m’a inspiré !

Parlons maintenant du français ! Vous avez adapté La Dame aux Camélias de Dumas, aujourd’hui c’est La Peste de Camus. Quel est votre rapport à la France et au français ?

Il y a des années, quelqu’un m’a demandé de monter une petite troupe et de faire une nouvelle traduction du Misanthrope. C’était fou mais j’ai dit oui. On a joué cette pièce au Festival d'Edimbourg et les gens ont dit : “Ah ça marche !”. Alors quelqu’un d’autre m’a demandé L’école des Femmes de Molière, puis le National Theater m’a sollicité pour une traduction de Bérénice de Racine, qui est pour moi le plus beau spectacle du monde !

La Peste est à la base un roman et vous en avez fait une pièce de théâtre. Comment avez-vous procédé ?

C’est un travail compliqué. Quand on écrit une pièce de théâtre à partir d’un roman, il faut abandonner l’idée qu’on peut tout raconter : ça, c’est impossible ! La question est : "Quels aspects du roman vous voulez donner dans le spectacle ?" en sachant que l'idée centrale du roman c’est : “Qu’est ce que c’est La Peste pour toi ?”

Oui car dans La Peste de Camus, c’est une métaphore, La Peste n’est pas vraiment la peste.
En effet c’est comme le fameux tableau de Magritte “Ceci n’est pas une pipe”, là c’est “ceci n’est pas une peste”. Quand La Peste a été publiée au début, presque tout le monde s’est dit : “Ah, la Peste c’est le fascisme, les rats sont les nazis, et ceux qui luttent c’est la Résistance.” Mais à chaque nouvelle décennie, le public se dit : “Ah non, pour nous la Peste c’est ça”.

Et c’est quoi la Peste aujourd’hui ?

Beaucoup de choses. Ce sont toutes ces choses souterraines qui font irruption. En Europe en ce moment : racisme, xénophobie, homophobie, terrorisme. A un moment dans le roman, un personnage dit : “Mais c’est impossible ! Une peste dans notre ville ?”, et chez nous il y a peu tout le monde disait “Donald Trump ? Non c’est pas possible ! Le Brexit ? Non, c’est impossible ! Marine Le Pen ?...” A la fin du roman le docteur Rieux dit aux lecteurs : “Attention, la peste ne meurt jamais !”

Enfin, quelques mots pour convaincre le public de venir ?

C’est une histoire forte, une histoire pour notre temps. Et si vous n’avez pas encore découvert l’Arcola Theater, c’est un espace très spécial !

 

Propos recueillis par Camille Letourneur

The Plague, du 05/04 au 06/05, à l’Arcola Theater, 24 Ashwin Street, Dalston, E8 3DL, métro : Dalston Junction, prix : £10-£17

arcolatheatre.com

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