Personal Shopper : “Une solitude peuplée de fils qui nous relient constamment”
CINÉMA

Personal Shopper : “Une solitude peuplée de fils qui nous relient constamment”

le 06.03.17

 

Le dernier film d’Olivier Assayas déroule un tapis rouge sous les pieds de Kristen Stewart. Non contente d’y camper le rôle principal, elle porte le film à bout de bras. La trame et ses nuances. Qui de mieux que le réalisateur pour nous éclairer sur les différentes strates d’interprétation de son film ?

 

Personal Shopper est-il la suite de Clouds of Sils Maria ?

Oui et non. Je ne l’ai pas écrit pour Kristen Stewart, mais comme c’est elle qui joue le premier rôle, on peut rétrospectivement le voir comme ca. Mais, si je n’avais pas connu Kristen, je n’aurais pas écrit Personal Shopper.  

 

Sils Maria était déjà un peu une histoire de fantômes...

Oui, de présence, de pensées un peu contaminées. Et puis il y avait la volonté de donner une autre dimension au personnage de Kristen, un peu plus complexe, de pousser et voir jusqu’où elle allait le porter.

 

Plus qu’un personnage, vous lui confiez le film.

Oui. À partir du moment où l’on suit un personnage, c’est l’actrice qui impose son rythme, c’est elle qui recrée le film de l’intérieur.

 

Les fantômes ne sont-ils pas l’expression de ce que l’on porte à l’intérieur ?

C’est ce que je pense, c’est qu’elle découvre. On assiste à ses conversations intérieures à elles, ses peurs, ses frayeurs, ses angoisses. La question essentielle c’est quoi faire de ces émotions en elle.

 

Kristen Stewart dans Personal Shopper © Les Films du Losange

Kristen Stewart dans Personal Shopper © Les Films du Losange

 

Vous abordez largement le thème de la communication via internet, portables, écrans. Est-ce inévitable ?

La façon dont on utilise constamment les moyens de communication aujourd'hui est une thématique que je n’avais jamais abordé dans mes films. C’est une solitude peuplée de fils qui nous relient constamment, partout. Même la façon dont notre smartphone devient l’extension de notre mémoire, de notre savoir, en plus d’être un monde d’exploration en soi. Les gens sont déterminés dans leur fonctionnement organique, par les moyens de communication.

 

Et la communication avec les esprits ?

Il y a aussi l’idée de communication avec l’invisible. Et là aussi, on retrouve une part de communication intérieure, qui nous détermine.

 

Quel est le lien entre le titre et l’œuvre ?

Le personnage de Kirsten Stewart est tiraillé entre un travail aliénant et un salut qu’elle trouve dans le monde des idées, de l’art. Comment beaucoup d’entre nous, j’imagine. Partagés entre un travail qui ne nous apporte pas de satisfaction et notre façon de la trouver à l’extérieur, c’est même à cela que sert l’art. Il ne s’agit pas d’elle, mais de quelqu’un d’autre dans un monde gouverné par le factice, que l’on rejette et qui nous attire. Une forme de fascination qui a, à sa manière, à voir avec l’art et porte la problématique de la féminité, du genre, de l’identité.

 

Il y a même une apparition de Victor Hugo, joué par Benjamin Biolay, qui fait tourner les tables...

C’est un film dans le film. J’ai été aussi rigoureux que possible dans la reconstitution, ce sont les textes des séances, mot pour mot et personnage pour pour personnage. Il y a François le fils de Victor Hugo, il y a sa femme Adèle et j’ai même représenté dans le public Adèle H, comme un hommage à Truffaut. Vous aviez remarqué ?

 

Propos recueillis par Sidonie Gaucher

 

Personal Shopper, en projection au Ciné Lumière, du 8 au 30 mars. Le 8 mars, Q&A avec le costumier du film Jurgen Doering. 

Dans les autres salles à partir du 17 mars.

 

 

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Infos Pratiques
Date : le 24 décembre 2017
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Personal Shopper, en projection au Ciné Lumière, du 8 au 30 mars. Le 8 mars, Q&A avec le costumier du film Jurgen Doering.

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