Vincent Lindon, Archi social, il garde son sang froid
 INTERVIEW

Vincent Lindon, Archi social, il garde son sang froid

Le pitch du film c’est : est-on prêt à tout pour garder un emploi et jusqu’où peut-on aller pour en trouver un ?

Oui, sur ce parcours difficile. Et ce que l’on est prêt à supporter comme souffrance, humiliation et rabaissement. Beaucoup auraient baissé les bras avant Thierry. On devient faible et sujet à la dépression. C’est un cercle vicieux, plus on vous refuse moins vous avez envie de vous battre. Moins vous avez envie de vous battre, moins on va vous proposer du travail. Une fois qu’on a trouvé, doit-on choisir de se suicider socialement pour ne pas être complice d’agissements qui nous révoltent ou au contraire, avaler des couleuvres, pourvu qu’on puisse vivre décemment ?

Avez-vous senti que vous deviez être un personnage public irréprochable suite au film ?

Je pense inconsciemment que je fais des rôles comme celui-là, comme Welcome, comme Pater, pour avoir un garde fou. Ça m’oblige à avoir une certaine tenue dans la vie, il y a des tas de choses, trop en décalage, que je ne peux pas me permettre. Je ne vais pas dans les palaces, je ne prends pas d’avion privé, je ne fais pas de publicité. Je ne peux pas être la Loi du Marché et en même temps l’égérie d’un parfum ! Je reste simple, je fais mes courses, je rentre en scooter, je traverse Paris à pied, tout le temps.

 Si vous étiez un homme politique, vous prendriez quoi comme première mesure ?

Il y a des mesures que je prendrais, dont une qui a l’air très superficielle mais j’essaierais de rééduquer les gens à redevenir digne et à lutter contre la vulgarité, la familiarité du monde. Avant toute mesure politique et économique, rééaprendre l’égalité entre les hommes et la lutte contre le racisme, la xénophobie.

On a entendu les réactions de vos collègues suite à votre César, mais peu la vôtre.

Je ne l’attendais pas du tout cette récompense. J’aurais préféré l’avoir plus tôt dans ma vie. Je suis très content mais… ça vient après Cannes. C’est comme si médaillé aux Jeux Olympiques, je devenais ensuite champion de France. À Cannes, j’ai cru que j’allais faire une implosion du cerveau avec les frères Cohen qui remettaient le prix, le monde entier qui vous regarde. C’est le meilleur prix du monde et le plus grand coup de poppers de ma carrière.

Qu’est-ce que vous pensez que Thierry pourrait dire à Bryan Cranston de Breaking Bad ?

Ils ont des existences un peu similaires, ces quinquagénaires qui essaient de s’intégrer. Sur le scénario, il a tout pour que le producteur refuse. Mais ça devient un truc incroyable, mythique. On sait jamais avec le cinéma, tout est possible.

Propos recueillis par Solène Lanza

Sortie au UK le 03/06.

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Un cinéaste international?

Je ne passerais jamais 8 mois à Los Angeles pour tourner un film. Mais comme spectateur, j’aime beaucoup les films d’avant : Lubitsch, Capra, ceux de Gary Cooper, Cary Grant, même Easy Rider, les débuts de Scorsese ou Coppola. Je suis très hétéroclite dans mes choix. Tout m’intéresse à part la science fiction et le fantastique car j’ai besoin de m’identifier au personnage.

Un livre?

Hugo, Proust me rendent dingue. En revanche, les auteurs géniaux, Kafka, Nietzsche, je n’y ai pas accès. Même si je suis très curieux des autres.

Un artiste?

J’adore les impressionnistes, je suis fou de Monet, Berthe Morisot, je suis moins sensible à la peinture de Picasso et Dali. Là, je suis en train de tourner Rodin, l’inventeur de la sculpture moderne. Je peux passer des heures à écouter Mozart, Mahler ou Bach. Je ne veux absolument pas être à la mode. Si je le suis, c’est un coup de bol !

 

 

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